Brèves

Jeudi 15 mars 2012 4 15 /03 /Mars /2012 17:30

D'après « Revue d'archéologie poitevine », paru en 1899


Furetière parle ainsi des mouchettes : « Mouchettes, substantif féminin pluriel. Petit ustensile, qui sert à moucher les chandelles et les bougies. On en fait d’argent, de cuivre, d’étain et de fer. Une paire de mouchettes d’argent. En latin, muscatoria, emunctoria. »

Faisons un peu de philologie. Puisque l’instrument a disparu de la fabrication actuelle, faute de chandelles, par suite de la transformation du luminaire, il n’est pas inutile d’insister sur le mot lui-même. Mouchette serait tout aussi bien au singulier, car il s’agit d’un objet unique ; le pluriel n’a sa raison d’être, qu’autant qu’on y ajoute paire. Or, la paire, en réalité, n’existe pas pour la mouchette elle-même, mais exclusivement pour le manche. Aussi devrait-on lui préférer le terme ancien ciseaux, qui se trouve dans le compte royal de 1552 : Pour ung sysiaux à moucher la chandelle ».

Mouchettes.jpg

 

Ciseaux détermine à la fois la forme et l’usage ; mouchette cependant est assez expressif, car il traduit l’acte même, en employant substantivement le verbe moucher, qui signifie, par allusion à l’opération du mouchoir,  toujours d’après Furetière, « retrancher une partie du lumignon d’une chandelle, lorsqu’il est trop grand et qu’il empêche qu’elle n’éclaire ». On ne cite là qu’un seul des inconvénients du lumignon trop long, qui est de nuire à la clarté ; mais il en est un autre non moins réel, à savoir que le lumignon forme alors un champignon noir, fumeux et d’une odeur désagréable.

 

Illustration : Mouchettes en fer forgé du XVIIIe siècle

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Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 19:30

D'après « Législation charitable ou Recueil des lois, arrêtés, décrets, etc. », paru en 1843


Voici quelques-unes des dispositions que renfermait le Code pénal au milieu du XIXe siècle concernant l'abandon ou la non-assistance à des enfants.

 

L'article 348 porte : « Ceux qui auront porté à un hospice un enfant au-dessous de l'âge de sept ans accomplis, qui leur aurait été confié afin qu'ils en prissent soin ou pour toute autre cause, seront punis d'un emprisonnement de six semaines à six mois, et d'une amende de seize francs à cinquante francs ; toutefois, aucune peine ne sera prononcée, s'ils n'étaient pas obligés de pourvoir à la nourriture et à l'entretien de l'enfant, et si personne n'y avait pourvu. »

 

Enfant-Trouve.jpg Art. 349. : « Ceux qui auront exposé et délaissé dans un lieu solitaire un enfant au-dessous de l'âge de sept ans accomplis ; ceux qui auront donné l'ordre de l'exposer ainsi, si cet ordre a été exécuté, seront, pour ce seul fait, condamnés à un emprisonnement de six mois à deux ans, et à une amende de seize francs à deux cents francs. »

 

Art. 350. : « La peine portée au précédent article sera de deux ans à cinq ans, et l'amende de cinquante francs à quatre cents francs, contre les tuteurs et tutrices, instituteurs ou institutrices de l'enfant exposé et délaissé par eux ou par leur ordre. »

 

Art. 351. : « Si, par suite de l'exposition et du délaissement prévus par les articles 349 et 350, l'enfant est demeuré mutilé ou estropié, l'action sera considérée comme blessure volontaire a lui faite par la personne qui l'a exposé et délaissé ; et si la mort s'en est suivie, l'action sera considérée comme meurtre : au premier cas, les coupables subiront la peine applicable aux blessures volontaires, et au second cas celle du meurtre. »

 

Art. 352. : « Ceux qui auront exposé et délaissé en un lieu non solitaire un enfant au-dessous de l'âge de sept ans accomplis seront punis d'un emprisonnement de trois mois à un an, et d'une amende de seize francs à cent francs. »

 

Art. 353. : « Le délit prévu par le précédent article sera puni d'un emprisonnement de six mois à deux ans, et d'une amende de vingt-cinq francs à deux cents francs, s'il a été commis par les tuteurs et tutrices, instituteurs ou institutrices de l'enfant. »

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Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 17:00

D'après « La Joie de la maison », paru en1896

 

Pour l’Exposition universelle de 1900, le géographe Élisée Reclus imagina de construire sur la colline de Chaillot un globe terrestre à l'échelle du cent-millième, c'est-à-dire que chaque kilomètre de hauteur ou de distance serait représenté par une saillie ou une longueur d'un centimètre, et qu'un millimètre, mesure parfaitement appréciable, représenterait un hectomètre réel. Selon lui, plusieurs monuments pouvaient figurer sur ce globe : la Tour Eiffel, par exemple, aurait trois millimètres de haut. Inutile de dire après cela que les montagnes, les collines et même les buttes telles que Montmartre figureraient sur cette carte sphérique incomparable.

 

Globe-Reclus.jpg Ce qu'on avait fait de plus fort en ce genre jusqu'ici, c'était le globe au millionième qui fut exposé au milieu des jardins de l'Exposition de 1889. Mais la sphère monstre projetée par Elisée Reclus avait bien d'autres dimensions et comportait des perfectionnements inouïs. Le globe devait avoir 127 mètres de diamètre, sa circonférence devait être de 400 mètres, et son volume de un 1 423 000 m3. Il devait être entouré d'un réseau de planches, d'escaliers, de paliers et d'ascenseurs permettant de s'approcher simultanément de tous les points de sa surface, et naturellement abrité par une immense enveloppe, sorte d'édifice extérieur qui présenterait lui-même au dehors la forme et l'aspect de la terre.

 

Le globe devait en outre être placé sur un pied central indépendant, traversant forcément l’enveloppe, sur laquelle devaient reposer quatre pylônes en maçonnerie, utilisés non seulement pour servir de supports, mais aussi d'ateliers de fabrication. L'enveloppe devait être en verre et en fer. Le globe, ainsi bien protégé, composé d'une ossature métallique, par panneaux très solides devait être recouvert de plâtre, pour les reliefs, ainsi que de verre, et devait tourner autour de son axe vertical en 23 heures 56 minutes.

 

L'espace entre le globe et l'enveloppe devait mesurer 36 mètres, et il ne devait pas y avoir moins de 8000 mètres de galeries. Le poids total aurait atteint 27 000 tonnes. Dans l'intérieur du globe, il était prévu de construire des salles d'études et de conférences. Et quant à la partie supérieure de la sphère, on devait y faire une carte du ciel.

 

Illustration : Le globe terrestre imaginé par Élisée Reclus

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Samedi 10 mars 2012 6 10 /03 /Mars /2012 18:30

D'après « La Chronique médicale », paru en 1895

 

Un humoriste eut en 1895 l’idée de dresser la liste des locutions courantes et des clichés dont le nom est emprunté au langage des sciences physiologiques : le front d’une armée ; une tête d’épingle, une tête de Turc, une tête de ligne ; des mains levées ; un corps de garde ; le sein d’une commission, le sein d’Abraham ; le cœur de la question, un cœur de roche, un cœur léger ; un palais épiscopal ; un pied de nez, un pied de grue, le pied de la lettre, les six pieds de terre auquel tout homme a droit ; un dos de fauteuil ; le bras séculier, le bras de mer ; l’oreille du prince ; des yeux de fromage, des yeux de bouillon.

 

Medecin-Legiste.jpg

 

Mais encore un crâne sous lequel il y a eu une tempête ; la clavicule de Salomon ; des entrailles de père, les entrailles de la terre ; une langue de terre, les langues de la renommée, des langues étrangères ; une main de justice, une main de papier ; un cul de basse-fosse ; une gorge de montagne, une gorge chaude ; une taille-douce ; des jambes de vingt ans, des jambes de fosse ; les larmes de l’aurore ; des dents de scie ; une bouche du Danube ; une figure de rhétorique ; des veines de marbre, une veine poétique ; le crachat dans lequel on se noie ; les membres d’une période ; la verge d’Aaron ; le giron de l’Église ; des cuisses de noix ; le loup qui a été vu si souvent ; le talon d’Achille ; l’index des livres prohibés ; la queue d’une comète ; une paire de cornes conjugales ; enfin un pouce de notre territoire. Et la série reste ouverte !

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Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 18:50

L’expression « Chambre prostituée » devint célèbre le 2 avril 1833 lorsque Viennet, poète et député, provoqua un violent tumulte à la Chambre en dénonçant le journal la Tribune qui, dans son numéro du matin, contenait de graves injures contre l'orateur lui-même et contre l'Assemblée tout entière.

 

Depute.jpg II y relevait notamment cette phrase : « O le bon billet de La Châtre que nous donne là cette Chambre prostituée ». Une pareille insulte souleva dans les centres une rumeur d'indignation. Le sieur Lionne, gérant de la Tribune, appelé à la barre de l’Assemblée, comparut dans la séance du 16 avril. Il chargea de sa défense deux de ses collaborateurs, Godefroy Cavaignac et Armand Marrast, le rédacteur en chef.

 

Ce dernier, loin d'atténuer l'inconvenance des expressions incriminées, s'efforça de les mettre en relief et s'exprima avec cette éloquence que rend toujours facile l'oubli de toute modération. Passant en revue les différentes Chambres qui s’étaient succédé depuis le début de la Restauration, et leur appliquant à toutes la qualification de prostituée, il terminait ainsi sa tirade :

 

« La Chambre qui entassa emprunt sur emprunt, qui prodigua les fonds secrets, qui maintint les privilèges, qui jeta honneur, dignité nationale, trésor public à la voirie des loups-cerviers, prostituée ! prostituée ! »

 

Une insolente plaidoirie qui sans doute explique que Lionne fut condamné à trois ans de prison et dix mille francs d’amende. Mais le mot resta.

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