Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 17:00

Il était à Paris, au XIXe siècle, une profession curieuse. Un témoin de l’époque rapporte qu’ayant été rendre visite à Nestor Roqueplan (1804-1870), qui fut rédacteur en chef du Figaro vers 1830, directeur de l'Opéra Comique et du Châtelet, s’amusa à regarder quelques cartes de visite jetées dans un grand plat de porcelaine du Japon, lorsqu’il fut frappé par une carte de physionomie fort élégante portant un nom surmonté d'une couronne de comte et une qualification singulière :
Nestor-Roqueplan.jpg
« Gustave de Crussol, Quatorzième, Rue du Helder, n°... » Quatorzième ? se demanda-t-il. Quatorzième ?... Si sous ce nom avait été inscrit secrétaire d'ambassade, notre témoin l’aurait compris. Mais quatorzième, s’interrogeait-il, cela signifie-t-il quatorzième du nom ?

– Du tout, expliqua Nestor Roqueplan, Gustave de Crussol est un jeune homme de beaucoup d'esprit, un causeur aimable. Il cause avec passion, avec plaisir, avec succès. Il sait parler toutes les langues, il sait toutes les nouvelles, tous les cancans, tous les scandales ; il sait l'anecdote du jour avant tout le monde, il la fait au besoin. Il est tombé de ses lèvres vaillantes plus de mots spirituels qu'on n'en prête aux hommes d'esprit qui n'en font pas.

– Cela ne m'explique pas le quatorzième, répliqua le visiteur

– Paresseux et désintéressé, Gustave de Crussol a trouvé moyen de vivre de son esprit : il s'est fait quatorzième, c'est-à-dire qu'il est de tous les dîners où sans lui on serait treize à table. Il laisse sa carte chez tous les hommes qui, comme moi, ont horreur du nombre treize, chez tous les gens riches qui donnent à dîner. Il a une mise élégante, des manières exquises ; il est déjà connu, et il ne se passe pas de jour qu'il ne soit de quelque excellent dîner. Il est si amusant, que je connais des gens qui n'invitent que treize personnes pour avoir leur cher quatorzième.

 

Illustration : Nestor Roqueplan, par le caricaturiste et photographe Nadar

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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 17:00

Marie-Antoinette.jpg La légende affirme que la reine Marie-Antoinette vit sa chevelure devenir blanche dans la nuit qui précéda sa montée sur l'échafaud, le 16 octobre 1793.

Mais Sainte-Beuve, nous apprend dans ses Causeries du lundi que son dernier éclair de joie et d'espérance avait été au voyage de Varennes. Au moment où ce voyage tant différé allait s'exécuter enfin, vers minuit, la reine, traversant le Carrousel à pied pour aller trouver la voiture préparée pour la famille royale par M. de Fersen, rencontra celle de M. de La Fayette qui passait : elle la remarqua, « et elle eut même la fantaisie, avec une badine qu'elle tenait à la main, de chercher à toucher les roues de la voiture. »

Pour Sainte-Beuve, c'était une innocente vengeance. Ce coup de badine fut comme sa dernière gaieté de jeune femme, ajoute-t-il. A trois jours de là, que l'aspect était différent ! Au moment où Mme Campan la revit après le retour de Varennes, la reine ôta son bonnet, et lui dit de voir l'effet que la douleur avait produit sur ses cheveux : « en une seule nuit, ils étaient devenus blancs comme ceux d'une femme de soixante-dix ans. » Elle en avait trente-six.

 

Illustration : Marie-Antoinette

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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 17:00

Avinain.jpg « N’avouez jamais ! » : telle est la parole fameuse jetée à la foule, du haut de l'échafaud, par le boucher Avinain né le 14 octobre 1798 à Torcy (Seine-et-Marne), exécuté à Paris le 29 novembre 1867 pour meurtres et actes de barbarie. Le journal le Droit du même jour rend compte en ces termes de l’exécution :

« Ce matin, à sept heures, a eu lieu, sur la place de la Roquette, l'exécution de l'ancien boucher Avinain, dit Davinain, condamné à la peine de mort par arrêt de la Cour d'assises de la Seine du 26 octobre dernier, pour crimes d'assassinats et de vols. Il était persuadé que ses aveux lui mériteraient sa grâce et il vivait sans inquiétude dans sa prison. Quand on lui a annoncé que son pourvoi en cassation et son recours en grâce avaient été successivement rejetés et que sa dernière heure était venue, une certaine pâleur s'est répandue sur son visage.

« Il s'est levé silencieusement et s'est laissé habiller, puis il a dit qu'il regrettait vivement d'avoir fait des aveux. Ceux qui avouent, s'est-il écrié, sont exécutés ;quant à ceux qui nient, on ne leur fait rien... Avinain a gravi assez courageusement les degrés de l'échafaud. Arrivé sur la plate-forme, il s'est tourné vers le public et il a dit d'une voix forte : « Messieurs, n'avouez jamais ! »

 

Illustration : Jean-Charles Avinain

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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 17:00

Les producteurs américains prennent souvent avec la vérité historique des libertés regrettables et ils ne s'effraient pas de certains anachronismes, remarque un chroniqueur du Petit Journal en 1935.

Rencontre-Philippe-Richard.jpg Voici le dernier en date, poursuit-il. On tourne actuellement, à Hollywood, un grand film sur les croisades. Le cinéaste américain a pris pour thème la troisième Croisade dite des trois rois, car Philippe-Auguste, Frédéric Barberousse [empereur germanique] et Richard Coeur de Lion [roi d'Angleterre] y participèrent – elle se déroula de 1189 à 1192, visant à reprendre Jérusalem et la Terre sainte à Saladin.

Au début du film, Pierre l'Ermite prêche la croisade. On a édifié un gigantesque décor représentant la cour du château de Windsor... Devant l'Ermite se tient un jeune homme de haute stature dont le riche blason porte les trois lions d'or d'Angleterre : c'est le roi d'Angleterre Richard Coeur de Lion.

A cela près que, comme l'aurait appris aux auteurs du film un simple manuel d'histoire à l'usage des enfants des écoles primaires, se gausse notre journaliste, Pierre l'Ermite prêcha la première Croisade et mourut en 1115. On trouvera exagéré de le faire ressusciter pour le faire apparaître en 1190, à Windsor, à la cour du roi Richard.

 

Illustration : Rencontre de Philippe-Auguste et de Richard Coeur de Lion (Extrait des « Histoires d'Outremer », par Guillaume de Tyr)

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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 17:00

D'après « Les Ardennes françaises », paru en 1928

 

Condé eut à Rocroi sa première « illumination de génie » qui devait valoir à nos armes tant de succès sur les champs de bataille ; ce coup d’œil du Chef qui fait capituler le sort et rendre les armes, un vrai regard d'aigle. La cavalerie française était excellente pour renverser impétueusement les cavaliers espagnols, tourner l'infanterie au centre et charger par derrière l'aile droite qui se croyait déjà victorieuse. Les dragons français y remportèrent leur première victoire. Ils ont continué depuis.

Les Français remportèrent donc sur les Espagnols, qui passaient pour invincibles, une victoire décisive. L'armée espagnole occupait le plateau de Rocroi, l'infanterie déployée aux ailes, écrit l'historien G. Pagès. Le duc d'Enghien disposa l’armée française dans le même ordre et la bataille s'engagea, le 19 mai 1643, à l'aube.

En peu de temps, Condé, qui conduisait les escadrons de l'aile droite, refoula et dispersa l'aile gauche espagnole et atteignit un peu plus loin une hauteur qui dominait tout le plateau. Mais il vit alors, en se retournant, l'aile gauche et le centre des Français s'arrêter, flotter un moment, puis reculer un peu. Il n'hésita pas ; rassemblant ses cavaliers, il fit le tour du champ de bataille, et chargea, par derrière, l'ennemi qui déjà se croyait vainqueur. La cavalerie espagnole, surprise, prit la fuite, mais leur terrible infanterie forma un carré hérissé de piques et de mousquets, et ne se rendit que devant les canons.

Bataille-Rocroi.jpg

 

Les étendards espagnols pris en cette mémorable journée, sont au Musée Condé, à Chantilly, auprès du splendide mausolée de Louis II de Bourbon, le vainqueur de Rocroi. On peut admirer, au Musée de Versailles, le tableau de Heim, au moment où Condé, suivant l'expression de Bossuet, « calma les courages émus et joignit au plaisir de vaincre, celui de pardonner.»

Un secours de huit mille espagnols eut peut-être changé le sort de la journée, mais les ennemis furent assaillis par la garnison de Château-Regnault et les milices françaises du nord de la vallée meusienne, et obligés de battre en retraite, les uns vers le Luxembourg, les autres vers Charlemont.

La tradition veut que Louis XIII, à ses derniers jours, apercevant à son réveil le père du duc d'Enghien, lui dit : « J'ai rêvé cette nuit que votre fils remportait une grande victoire ». Le roi mourut le 14 mai, cinq jours avant la victoire de Rocroi. Ce fut certainement le Dernier rêve de Louis XIII.

 

Illustration : Bataille de Rocroi. Peinture de François-Joseph Heim (1834)

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