Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 17:00

D'après « Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », paru en 1873

 

C’est une inscription découverte vers 1870 sur une dalle recouvrant un sarcophage mérovingien près de Châtillon-sur-Seine, qui offrit à Edmond Le Blant, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, d’exercer sa sagacité. La dalle portait, avec le monogramme du Christ, ces seuls mots : Christus hic est. Aucun exemple de cette formule n'avait été signalé jusqu'alors, et Le Blant essaya de trouver l'explication de ces mots énigmatiques.

Monogramme-Christ.jpg Il rappela que, suivant une persuasion fort répandue aux temps de l'ancienne église, les morts pouvaient être en butte, dans leurs tombes, aux attaques du Démon. Du IVe au Ve siècle, les Pères en donnent des preuves nombreuses. C'était, disait-on, la punition première des pécheurs défunts, qui ne pouvaient plus, comme le faisaient les vivants, se munir du signe de la croix et se défendre par la prière. Afin d'éviter ces tourments, les chrétiens se faisaient enterrer près des sépulcres des saints ou plaçaient dans leurs tombes de l'eau bénite, des reliques, des croix et jusqu'à des hosties, objets sacrés qui devaient, après la mort, écarter les attaques du Malin.

C'est à une tombe ainsi défendue qu’Edmond Le Blant pensa. L'hostie, c'est-à-dire le Christ lui-même, ainsi que renseigne la doctrine catholique des plus anciens âges, aurait été déposée sur le corps, comme on l'a fait si souvent chez nos pères. Les mots Christus hic est auraient été le signe extérieur de ce patronage, et deux faits principaux à l'appui de cette explication. Un Grec païen, pour sauvegarder sa demeure, avait écrit sur la porte : Hercule, Dieu protecteur, habite ici ; que rien de mauvais n'y entre ! De même, et bien des siècles après, les habitants d'Antioche avaient, pour arrêter les désastres d'un tremblement de terre, inscrit sur les murs de leurs maisons : Le Christ est avec nous ; arrêtez !

 

Illustration : Monogramme du Christ (Musée Pio Cristiano du Vatican)

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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 17:00

Chateaubriand.jpg Dans ses Mémoires d’outre-tombe, François-René de Chateaubriand consigne l’anecdote suivante :

Un jour, passant à Lyon, une dame m'écrivit ; elle me priait de donner une place à sa fille dans ma voiture et de la mener à Paris. La proposition me parut singulière ; mais enfin, vérification faite de la signature, l'inconnue se trouva être une dame fort respectable ; je répondis poliment.

La mère se présenta avec sa fille, divinité de seize ans. La mère n'eut pas plus tôt jeté les yeux sur moi qu'elle devint rouge écarlate ; sa confiance l'abandonna :

 

– Pardonnez-moi, monsieur, me dit-elle en balbutiant, je n'en suis pas moins remplie de considération... mais vous comprendrez, les convenances... je me suis trompée... je suis si surprise...

J'insistai en regardant ma future compagne, qui semblait rire du débat ; je me confondais en protestations que je prendrais tous les soins imaginables de cette belle jeune personne ; la mère s'anéantissait en excuses et révérences. Les deux dames se retirèrent.

J'étais fier de leur avoir fait tant de peur. Pendant quelques jours, je me crus rajeuni par l'Aurore. La dame s'était figuré que l'auteur du Génie du Christianisme, vieux bonhomme grand et sec, prenait incessamment du tabac dans une énorme tabatière de fer-blanc et lequel pourrait très bien se charger de conduire une innocente pensionnaire au Sacré-Cœur.

 

Illustration : Portrait de Chateaubriand méditant sur les ruines de Rome, par Anne-Louis Girodet-Trioson (1808)

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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 17:00

Victor-Hugo-copie-1.jpg Suite au coup d’Etat du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, Victor Hugo s'exile volontairement à Bruxelles du 5 janvier au 1er avril 1852 (il gagnera ensuite Jersey), en condamnant vigoureusement ce putsch et son auteur, le futur Napoléon III, dans un pamphlet qu’il publiera la même année 1852, intitulé Napoléon le Petit.

Lors de son séjour à Bruxelles, il habitait une pièce misérable au-dessus d'un débit de tabac, ce qui n'était pas fait pour adoucir son exil. Un soir qu'il travaillait plus tard que d'habitude, sa logeuse frappa à la porte.

– Monsieur, votre fils a-t-il la clef ? (Charles – deuxième fils de Victor Hugo – était sorti.)

– Non, madame.

– Comment faire alors ? (Elle tombait de sommeil)

– Couchez-vous. Je vais descendre dans votre boutique, j'écrirai tout aussi bien sur votre comptoir que sur ma table et j'attendrai mon fils.

Il s'installa dans le comptoir, se percha sur le haut tabouret de la marchande et écrivit là. Des clients attardés vinrent renouveler leur provision de tabac. Sa plume d'oie fichée sur l'oreille, imperturbable, le bonhomme contenta les acheteurs, rangea le gain dans le tiroir, et reprit, comme si de rien n'était, la suite de Napoléon le Petit.

 

Illustration : Victor Hugo en 1852

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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 17:00

D'après « Histoire physiologique et anecdotique des chiens de toutes les races », paru en 1867

 

En 1770, le nombre des chiens de toute espèce était devenu si considérable dans le royaume, qu'une statistique, faite par ordre, avait constaté l'existence de 4 millions de ces animaux.

 

Chiens.jpg

 

Or, comme on avait remarqué que deux chiens absorbent autant de nourriture qu'une personne, il s'ensuivait que, dans un moment où les vivres étaient rares et chers, les chiens consommaient autant que le sixième de la population.

 

C'est à la suite de ces calculs et de ces constatations qu'on fut un instant sur le point d'établir un impôt de six livres sur chaque chien. On espérait ainsi en diminuer le nombre.

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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 17:00

Poissard.jpg Voici quelques « aménités » du langage des halles au XVIIIe siècle, distillées par le chansonnier et dramaturge Jean-Joseph Vadé, inventeur du « genre poissard », genre théâtral et poétique imitant le langage et les mœurs du bas peuple des halles :

 

A l'adresse des femmes :

Cul pourri. Matelas d'invalides. Meuble de ménagerie. Pucelle de la rue Maubuée (rue peuplée de filles publiques). Coeur de citrouille fricassé dans la neige. Mine de pelure d'oignon. Cul de jument. Morceau de viande mal accroché. Gueuse à crapaud. Coffre à graillon. Poivrière de Saint-Côme. Dépendeuse d'andouilles. Magneuse de tuyaux de pipes. VOirie ambulante. Donneuse de nouvelles à la main. Chiffon ramassé dans les latrines.

 

A l'adresse des hommes :

Echappé de Bicêtre. Morceau de viande mal accroché. Cadavre pestiféré. Bouquet sans queue. Visage sans viande. Restant de galère. Vieux manche à gigot. Enseigne de cimetière. Visage de plâtre. Sac à vin. Vieux crocodile. Figure de mannequin.

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