Brèves

Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 17:30

D'après « Gazette anecdotique littéraire, artistique et bibliographique », paru en 1888

 

En 1888, Paul Forestier, du Voltaire, voulut prendre ses renseignements aux bonnes sources concernant le premier jour de la semaine. Il consulta successivement Larousse, l'Académie et Littré, et tous les trois furent unanimes pour lui indiquer le dimanche comme étant ce premier jour.

 

Malgré cette triple et écrasante autorité, il semble incompréhensible que la question puisse être posée, et surtout qu'elle puisse être résolue dans ce sens, rétorque la Gazette anecdotique. Les jours de la semaine correspondent, on le sait, aux journées de la création du monde, et la Bible, après avoir énuméré ces journées, au nombre de six, ajoute : « Dieu, ayant terminé son œuvre, se reposa le septième jour... Et il bénit ce septième jour, et il le sanctifia, parce que c'était en ce jour qu'il s'était reposé de son œuvre de la création. »

 

Repos-Dimanche.jpg

 

Or le dimanche étant le jour du Seigneur (dies dominica), et le repos ne pouvant pas se placer avant le travail, il s'ensuit forcément que ce jour est le dernier de la semaine, en dépit de l'Académie, de Littré, de Larousse, et de tous autres qui voudraient soutenir leur erreur.

 

Encore défini par la septième édition (1878) du Dictionnaire de l’Académie française comme le premier jour de la semaine, le dimanche devenait le dernier dans la huitième (1932). La neuvième édition, en cours de publication, indique : « Traditionnellement, et aujourd’hui encore dans la langue religieuse, premier jour de la semaine qui commémore la résurrection du Christ ; il comportait aussi la prescription du repos. Dans la langue courante, septième et dernier jour de la semaine. »

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Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 17:30

D'après « Touche-à-Tout », paru en 1904

 

La revue hebdomadaire Touche-à-Tout relate cette disparition dans son numéro du 25 septembre 1904. Il existait donc un pont à péage sur la Seine ?... Au début du XXe siècle ?

 

Mais oui : de Colombes à Argenteuil. Et si l'on n'était pas encore parvenu à faire disparaître cette anomalie, c'est que le pont avait un pied, si on peut dire ainsi, sur le département de Seine-et-Oise (supprimé le 1er janvier 1968 et réparti entre les départements de Paris, des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne) et l'autre dans le département de la Seine (supprimé le 1er janvier 1968 et réparti entre les départements des Yvelines, de l'Essonne et du Val-d'Oise) ; et les administrations des deux départements n'étaient pas encore arrivées à se mettre d'accord sur le rachat du droit de péage.

 

Pont-Argenteuil.jpg

 

Etonnez-vous, après cela, que des peuples étrangers aient quelquefois des difficultés ! Mais enfin, l'accord vient de se faire, et bientôt, vous pourrez passer sur le pont de Colombes à Argenteuil, sans tirer votre petit sou de votre poche.

 

Illustration : Le pont sur la Seine à Argenteuil, par Claude Monet (1874)

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Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 17:30

D'après « Nouvelles récréations littéraires et historiques », paru en 1921

 

Un historien et critique d'art, nouvelliste à l'occasion, Henry de Chennevières, se créa au XIXe siècle spécialité de ne jamais employer les qui, les que, lequel, dont, et autres pronoms relatifs qui n'effrayaient pas Brunetière, au contraire. Il leur déclare une « guerre à mort ». La mort des qui et des que, Déclaration de guerre, c'est le titre de la préface de ses Contes sans qui ni que (1886). Ainsi qu'il le dit dans une note de cette préface, il avait déjà publié à cette époque quatre in-folio « désinfectés » de qui et consacrés aux Dessins du Louvre. D'autres volumes du même auteur parus depuis, comme Les Tiepolo (1898), présentent également cette particularité, de ne contenir ni qui ni que.

 

Français Antérieurement, en 1883, lors de la publication de ses Dessins du Louvre, le journal Le Voltaire  ayant relevé, comme curiosité littéraire, cette absence de pronoms relatifs, Henry de Chennevières adressa à ce journal une lettre où, comme dans la susdite préface, il expose les motifs – plus imaginaires que réels : alourdissement de la phrase, discordance de sons, etc., – de son aversion pour les qui et les que :

 

« J'ai, écrit-il, juré haine aux qui et aux que, ces lourds conjonctifs de la syntaxe. Cette guerre à toute outrance contre de paisibles pronoms trouble l'économie de la langue et le mécanisme ordinaire des phrases ; mais elle éclaircit la pensée, elle allège la période, elle suspend les longueurs. Depuis quatre siècles, l'horrible qui tyrannise les lettres françaises, il infeste les meilleurs écrivains... Le qu'il mourût du vieux Corneille ne me persuade pas... », etc.

 

Cet éloquent cri du cœur, tout précédé qu'il est d'un que, ce superbe qu'il mourût de Corneille, était bien fait cependant pour convaincre Henry de Chennevières de l'inanité de sa campagne. La lutte n'était pas nouvelle, d'ailleurs ; elle a eu, sinon contre les qui et les que, plus d'un précédent ; et, à diverses époques d'autres mots de notre langue ont été pareillement en butte à des tentatives d'ostracisme. « Que ferons-nous, messieurs, de car et de pourquoi ? » demande le poète et romancier Gomberville (1600-1674) dans la comédie Les Académiciens de Saint-Évremond (Œuvres choisies de Saint-Évremond). Dans ses Femmes savantes, Molière parle aussi des « proscriptions de tous ces mots divers, dont nous voulons purger et la prose et les vers. »

 

Et ce projet, « dont Saint-Évremond et Ménage s'étaient déjà moqués, ce ridicule projet de bannir de la langue les mots les plus utiles, comme car, encore, néanmoins, pourquoi, etc., plusieurs académiciens l'avaient conçu » (Note des Œuvres complètes de Molière, édition variorum Charles Louandre, t. III). Car surtout a subi, au dix-septième siècle, de terribles assauts et, selon la remarque de La Bruyère (Les Caractères, De quelques usages), « s'il n'eût trouvé de la protection parmi les gens polis, n'était-il pas banni honteusement d'une langue à qui il a rendu de si longs services, sans qu'on sût quel mot lui substituer ? »

 

La lettre de Vincent Voiture à Mlle de Rambouillet, relative à la conjonction car, et où il prévoit qu'après l'exclusion de ce petit mot, on tentera de vouer d'autres termes au même sort, est demeurée célèbre dans notre histoire littéraire : « Je ne sais pour quel intérêt ils (ces puristes) tâchent d'ôter à Car ce qui lui appartient pour le donner à Pour-ce que, ni pourquoi ils veulent dire avec trois mots ce qu'ils peuvent dire avec trois lettres. Ce qui est le plus à craindre, mademoiselle, c'est qu'après cette injustice on en entreprendra d'autres ; on ne fera point de difficulté d'attaquer Mais, et je ne sais si Si demeurera en sûreté : de sorte qu'après nous avoir ôté toutes les paroles qui lient les autres, les beaux esprits nous voudront réduire au langage des anges, ou, si cela ne se peut, ils nous obligeront au moins à ne parler que par signes. » (Vincent Voiture, Lettres, t. I)

 

Dans le numéro du 17 janvier 1920 du journal La Renaissance, Théodore Reinach avertit que « notre vocabulaire est si pauvre déjà qu'il n'y a pas lieu de l'appauvrir davantage ».

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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 17:30

D'après « Le Pêle-Mêle », paru en 1912

 

La Revue Britannique donne d'intéressantes nouvelles sur de curieux essais de pavage venant d'être tentés à Londres vers 1912. Il s'agit de pavés en... caoutchouc ! Et s'il faut en croire notre confrère anglais, ils représentent le pavage rêvé, le pavage de l'avenir, car il est tout à la fois doux, élastique, solide et d'un nettoyage pratique, supprimant à la fois le bruit, la boue et la poussière.

 

Rue-Pavee.jpg Le seul inconvénient de ce pavage est son prix de revient assez élevé, soit environ cinq francs le kilogramme. Mais à cette objection, l'inventeur répond en prétendant que son pavé en caoutchouc dure vingt fois plus longtemps que son frère inférieur l'humble pave de bois. Il cite un essai de pavage en caoutchouc qui fut tenté vers 1890 à la gare d'Easton. Les pavés mis en usage pour cet essai n'ont perdu en vingt ans, par usure, qu'un centimètre et demi d'épaisseur, soit à peine trois quarts de millimètres annuellement.

 

Il n'est pas sans intérêt de citer à ce propos, les divers matériaux qui servirent successivement et à diverses époques pour la confection des pavés. Ce sont : la pierre, la terre battue, la maçonnerie, le béton, la brique, le bois, l'acier, le verre... Des essais furent aussi tentés avec un amalgame de tourbe comprimée, de liège et d'herbe. Un autre système de pavage en herbe consistait à employer des algues marines séchées et amalgamées avec du goudron.

 

Enfin, un système encore plus original que les précédents

fut celui inauguré au début du XXe siècle à Clino (Californie). Il s'agissait ni plus ni moins que d'un pavage au sucre ! La fondation du pavage était constituée avec du sable et de la mélasse. Les pavés posés dessus étaient en mortier moulé mélangé de sucre. On ne dit pas si les enfants de Clino, cédant à leur gourmandise naturelle, ne léchaient pas, entre deux parties de billes, ce pavage sucré !

 

Les médecins consultés sur le pavage en caoutchouc, prétendent que le système nerveux des Londoniens ne pouvait qu'y gagner, tout ébranlements par le fait de l'élasticité naturelle de la matière employée, étant supprimé. Les effets pernicieux du coup de talon disparaîtraient et puis, ce qui ne ferait pas sourire les cordonniers, les chaussures verraient leur durée quintuplée. Bénissons donc la venue du pavé de caoutchouc et souhaitons-lui d'être adopté dans toutes nos grandes villes.

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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 17:30

D'après « La Lanterne magique », paru en janvier 1834

 

Le succès de la greffe animale, opération singulière pratiquée plusieurs fois par Guillaume Dupuytren (1777-1835) et plusieurs autres chirurgiens, fut tel que quelques-uns allèrent jusqu'à penser qu'il n'était pas impossible de faire reprendre la tête sur le cou d'un guillotiné. On appuyait cette opinion, aujourd'hui reconnue comme chimérique, sur le fait d'un médecin anglais, W. Balfour, qui réussit en 1814 à rejoindre la moitié du doigt de George Pedie, charpentier, coupé d'un coup de hache.

Greffe-Animale Il fit ramasser à terre le morceau de doigt, lava avec de l'eau froide les deux surfaces blessées, et ensuite les appliqua l'une contre l'autre exactement. Trois semaines après, la réunion était complète. Le doigt avait repris toute sa chaleur et sa sensibilité. Ce cas fit l'objet d'un Mémoire publié alors dans le Journal de médecine et de chirurgie d'Edimbourg, repris l'année suivante dans la Bibliothèque britannique.

Le botaniste et agronome Henri-Louis Duhamel du Monceau (1700-1782) et d'autres avaient transplanté un ou deux ergots d'un coq sur la crête d'un autre, où ils ont acquis la longueur de quatre à cinq pouces. On avait encore greffé sur la crête d'un coq, rapporte au mot plaie l'homme de lettres Charles Pougens (1755-1833), l'aile d'un serin, et une portion de la queue d'un petit chat, qui s'y étaient très bien maintenues. Joseph Baronio et autres ont coupé un morceau de la chair d'un animal et ont greffé avec succès à la place un morceau d'un autre animal.

On ne se moque plus du chirurgien breton Jacques de Garengeot (1688-1759) qui atteste qu'en 1724, un nez arraché avec les dents, jeté à terre, foulé aux pieds, nettoyé ensuite et réchauffé, fut remis en place et bien cicatrisé au bout de quatre jours. Dès l'année 1442, un chirurgien de Sicile, nommé Branca, exécutait des nez artificiels par une greffe animale.

 

Illustration : "Greffe animale", par Benjamin Rabier (1910)

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