Brèves

Mardi 20 mars 2012 2 20 /03 /Mars /2012 19:40

Birette.jpg D'après « La Tradition », paru en1895

 

Qu'est-ce donc que la Birette ? Une manière de revenant, bien entendu. Mais encore ? On l'a vue sous la forme d'un ours ou d'un cerf ; mais le plus souvent, elle revêt l'enveloppe d'un mousquetaire de la nuit, moustachu, couvert d'un manteau couleur de muraille et coiffé d'un feutre empanaché. Le fantôme alors s'en prend aux jeunes filles. Si, au contraire, c'est à des hommes qu'elle en veut, la Birette prend des allures d'une forte femme, long-voilée, avec des falbalas criards.

 

La Birette, comme de juste, choisit les coins sombres, les fossés profonds, les chemins déserts, les endroits écartés, elle ne s'écarte pas du programme. Là, tapie dans l'ombre, elle attend le passage des gens qu'elle veut effrayer et qui s'enfuient éperdus, croyant qu'ils ont le diable à leurs trousses : car, soudain, la Birette a surgi en jetant un cri pareil à celui de la chouette. « Voilà, disent les Petites Affiches Montargeoises, voilà où nous en sommes dans les dernières années du XIXe siècle, en plein Gâtinais, dans le canton de Montargis qui passe pour l'Attique du Loiret, une Attique où, on le voit, il reste encore pas mal de Béotiens. »

 

Surtout, n'essayez pas de persuader au fuyard qu'il est dupe d'un mauvais plaisant, d'un farceur de village : il vous soutiendra que c'est la Birette qui l'a poursuivi, qu'il en est bien sûr, ayant presque respiré son haleine puante, tandis que ses yeux dardaient sur lui deux charbons phosphorescents. — Et ses pieds ne chaussaient pas de vulgaires godillots ?... Non, ils étaient armés de griffes menaçantes. Toutefois, paraît-il, le métier de Birette n'est sans inconvénients, et il est arrivé que croyant s'attaquer à des poltrons maint escogriffe s'est trouvé en face de francs lurons, qui l'ont assailli à coups de trique, pour lesquels le fantôme n'a pas tardé à s'évanouir pour faire place à un être réel, mais dûment étrillé, penaud à faire plaisir, et guéri à tout jamais de l'envie de jouer à la Birette. Quant à l'étymologie du mot, eux-mêmes les antiquaires gâtinais déclarent y perdre leur latin.

 

Illustration : L'une des représentations de la Birette

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Lundi 19 mars 2012 1 19 /03 /Mars /2012 19:59

Daubenton-copie-1.jpg D'après « Recueil des éloges historiques lus dans les séances publiques de l'Institut royal de France » (Tome 1), paru en 1819

 

Daubenton, collaborateur du célèbre naturaliste Buffon, avait acquis par ses travaux une espèce de réputation populaire qui lui fut très utile sous le régime de la Terreur. En l'an II, l'octogénaire Daubenton eut besoin d'un certificat de civisme pour conserver l'emploi qu'il avait au Cabinet  d'histoire naturelle.

 

Il fallait, pour ce faire, qu'il s'adressât à la section dite des Sans-culottes. Un professeur, un académicien aurait eu peine à l'obtenir. Quelques gens sensés eurent l’ingénieuse idée de présenter Daubenton sous le titre de berger, et ce fut le berger Daubenton qui obtint le certificat nécessaire au directeur du Muséum d'histoire naturelle. Voici cette pièce telle qu'elle lui fut délivrée :

 

« Appert que d'après le rapport fait de la société fraternelle de la section des Sans-culottes sur le bon civisme et faits d'humanité qu'a toujours témoignés le berger Daubenton, l'assemblée générale arrête unanimement qu'il lui sera accordé un certificat de civisme, et que le président de ladite assemblée lui donnera l'accolade avec toutes les acclamations dues à un vrai modèle d’humanité, ce qui a été témoigné à plusieurs reprises. » Signé, R. G. Dardel, président.

 

Illustration : Daubenton

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Dimanche 18 mars 2012 7 18 /03 /Mars /2012 20:28

Les ponts, écrit Édouard Fournier dans le Moniteur du 26 janvier 1853, qui n'avaient pas eu les frères pontifes pour bâtisseurs, ou dont la construction n'avait pas eu d'avance la sanctification des aumônes de la pénitence, étaient souvent regardés par le peuple comme des ponts maudits. C'était, disait-on, l'œuvre du diable ou celle des enchanteurs ses suppôts. Tous avaient leur légende, presque partout la même et dans laquelle le diable jouait d'ordinaire le rôle principal.

 

Par exemple, à Bonnecombe, près de Rodez, aussi bien qu'à Saint-Cloud, à Beaugency, et en d'autres lieux encore où la construction du pont était attribuée au même infernal architecte, on disait tout bas ce conte, que nous donnerons ici, d'après le récit de Monteil, au chapitre X du tome 1 de son Histoire des Français des divers Etats. Il suit la traduction de Bonnecombe, qu'il avait, dit-il, recueillie-lui-même sur les lieux :

 

Pont-Bonnecombe.jpg

 

« Le maire qui n'était pas sorcier, mais que les sorciers avaient engagé à entrer en négociation avec le diable, convint avec lui qu'aussitôt qu'il aurait terminé ce pont, dont la commune avait grand besoin, il lui donnerait la première créature qui passerait dessus. C'était un homme fin que ce maire, comme vous allez voir. Le jour convenu, loin d'aller se cacher dans le monastère, il se présenta hardiment le premier, au grand effroi de tout le peuple, devant l'entrée du pont; mais il lâcha un chat qu'il avait dans sa large manche. Le diable s'en alla tout honteux, tout confus, tirant le chat par la queue et faisant la plus laide grimace. »

 

Illustration : Pont de Bonnecombe (Aveyron) appelé Pont du Diable

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Samedi 17 mars 2012 6 17 /03 /Mars /2012 18:00

Moliere.jpg Sainte-Beuve, dans ses Nouveaux Lundis (tome V), fait une curieuse remarque, à propos d'une pièce de Molière.

 

« Sait-on, demande-t-il, quelle est la pièce en cinq actes, avec cinq personnages principaux, trois surtout qui reviennent perpétuellement, dans laquelle deux d'entre eux, les deux amoureux, qui s'aiment, qui se cherchent, qui finiront par s'épouser, n'échangent pas, durant la pièce, une parole devant le spectateur, et n'ont pas un seul bout de scène ensemble, excepté à la fin pour le dénouement ?

 

« Si l'on proposait la gageure à l'avance, elle semblerait presque impossible à tenir. Cette gageure, Molière l'a remplie et gagnée dans L'École des Femmes, et probablement sans s'en douter. Horace et Agnès ne se rencontrent en scène qu'au cinquième acte. »

 

En note, Sainte-Beuve ajoute qu’ « il y a une autre pièce très connue, où les amoureux ne se rencontrent aussi qu'à la fin : c'est Le Méchant de Gresset. »

 

Illustration : Molière dans le costume d'Arnolphe de l'École des femmes

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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 18:58

D'où vient le nom de teston donné jadis à une monnaie française ? Jusqu'au règne de Louis XII, les monnaies françaises portèrent toutes sortes de marques héraldiques ou symboliques, et sur un grand nombre se voit l'image d'un prince ordinairement en pied, assis sur son trône, le sceptre à la main ; mais cette effigie pouvait convenir à n'importe quel roi, car, vu la dimension restreinte de l'image, on n'y trouvait aucune reproduction individuelle.

 

Teston-LouisXII-copie-1.jpg

 

Ce fut seulement sous Louis XII que, pour la première fois, furent frappées des pièces sur lesquelles se vit seulement la tête du roi, que le graveur prit soin de rendre ressemblante. « Ces nouvelles espèces, dit Le Blanc dans son Traité des Monnaies, furent appelées testons à cause de la tête du roi qui y est représentée. Je crois que leur origine vient d'Italie. Le roi, n'étant encore en France que duc d'Orléans et duc de Milan [avant son élévation au trône de France], comme héritier de Valentine de Milan sa grand-mère, en avait fait fabriquer avant qu'on commençât à en faire en France. »

 

Illustration : Teston de Louis XII

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