Jeudi 2 février 2012
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D'après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1922
On dit que les traditions se perdent... N'empêche que le jour de la Chandeleur chacun mettra la main à la pâte pour sacrifier
joyeusement à la vieille coutume. Et les crêpes vont sauter, apportant promesse de bonheur à ceux qui les retourneront sans anicroches.
Rappelons, à ce propos, la mésaventure de Napoléon, en 1812. L'empereur était allé à Malmaison rendre à l'impératrice Joséphine
une de ces visites où les deux époux divorcés trouvaient encore quelque joie. On fit des crêpes pour fêter la Chandeleur.
Superstitieux, Napoléon se mit à la besogne. Une, deux, trois crêpes réussies : autant de batailles gagnées dans cette campagne de
Russie qu'il achevait de préparer... Mais, patatras ! la quatrième, mal dirigée, retomba lamentablement sur la tôle rougie où elle se calcina. Savoir si, lors de l'incendie de Moscou, l'empereur
ne songea point à la crêpe manquée de la Chandeleur !
Notons encore, pour ceux qui attachent quelque importance à ces aimables pratiques, que c'est aujourd'hui que les bouquets de gui
recueillis pour Noël doivent être réduits en cendre. S'ils omettent cette formalité indispensable...
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Mardi 31 janvier 2012
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17:00
Un opuscule anonyme publié en 1688 sous le titre de Connaissance et Culture parfaite des tulipes, anémones, œillets,
oreilles-d’ours, et dédié au célèbre Le Nôtre, nous apprend que « les anémones (anemone coronaria) nous sont venues de Constantinople. M. Bachelier, grand curieux de fleurs, les en
apporta il y a environ quarante ans (soit 1640). Il apporta de ce même voyage le marron qui produisit, au pied de la tour du Temple le marronnier d’Inde qui fut le père de tous ceux qui sont en
France et dans les Etats voisins.
« Nos illustres curieux visitaient assidûment le jardin de M. Bachelier ; ils furent émerveillés de voir la floraison des
anémones. Quelques anémones doubles qui se trouvèrent parmi les simples furent cause que M. Bachelier voulut les augmenter pendant huit ou dix ans avant que d’en vendre ; mais l’ardeur des autres
curieux fut trop véhémente pour admettre un terme aussi long et quand l’argent ne peut rien, l’adresse se met du jeu. L’invention dont se servit un de nos curieux, conseiller au parlement,
est trop spirituelle pour être tue.
« Cette graine ressemble exactement à de la bourre ; elle en porte même le nom et, quand elle est tout à fait mûre, elle s’attache
facilement aux étoffes de laine. Ce conseiller alla donc voir les fleurs de M. Bachelier, dont la graine était tout à fait mûre. Il y a alla en robe de drap de palis (étoffe un peu poilue) et
commanda à son laquais de la laisser traîner. Quand ces messieurs furent arrivés vers les anémones fleuries, on mit la conversation sur une plante qui attira loin de là les yeux de M. Bachelier,
et d’un tour de robe on effleura quelques têtes d’anémones, qui laissèrent de leurs grains à l’étoffe.
Le laquais, qui avait été sermonné d’avance, reprit aussitôt la queue de la robe, la graine se cacha dans les replis, et M.
Bachelier ne se douta de rien. Mais la multiplication de ses fleurs lui apprit plus tard qu’il avait été victime d’un tour d’adresse. »
Illustration : Anemone coronaria
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Lundi 30 janvier 2012
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D'après « Revue de folklore français », paru en 1932
La coutume du Cavalier au Cheval Blanc en Moselle se perpétuait encore au début du XXe siècle dans certains villages du
département. Voici en quoi elle consiste :
Lorsqu’un époux habitant ces communes, coupable ou non, est battu par sa femme, un homme du village monte un cheval blanc, avec ou
sans selle, et se promène lentement et fier comme Artaban à travers toutes les rues du village et ce plusieurs fois. Cette démonstration a lieu généralement à la tombée de la nuit lorsque les
paysans sont rentrés des champs si ce n'est pas l'hiver.
C'est une admonestation particulière à l'égard des épouses un peu trop promptes de la main, du poing ou du pied. Il paraît que
cette façon de procéder du « Cavalier au cheval blanc » leur sert de cure radicale, car jamais les mégères ne recommencent. Il va sans dire que le cavalier est suivi par les enfants et les jeunes
gens qui crient et sifflent à qui mieux mieux, ce qui attire les gens sur le pas de leur porte pour s'enquérir du nom de l'héroïne du jour, dont les exploits sont jugés par le « Cavalier au
cheval blanc ».
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Dimanche 29 janvier 2012
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La première distribution de croix de la Légion d'honneur eut lieu le 14 juillet 1804. C'était la saison des
oeillets rouges ; les jeunes gens en mettaient à leurs boutonnières, ce qui fit qu'ils recevaient à distance les honneurs militaires rendus par des factionnaires inattentifs.
Instruit des railleries qui en résultaient et du mécontentement des soldats, Napoléon ordonna au ministre de la police de prendre
à l'égard de ces malappris les mesures les plus sévères. Avisé, Fouché déclara à l'Empereur que « certainement ces jeunes gens méritaient d'être châtiés, mais qu'il les attendait à l'automne qui
allait arriver ». Cette saillie dérida le maître mécontent. Il ne fut plus question des oeillets protestants.
Mais les gens du monde (mondain et littéraire) laissèrent couler des flots de sarcasmes, d'épigrammes et de bons mots – du moins
prétendus tels. La plus enragée de tous et de toutes fut nulle doute, Mme de Staël. « Vous êtes des honorés », disait-elle le lendemain d'une promotion généreuse dont bénéficièrent
plusieurs de ses amis. Et La Fayette, auquel on voulait offrir le petit ruban rouge, refusa hautainement le déclarant « ridicule » !
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Samedi 28 janvier 2012
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17:00
D'après « Un salon de Paris : 1824 à 1864 », paru en 1866
Tandis que Louis Auger, secrétaire perpétuel de l'Académie française depuis 1826, était ce qu'on appelait un homme lettré et
n'avait pas fait d'ouvrages, mais seulement des commentaires et des notes sur les ouvrages des autres, on s'amusa à raconter sur lui une anecdote assez plaisante, rapporte la romancière et
mémorialiste Virginie Ancelot qui tint un des derniers grands salons littéraires de Paris.
Un jour de séance publique à l'Académie française, un étranger – un Russe, selon la Biographie des quarante (1826) –,
la voyant présidée par Auger et sachant qu'il était au faîte des honneurs académiques, fut tout honteux d'ignorer jusqu'à son nom, et courut chez un libraire lui demander les ouvrages de M.
Auger. Le libraire publiait alors une édition de Molière, où Auger avait ajouté quelques notes, et il profita de l'occasion d'en placer un exemplaire. Avant de rendre visite à l'académicien,
l'étranger dévore les volumes, puis il court chez Auger, et s'écrie :
– Ah ! monsieur, quels ouvrages ! comme vous avez surpris la nature sur le fait ! comme vos personnages sont vrais ! Que de
talent, d'esprit, de génie même ! et que je suis heureux de voir un homme tel que vous ! Je veux vous en témoigner ma joie et ma reconnaissance par un petit conseil ; c'est celui de faire
disparaître les stupides notes qu'a mises à vos chefs-d'œuvre un M. Auger, qui ne vous comprend seulement pas.
Cette anecdote amusa beaucoup les confrères d'Auger, lequel avait tout, explique encore Mme Ancelot : une femme jeune,
jolie et sage, une fortune brillante, les fonctions de secrétaire perpétuel de l'Académie, ce qui lui donnait crédit, influence, considération et agrément..., il possédait tout ce qu'il avait
souhaité ; en jouir le plus longtemps possible devait être son vœu le plus naturel.
Eh bien ! Que pensez-vous qu'il fit alors ? Oh ! nul ne le devinerait : il se tua ! Un dégoût singulier de la vie lui prit toute
l'âme. Il essaya d'exprimer, dans quelques mots qu'il écrivit, cet invincible ennui, puis il alla sejeter dans la Seine !
Illustration : Louis Simon Auger
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