Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 17:15

Louis-XI D'après « Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres », paru en 1911

 

En 1911, Antoine Thomas, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, passant en revue les étymologies proposées pour rendre compte du mot français familier micmac (mot péruvien, d'après Huet ; mot emprunté de l'allemand mischmasch, d'après Littré ; nom d'une peuplade indienne du Canada, d'après d'autres), montre qu'aucune ne résiste à un examen critique.

Il est porté à croire que micmac, dont on n'a pas d'exemples avant 1642 et qui est parfois écrit, au milieu du XVIIe siècle, micquemacque et employé au féminin, est une altération de mutemacque « émeute », substantif féminin, d'origine flamande, qui a été de quelque usage en France au XVe siècle et qui offre la combinaison du substantif français muete (transcrit muit en flamand) et du verbe germanique maken « faire ».

Toujours est-il que les habitants de Reims, au commencement du XVIIe siècle, appelaient du nom traditionnel de « micmaque » une émeute sanglante qui avait éclaté dans cette ville en 1461 et que le roi Louis XI dans une de ses lettres closes, du 6 juillet 1477, appelle « la mutemacque ».

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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 17:15

Tournebroche.jpg D'après « Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris », paru en 1894

 

La croyance suivante existait encore à la fin du XIXe siècle dans le canton de Thiviers (Dordogne)  : « Un Roitelet tué le jour des Rois, enfilé dans une verge de noisetier, exposée au feu tournera tout seul ».

François Daleau, membre de la Société d’anthropologie de Paris, rapporte qu’un périgourdin, ancien berger, lui ayant dit avoir fait souvent pareille cuisine, ajouta que quel que soit le gibier et même le jour, la broche tournait. Comme saint Thomas, notre spécialiste a tenu à voir pour croire, et voici ce qu’il affirme avoir constaté de visu.

En janvier 1894, un malheureux moineau, tué d'un coup de fusil, fut plumé et embroché avec une jeune tige, verte, de noisetier – les deux extrémités de cette broche en bois ayant été appuyées sur deux chenets en fer (que les bergers remplacent par deux petites fourches en bois), le tout fut exposé devant un feu ardent – au bout de quelques minutes, la broche et l'oiseau ont tourné, d'abord très lentement, puis un peu plus vite jusqu'à ce que cuisson s'en suive.

Il va s'en dire que cette broche primitive tourne moins vite que celles que l'on adapte aux tournebroches modernes, explique Daleau, qui écrit que ce mode de cuisson lui a remémoré un système employé par les tonneliers girondins, dit la broche à la ficelle : on suspend une pièce de viande à une corde attachée à un clou fixé au manteau de la cheminée, dans laquelle brûle un bon feu. Le rôti, mis en mouvement par la ficelle qui se tord et se détord, arrive à cuire aussi bien qu'à la broche (mieux, disent les tonneliers). Il est entendu que le chef improvisé active le mouvement en tordant la ficelle de temps en temps.

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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 17:15

D’après « Le Progrès médical », paru en 1931

Marquant notamment le millénaire de la disparition du médecin arabe Al Razi dit Rhazes (865-932), l’année 1932 prochaine offre l’occasion en juin 1931 au professeur Pierre Ménétrier (1859-1935), d’exposer comment la transmission du savoir médical de la Grèce antique aux Européens fut assurée par les Arabes.

Pierre-Menetrier.jpg Déjà avant la création de l'empire islamique, explique-t-il, d'importants foyers d'études s'étaient créés, au Ve et au VIe siècles dans l'Asie occidentale : ils étaient dus en grande partie à l'esprit philosophique et scientifique des Nestoriens – doctrine se réclamant du christianisme et affirmant que deux « personnes », l'une divine, l'autre humaine, coexistent en Jésus-Christ – persécutés à Byzance et qui avaient dû émigrer vers l'Est. Ils établirent d'abord en Mésopotamie, dans la ville d'Edesse (Orfa) un hospice public, où les élèves apprenaient la théorie et la pratique de la médecine. Ils durent par la suite se réfugier plus loin encore, jusqu'en Perse, où d'autres persécutés, les philosophes platoniciens chassés d'Athènes par l'intolérance de Justinien, s'étaient également établis. C'est là qu'ils fondèrent, vers le milieu du VIe siècle, la fameuse école médicale et scientifique de Djondisabour, doublée d'un hôpital.

Les Arabes recueillirent ce précieux héritage. Khalid ibn Yasid, le petit-fils du fondateur de la dynastie des Omniades à Damas, réputé pour son savoir en alchimie, commença à faire traduire en arabe les œuvres des savants de la Grèce antique. Il eut pour continuateurs Geber, puis Al Mamoun, fils du fameux Haroun al Rachid. C'est le Khalife Al Mamoun qui fonda l'école de Bagdad, devenue la plus florissante de l'Orient : il y avait appelé des maîtres de Djondisabour.

A partir du Xe siècle, la médecine arabe, abandonnant un peu la tradition, s'engagea dans la voie des découvertes. A la tête des novateurs se plaça Rhazes, né à Rey (Perse), qui écrivit plus de 200 ouvrages, dont la fameuse encyclopédie médicale, le Haouy, constitua l'un des manuels préférés des écoles de Salerne et de Montpellier. Après lui, il faudrait citer des centaines d'auteurs et des milliers d'ouvrages, tant le mouvement fut considérable.

Comment le flambeau de la science grecque fut-il transmis par l'intermédiaire des Arabes aux Italiens et aux Français ? Grâce aux savants qui se déplacèrent (Gerbert, d'Aurillac, allant étudier à Barcelone avant de devenir le pape Sylvestre II (999) ; Constantin l'Africain, se rendant de Carthage à Salerne (1065), et les nombreux échanges de maîtres et d'élèves qui durent avoir lieu entre les écoles d'Espagne et l'Université naissante de Montpellier). D'innombrables traductions en latin d'ouvrages arabes furent entreprises à Tolède au XIe siècle, notamment par Gérard de Crémone, sous la direction de l'évêque Raymond d'Agen.

 

Illustration : Le professeur Pierre Ménétrier, agrégé à la Faculté de médecine de Paris

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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 17:10

D'après « Bibliothèque de l'Ecole des chartes », paru en 1900

 

Quelques rois au commencement du XIVe siècle portèrent le titre de roi de France et de Navarre. Quels sont exactement ceux auxquels il appartient ? Si nous consultons le Manuel de diplomatique de Giry, il nous dit : « Seuls en Europe, les souverains de la France ne firent jamais d'addition permanente au titre de roi de France. Les provinces qu'ils réunissaient les unes après les autres à la couronne ne se distinguaient pas du royaume ; le roi qui les incorporait au domaine royal n'acquérait donc pas de titre nouveau. Il faut faire une seule exception pour le royaume de Navarre apporté à Philippe le Bel par sa femme Jeanne de Navarre et qui resta uni au royaume de France jusqu'à la mort de Charles le Bel (1328). Les rois de France pendant cette période joignirent à leur titre celui de roi de Navarre (Francorum et Navarre rex). »

Jeanne-Navarre.jpg Ainsi, l’auteur du Manuel de diplomatique suppose que les rois Philippe IV le Bel (1285-1314), Louis X le Hutin (1314-1316), Jean Ier le Posthume (qui ne vécut que cinq jours), Philippe V le Long (1316-1322), Charles IV le Bel (1322-1328), ont joint à leur titre celui de roi de Navarre. Or cette affirmation est inexacte. Jamais Philippe le Bel n'eut ce titre. Jeanne, étant restée propriétaire des biens qu'elle avait apportés en dot, conserva son titre de reine de Navarre pendant toute sa vie, et immédiatement après sa mort (4 avril 1305), Louis X son fils aîné lui succéda dans ce royaume. Au reste, dans aucun des nombreux actes de Philippe le Bel conservés dans les registres de la chancellerie ou déjà publiés, nous ne l'avons trouvé avec le titre de roi de France et de Navarre.

Après la mort de Louis X, le royaume de Navarre eût dû revenir à sa fille Jeanne, née le 28 janvier 1311 ; mais Philippe V, après l'avoir administré en qualité de tuteur, se le fit attribuer en 1318, par traité conclu avec Eudes IV, duc de Bourgogne, oncle maternel de Jeanne, moyennant une indemnité. Philippe V n'ayant pas laissé d'héritiers mâles, à sa mort la Navarre aurait dû en vertu de ce traité revenir à Jeanne. Charles le Bel lui succéda néanmoins au royaume de Navarre comme à celui de France et fit renouveler à son profit la transaction de 1318 '.

Le 1er février 1328, Charles IV mourut, laissant sa femme Jeanne d'Evreux enceinte. Jusqu'au 1er avril de cette même année, jour où elle accoucha d'une fille, Philippe VI de Valois fut nommé régent des royaumes de France et de Navarre ; mais après cette date, l'assemblée des états du royaume, réunie sous la présidence de Philippe VI, proclama Philippe d'Evreux et Jeanne, fille de Louis X, roi et reine de Navarre, comme fief tombant en quenouille, au préjudice de leurs compétiteurs. A aucune époque donc, Philippe VI ne porta le titre de roi de France et de Navarre ; mais seulement du 1er février au 1er avril 1328, celui de régent des royaumes de France et de Navarre.

Ainsi, comme conclusion, il y a trois rois seulement qui portèrent au XIVe siècle le titre de roi de France et de Navarre : Louis X, Philippe V et Charles IV, et c'est à tort qu'on l'a attribué quelquefois à Philippe IV ou à Philippe VI.

 

Illustration : Jeanne Ire de Navarre

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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 17:30

D'après « Bulletin de la Société préhistorique française », paru en 1913

 

Nombreux sont les Musées de France, ou de l'étranger, possédant des objets dont l'origine est attribuée à l'Auvergne. Il n'est peut-être pas de contrée qui ait été plus visitée que cette province, au point de vue spécial des antiquités On ne saurait s'étonner, dès lors, d'y constater de multiples applications d'un axiome, aussi vrai en archéologie qu'en économie sociale : la demande crée l'objet ; ou bien qu'en physiologie : le besoin crée l'organe.

Les antiquités se faisant de plus en plus rares, les besoins et les demandes conservant la même étendue, la même fréquence, quelques marchands s'ingénièrent à trouver un équilibre stable entre ces divers facteurs économiques, et, vraiment, ils y réussirent à merveille. Les fausses pièces comblèrent bientôt les vides, avec une facilité d'autant plus grande que l'imitation était parfaite et que l'amorce était habilement préparée. Le voyageur en art ancien, le simple amateur local, avaient presque toujours la fortune inespérée de rencontrer sur leur route une personne aimable donnant le bon tuyau : « C'est à tel endroit, chez un pauvre paysan, n'ayant aucune notion de la valeur des choses, que vous trouverez le rara avis ». Ou encore : « Allez chez tel chiffonnier, qui a acheté récemment un lot de vieux débris, de rebuts de greniers ; il me semble que vous pourrez y satisfaire vos désirs ».

Fausses-Pieces.gif

 

Et l'on s'y rendait content, sans se douter du tour joué! L'aimable personne n'était qu'un vulgaire pisteur, lançant un produit de la veille. Vers 1900 mourait, à Riom (Puy-de-Dôme), un chiffonnier qui avait parcouru, pendant longtemps, les communes des environs, ramassant tout, mais s'intéressant particulièrement aux vieilles monnaies. A son dépôt, situé dans une rue étroite et reculée de la ville, on avait souvent l'occasion de voir des outils en bronze, bien conservés. Si l'on désirait acheter, on obtenait toujours des explications plausibles sur le lieu et l'époque de la trouvaille. Aucun soupçon ne serait venu en présence de la bonhomie et de la naïveté du marchand. Comment celui-ci aurait-il pu donner un pareil galbe et une semblable patine? Le prix était bien un peu élevé ; mais il était loin, en tout cas, d'atteindre le taux habituel.

Or, ce n'était rien moins qu'un faussaire habile ; on découvrit, à sa mort, une collection de modèles en bois, reproduisant la forme exacte des outils vendus, et une personne, qui l'avait vu à l'œuvre, dévoila la façon dont il procédait. Les vieux sous recueillis lui servaient de matière première. Lorsqu'il en avait une certaine quantité, il les portait, avec les modèles, chez un usinier de Thiers, qui fondait et coulait. Quant à la patine, il obtenait, paraît-il, une couche épaisse, d'un beau vert, en usant de la recette suivante, que nous livrons à titre de simple renseignement, ne l'ayant pas expérimentée : tremper les objets, pendant un mois, dans du fort vinaigre, les retirer et les laisser, pendant trois mois, dans du fumier de cheval. En somme, c'est le procédé ordinaire des acides (acides sulfurique, chlorhydrique, etc.), avec un complément qui paraît bien susceptible d'en augmenter les effets.

 

Illustration : Fausses pièces préhistoriques fabriquées en Auvergne (partie supérieure : en métal ; partie inférieure : en pierre)

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