Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 17:00

Fumigene-Guerre1914-1918.jpg D'après « La Nature », paru en 1949

 

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la tactique générale exigeait, notamment lors des débarquements, une protection passive contre les vues ennemies, qu'elles soient terrestres ou aériennes. Le brouillard naturel ne peut servir une offensive tout au plus qu'à certaines heures de la journées, et dans des conditions particulières. Il est évident que si ce brouillard peut être utilisé par le combattant, il n'est pas disponible à volonté. Aussi fut-on conduit à chercher un moyen artificiel d'émission, réglable, pratique et rapidement mis en oeuvre.

On constate que ce problème est fort ancien, et qu'on y apporta des solutions diverses améliorées jusqu'à la perfection des engins actuels. La plus ancienne manœuvre sous le couvert de la fumée semble remonter à 1632 lorsque, pendant la Guerre de Trente Ans, Gustave Adolphe repoussa à Donauwerth le Capitaine-Comte allemand Jean de Tilly, par un déplacement habile effectué derrière un écran de fumée produit par la combustion de paille humide.

On relève toute une série d'autres exemples, mais la protection ainsi obtenue était laborieuse à mettre en oeuvre, irrégulière, et très peu compacte. Ce n'est qu'en 1916 que les Anglais fabriquèrent les premiers engins fumigènes. Plus tard, au début du dernier conflit mondial, les Allemands développèrent l'emploi de la fumée pour couvrir leur offensive éclair en Belgique et sur notre ligne Maginot. C'est alors que les Alliés comprirent le rôle important que pouvait jouer l'émission de brouillards artificiels dissimulant les mouvements et les effectifs d'un agresseur et aveuglant les observatoires d'un ennemi.

 

Illustration : fumigène employé lors de la Première Guerre mondiale

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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 17:00

Institutes-Coutumieres.jpg D'après « Institutes coutumières d'Antoine Loysel » (Tome 1), édition de 1846

 

Antoine Loysel (1536-1617), célèbre jurisconsulte qui collecta les principes généraux de l'ancien droit coutumier français, nous révèle le sens du proverbe de droit rural le pied saisit le chef dans ses Institutes coutumières.

 

Selon l'article 143 de la coutume de Châlons, « on peut lever son édifice sur la place, tout droit à plomb et à ligne, comme on le veut, et contraindre son voisin à retirer chevrons et toutes autres choses portant sur la place. ».

Loysel rapporte que Pocquet dit plus clairement : « Quiconque a la sole ou superficie de fonds de terre, peut élever aussi haut et creuser aussi bas que bon lui semble, s'il n'y a titre contraire. »

Enfin, il indique que Davot nous apprend quant à lui que la règle le pied saisit le chef recevait encore son application lorsque le cadavre d'un homme assassiné était trouvé couché en travers sur la limite de deux juridictions. Le droit de rechercher le coupable appartenait alors aux officiers de la justice du lieu où reposaient les pieds de la victime, parce qu'elle était présumée avoir été frappée étant debout.

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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 17:00

Le 14 mars 1848, le gouvernement provisoire avait rendu un décret supprimant les compagnies d'élite, grenadiers et voltigeurs, qui se trouvaient ainsi fondues dans la garde nationale.

L'émotion fut grande parmi les citoyens que touchait cette mesure égalitaire ; aussi, le surlendemain 16 mars, plusieurs légions de la garde nationale s'assemblèrent et se rendirent à l'Hôtel de ville, au nombre de cinq à six mille hommes, pour faire entendre leurs plaintes aux membres du gouvernement, qui les régalèrent de quelques morceaux d'éloquence officielle.

Grenadier-Voltigeur.jpg

 

C'est ce qu'on a appelé, à cause des coiffures que portaient les grenadiers, la manifestation « des bonnets à poil ». En souvenir de cet épisode, la même dénomination fut appliquée, à la suite d'un spirituel article de John Lemoinne, à la démarche collective que les députés de la droite firent auprès de Thiers, le 20 juin 1872, pour l'entretenir de leurs inquiétudes et des moyens d'enrayer les progrès du radicalisme. (Journal des Débats du 22 juin).

 

Illustration : Grenadier et Voltigeur

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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 17:00

D'après « L'Auto-Vélo », paru en 1897

Après la course cycliste, le football, l’aviron, la course en sac, le concours de natation ou celui de pêche à la ligne, une initiative insolite voit le jour en 1897 : une lutte entre deux puces.

La nouvelle ne manque pas d’originalité, écrit le journaliste et cycliste émérite Edouard de Perrodil. Le mot est faible. Il se pourrait, en effet, que l’événement qu’elle nous annonce eût les conséquences les plus grandes sur l'avenir du sport en général. Qui sait ? Il y a là, peut-être, le germe d'une transformation radicale dans la constitution du monde sportif actuel. Voici, au reste, ce dont il s'agit.

perrodil.jpg Un sportsman fort distingué, que je désignerai simplement par un nom d'emprunt, ignorant totalement si la publicité faite ainsi par moi lui serait agréable, M. Barbebrune, a eu l'idée de matcher... vous ne devineriez jamais qui ? Deux puces.

Ce sportsmen distingué s'est tenu à lui-même le raisonnement plein de bon sens suivant : la lutte sportive est aujourd'hui à l'ordre du jour, et tout ce qui affecte ce caractère est certain d'obtenir du succès auprès du public contemporain. Nous avons la course cycliste, d'abord, n'est-ce pas, qui obtient encore un succès incontesté ; je ne parle pas de la course de chevaux, vieille comme Hérode ; je ne parle pas davantage de la course à ânes plus vieille qu'Hérode, ni de la course en sac, qui date d'Abraham ; mais nous avons le football (plus ou moins rugby), l'aviron, le cricket, le law-tennis, le tir aux pigeons, le concours de pêche à la ligne, celui de pompes à incendie, presque aussi vieux que les allumettes chimiques ; la course plus moderne des motocycles, le concours de natation, de plongeon ; la tauromachie, la course en charrette à bras, que nous pourrions également dénommer la rigolomachie, etc., etc.

Toutes ces courses, tous ces jeux, toutes ces luttes passionnent le public, c'est indéniable. Eh bien ! s'est dit notre distingué sportsman, j'ai envie d'essayer une lutte, un match, pour mieux dire, entre deux puces ; je suis certain, en alliant ainsi l'originalité à un genre de spectacle tout à fait au goût du jour, d'obtenir un succès phénoménal. Tel fut le raisonnement. Et comme notre sportsman était un homme d'action il entreprit résolument de mettre son idée en pratique.

L'entraînement des deux puces, fut, paraît-il, assez long, mais moins dur cependant qu'on ne pourrait se l'imaginer. Le spectacle de ce match extrêmement curieux a été donné dans une localité dont je tairai également le nom afin de ne pas attenter à la modestie de ses habitants, mais le succès obtenu a été colossal. Tellement colossal que la totalité des personnes accourues à cette lutte sportive, ont tout de suite vu là le point de départ d'une véritable révolution.

Il est certain, en effet, que toute une catégorie de héros ou d’héroïnes comme on voudra, va naître de ce nouveau genre de spectacle. Il y aura des puces célèbres d'abord ; ce sera un véritable honneur d'être piqué par elles, puis tout un art de la puçomachie ; nous verrons des compétences puçomachiques qui connaîtront par coeur la table des records établis, battus et rebattus par Mlle Picassou, la puce imbattable. Qui sait ? Avant quelques mois les murs annonceront peut-être l'apparition du « Puçomane », journal exclusivement puçomachique. Voilà ce que se sont dit les nombreux spectateurs accourus à l'appel du sportsman qui a eu l'idée de présenter au public ce match d'un nouveau genre.

On dit et on répète que les courses vélocipédiques font moins d'argent qu'autrefois. Dormez tranquilles, directeurs de vélodromes, mes amis, voilà un genre nouveau qui est sûr d'obtenir en du succès auprès du public contemporain : la puçomachie. Vous en serez quittes pour débaptiser vos établissements. Vous les appellerez des puçodromes, tout simplement.

 

Illustration : Edouard de Perrodil

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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 17:00

Cigale-Fourmi.jpg Plusieurs fables de La Fontaine renferment des inadvertances et sont entachées d'erreurs. Dans la première de ces fables, La Cigale et la Fourmi (imitée d'Ésope), il y a, pour ainsi dire, autant de lapsus ou de bévues que de mots. « La fourmi n'amasse aucune provision pour l'hiver, ni mil, ni vermisseau, attendu qu'elle n'en a pas besoin, et qu'elle passe sagement cette saison à dormir, comme l'ours et la marmotte ; partant, elle n'a jamais rien eu à refuser à la cigale, qui d’ailleurs ne lui a jamais rien demandé, attendu qu’il n’y a pas de cigales en hiver, et que la cigale n’attend pas pour disparaître que la bise soit venue. » (Toussenel, Le Monde des oiseaux, 1853)

À deux reprises (Le Chat et le Rat, VIII, 22) ; Les Souris et le Chat-Huant, XI, 9), La Fontaine a fait du hibou « l'époux de la chouette », lorsque, selon les zoologistes, le hibou désigne un oiseau d'une espèce tout autre que la chouette. Ailleurs (La Souris métamorphosée en Fille, IX, 7), le rat devient le mari, le mâle, de la souris. Ce qui n'a pas empêché Chateaubriand de déclarer que La Fontaine était « notre plus grand naturaliste », rappelle Eugène Noël dans La Vie des fleurs.

Dans la fable La Chatte métamorphosée en Femme (II, 18), l'auteur nous dit que la chatte « ayant changé de figure », étant devenue femme, « les souris ne la craignaient point », les souris ne se sauvaient pas en l'apercevant. Ce qui est manifestement faux, les souris s'enfuyant à l'approche de qui que ce soit, au moindre bruit.

Dans Le Meunier, son Fils et l'Ane (III, 1), au lieu d'avoir la peine de marcher, et « afin qu’il fût plus frais et de meilleur débit », l’âne est d’abord suspendu par les pieds, à un bâton sans doute, et, la tête en bas, porté « comme un lustre », ce qui  devait être passablement mais très sûrement incommode pour lui, et ne devrait pas lui permettre de dire « qu'il goûtait fort cette façon d'aller ».

 

Illustration : La Cigale et la Fourmi

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