Brèves

Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 17:30

Lune.jpg En 1898, le recueil publié par le Bureau des longitudes annonçait que la dernière lune de 1899 commencerait le 32 décembre à deux heures du matin. Coquille ou réalité ?

 

En fait, l'année sidérale — temps nécessaire pour que l’on retrouve le Soleil à la même position par rapport aux étoiles fixes sur la sphère céleste, observée depuis le même lieu sur la Terre — ne concorde pas exactement avec l'année civile ; c'est pour cela, on le sait, que le calendrier Julien d'abord et le calendrier Grégorien ensuite, ont compensé ces différences par les jours bissextiles.

 

Or la nouvelle lune du 1er janvier 1900 (année civile) appartient encore à l'année sidérale 1899 ; raison pour laquelle elle figurait dans les Annuaires à la date du 32 décembre (jour fictif et purement théorique). C'est l'usage des astronomes, quand un phénomène céleste est à cheval sur le dernier jour d'un mois et le premier jour du suivant, de le mettre sous la rubrique du 29, du 31 ou du 32 du premier de ces deux mois, selon qu'il a 28, 30 ou 31 jours.

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Mardi 6 mars 2012 2 06 /03 /Mars /2012 18:30

Impot-Celibataire.jpg D'après « La Joie de la maison », paru en 1897

 

On s'occupait fort en 1897, dans la presse parisienne, de la dépopulation de la France et on cherchait les meilleurs moyens d'y remédier. Certains évoquaient comme remède possible une loi décrétée alors en Argentine : un impôt sur les célibataires, tout simplement.

 

Voici le texte de la loi : « Tous les célibataires au-dessus de vingt ans et au-dessous de quatre-vingts ans paient une taxe. Entre soixante-quinze et quatre-vingts ans, la taxe n'est que de quelques pences, tandis qu'entre cinquante et soixante-quinze, c'est à 150 dollars par mois qu'elle s'élève.

 

« Les veufs ont le droit de pleurer leurs femmes mortes pendant trois ans. Les veuves au-dessus de trente ans ne tombent plus sous le coup de la nouvelle loi. Mais celles qui sont plus jeunes et sans enfants, ou avec un seul enfant, sont taxées comme célibataires, si elles ne s'empressent de se remarier. Conformément à l'article 5, les célibataires, hommes et femmes qui, sans raison légitime, repoussent ceux qui les demandent en mariage, et refusent de se marier, sont condamnés à une amende de 500 dollars, en faveur de celui ou de celle dont la demande a été rejetée. »

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Lundi 5 mars 2012 1 05 /03 /Mars /2012 17:30

Célèbres furent les nombreux quolibets et jeux de mots commis par le président Dupin — André Dupin (1783-1865) dit Dupin aîné, élu à l'Académie française en 1832, fut tour à tour président de la Chambre des députés (1832), membre de l'Assemblée constituante (1848), président de l'Assemblée législative (1849). C'est lui qui, un jour, après une avalanche de discours insignifiants, alors qu'il était président de la Chambre, comparait la tribune à un puits : « Quand un seau descend, l'autre remonte ; mais la Vérité ne sort jamais ! »

 

Andre-Dupin.jpg Lui qui, après avoir rappelé à l'ordre le grand orateur Berryer pour outrages au ministère, lui disait tout bas : « Continue, mon brave, continue ! Tu es en veine ! » Lui encore qui, durant une séance tumultueuse où tout le monde parlait en même temps, et comme Thiers, qui était de très petite taille, venait de dire : « Je crois, Messieurs, qu'il existe, dans la Chambre, à cette heure, un petit malentendu... », l'interrompit par cette semonce : « Le petit malentendu, c'est vous, monsieur Thiers : montez donc à la tribune, et surtout parlez plus haut ». Lui enfin qui remarquait, à propos d'un député nommé Pétou, qui ne cessait de demander la parole : « Il faut toujours que M. Pétou parle ! » Et toute l'assemblée aussitôt de s'écrier en chœur : « Qu'il parle ! Qu'il parle ! » (L'Esprit de tout le monde, par Lorédan Larchey et L'Indépendance de l'Est du 4 février 1887.)

 

Les palinodies politiques du président Dupin et son peu estimable caractère donnèrent lieu, à la fin de sa vie, sous le second Empire, à ce plaisant petit poème (L'Opinion du 13 novembre 1885, et Larousse, art. Dupin) :

 

Tout pouvoir à son tour peut dire : « Il est des nôtres ».

Aux proscrits Dupin dur, Dupin mollet aux autres !

 

Pour reprendre son siège, il n'est pas indécis.

A soixante-quinze ans, c'est bien Dupin rassis.

 

Dupin, voulant rester au Palais de Justice,

Se vendra désormais comme. Dupin d'épice.

 

Jamais ses auditeurs, plus ou moins ébahis.

Depuis son dernier speech, ne crieront : Dupin bis !

 

D'un citoyen, d'un homme, il n'est qu'un faux semblant :

II fut gris, il fut rouge : il serait Dupin blanc !

 

D'accord avec le diable, il a tant travaillé,

Qu'il pourrait bien un jour être Dupin grillé.

 

Il me semble qu'on l'a par trop cher acheté ;

Car, voyez, c'est Dupin dernière qualité.

 

Oui, l'empereur, l'autre matin,

S'est fort trompé, sans aucun doute ;

Croyant avoir l’ami Dupin,

Il n'avait qu'une vieille croûte.

 

Illustration : André Dupin

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Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 17:30

D'après « Correspondance secrète, politique et littéraire » (Tome VII), paru en 1787

 

Charles Palissot de Montenoy (1730-1814), auteur dramatique connu par sa mordante causticité et ennemi de Diderot, avait fait contre l’homme de lettres Claude-Henri de Fusée, comte de Voisenon (1708-1775) dit l'abbé de Voisenon, une satire pleine de fiel. Avant de la livrer à l'impression, il voulut savoir ce qu'en penserait l'abbé de Voisenon lui-même, et juger de l'effet qu'elle produirait sur lui.

 

Abbe-Voisenon.jpg Il alla voir un jour l'abbé et lui dit, du ton le plus patelin et le plus hypocrite, qu'il y avait de bien méchantes gens dans le monde, qu'il venait de lui tomber entre les mains une satire atroce, qu'il en ignorait l'auteur, et que, quoiqu'on eût laissé en blanc le nom de celui contre qui elle était faite, il s'y trouvait des traits qui paraissaient porter directement sur l'abbé. « Je vous dirai plus, ajouta t-il ; comme on ignorait sans doute notre liaison, on a voulu, avant de la faire imprimer, la soumettre à ma critique. » Sans se le faire demander, l'homme caustique tire l'écrit de sa poche et lit effrontément des vers où les mœurs de l'abbé n'étaient pas plus ménagées que son esprit ; il ne lui fit pas grâce d'un vers, appuyant avec complaisance sur ce qu'il y avait de plus fort.

 

L'abbé de Voisenon l'écouta tranquillement jusqu'à la fin. Après la lecture, l'abbé reprit l'ouvrage, fit l'éloge des meilleurs vers, critiqua quelques expressions, et dit au poète : « Voulez-vous me permettre d'y faire quelques corrections ? » Palissot crut que tout au moins l'abbé allait jeter le papier au feu; mais celui-ci s'approche de son bureau, corrige une douzaine de vers, remplit le blanc de son nom, et, toujours avec le même flegme, en rendant la satire à l'auteur, qui ne se doutait point que l'abbé l'eût reconnu : « A présent, mon ami, dit-il, je crois que vous pouvez faire imprimer cet ouvrage ; il y avait quelques incorrections qui auraient pu lui faire tort ; il est rempli de sel et d'esprit, et je crois qu'il sera favorablement reçu du public. »

 

Palissot fut si frappé de ce sang-froid, qu'il déchira son écrit, le brûla, embrassa l'abbé, et lui protesta qu'il était guéri pour toujours de la démangeaison de faire des satires.

 

Illustration : l'abbé Voisenon

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Samedi 3 mars 2012 6 03 /03 /Mars /2012 17:30

Soldat-Cartes.jpg D'après « L'indépendance de l'Est », n° du 18 octobre 1888

 

De service dans une église et s'amusant avec un jeu de cartes, au grand scandale de ses camarades, un soldat fut dénoncé par son sergent. Appelé devant le lieutenant, à l'issue de la cérémonie, il se justifia en ces termes :

 

« Ce jeu de cartes, mon lieutenant, me sert de livre de prières, et je le porte toujours avec moi.

 

« En tirant un as, je me rappelle qu'il n'y a qu'un seul Dieu, créateur de toutes choses.

 

« Le deux me fait ressouvenir des deux larrons crucifiés avec Notre-Seigneur.

 

« Le trois me représente les trois personnes en Dieu : Le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

 

« Le quatre m'annonce les quatre évangélistes : saint Mathieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean.

 

« Le cinq, les cinq plaies du divin crucifié, notre Sauveur.

 

« Quand je considère un six, je me souviens que Dieu a créé le ciel et la terre en six jours.

 

« Si c'est un sept que je retourne, je pense encore au Tout-Puissant, qui, la création terminée, s'est reposé le septième jour, et je me rappelle aussi qu'il y a sept sacrements.

 

« Si mes yeux se fixent sur un huit, les huit justes échappés au déluge me reviennent à l'esprit.

 

« Le neuf me fait songer aux neuf vierges qui vinrent adorer Jésus-Christ.

 

« Le dix, aux dix commandements de Dieu.

 

« Chaque valet est pour moi un des indignes suppôts de Caïphe et de Pilate, qui osèrent cracher au visage de notre Rédempteur.

 

« La reine, c'est la reine de Saba, accourue de l'Orient pour admirer la sagesse de Salomon.

 

« Le roi me remet en mémoire les rois mages se prosternant dans l’étable aux. pieds du Céleste Enfant, preuve de tout le respect et du culte qu'on lui doit.

 

« Si je compte le nombre des points dans un jeu de cartes, je trouve qu'il y en a 365, autant qu'il y a de jours dans l'année.

 

« Si je considère le nombre de cartes, j'en trouve 52, autant que de semaines.

 

« Enfin les douze figures me représentent les douze apôtres.

 

« Ainsi, vous le voyez, mon lieutenant, mon jeu de cartes me sert tout à la fois de livre de prières et d'almanach. »

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