Brèves

Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 19:30

Dans l'histoire littéraire, le fait d’appliquer des couleurs à des sentiments et autres choses abstraites n’est pas rare. On connaît la Symphonie en blanc majeur de Théophile Gautier (elle se trouve dans le volume Émaux et Camées) ; Léon Gozlan (1803-1866) a écrit, sur ce même sujet, une page caractéristique (reproduite dans la revue Le Penseur, janvier 1913) : « Comme je suis un peu fou, j'ai toujours rapporté, je ne sais trop pourquoi, à une couleur ou à une nuance les sensations diverses que j'éprouve. Ainsi, pour moi, la pitié est bleu tendre, la résignation est gris-perle, la joie est vert-pomme, la satiété est café-au-lait, le plaisir rose velouté, le sommeil est fumée-de-tabac, la réflexion est orange, la douleur est couleur de suie, l’ennui est chocolat.

Langage-Couleurs.jpg

 

La pensée pénible d'avoir un billet à payer est mine-de-plomb, l’argent à recevoir est rouge chatoyant ou diablotin. Le jour du terme est couleur de Sienne. Aller à un premier rendez-vous, couleur thé léger ; à un vingtième, thé chargé. Quant au bonheur... couleur que je ne connais pas ! »

Et les couleurs appliquées aux prénoms féminins, système imaginé par l'humoriste Ernest d'Hervilly (1839-1911) : les noms blancs très purs sont : Bérénice, Marie, Claire, Ophélie, Iseult. Le rose vif est évoqué par Rose (naturellement !), Colette, Madeleine, Gilberte. Le gris est fourni par Jeanne, Gabrielle, Germaine. Le bleu tendre serait Céline, Virginie, Léonie, Élise. Le noir absolu serait Lucrèce, Diane, Rachel, Irène, Rébecca. Le jaune violent n'apparaît qu'aux noms de Pulchérie, Gertrude, Léocadie. Ernest d'Hervilly affirmait, en outre, qu'Hélène est gris-perle, et qu'Adrienne, Ernestine et Fanchette doivent être rangées dans la catégorie des prénoms qui rappelle un semis de fleurs sur une étoffe blanche.

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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 18:00

En 1940, un lecteur parisien du Berry médical adressait une supplique en vers à son directeur, qui était un fin lettré, le Docteur L. Robert : il lui demandait une chronique sur... l'ovule.

 

Naissance.jpg Le voeu fut exaucé de la façon la plus poétique du monde : sans trop blesser la pudeur de ses lectrices, Le Berry a publié une anthologie de poèmes badins consacrés au « petit œuf ». Nous ne saurions y trouver de pièce bien ancienne, attendu que la forme pharmaceutique en question est d'invention relativement récente. Mais il y a plusieurs parodies d'œuvres classiques :

 

— l'une à la manière de François Coppée (La femme du mécanicien) : Je suis bloqué, dit-il, nul convoi ne circule

 

— l'autre imitant Le vase brisé de Sully Prudhomme : Il est fripé. N'y touchez pas !

 

— une autre rappelant le fameux sonnet d'Arvers :

Mon corps est un mélange entouré de mystère.

Un pharmacien subtil savamment m'a conçu.

Sa formule est secrète; à tous on doit la taire

Et personne, à part lui, n'en a jamais rien su !

 

— une transposition des vers bien connus de la baronne Fauqueux (Ne vouloir être rien, n'être rien qu'une femme) qui deviennent : Ne vouloir être rien qu'un ovule, Madame !

 

— enfin un élégant pastiche du XVIIIe siècle :

(...) Je ne sors point vivant de cet obscur domaine ;

Je meurs et me consume, hélas ! où j'ai servi.

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Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 20:30

D'après « Bibliothèque de l'École des chartes », paru en1882

 

Une lettre de rémission pour une femme accusée de sorcellerie, nous fournit de précieux renseignements quant à de curieux ingrédients utilisés par elle. Pour regagner l'amour de son mari, pour améliorer son sort, elle avait eu recours à des conjurations que lui avait enseignées quelques commères du voisinage.

 

Les moyens ainsi mis en œuvre par Guillemette la Tubée n'ont pas encore été signalés par des écrivains comme Del Rio, pourtant le plus complet de tous en la matière, dans ses Disquisitiones magicae (1606). La première conjuration, faite au moyen d'ossements humains dérobés au charnier des Innocents, n'a rien que d'ordinaire ; de tout temps les débris humains ont tenu une grande place dans la magie. Guillemette reconnaît d'ailleurs que ce premier essai ne lui servit pas à grand-chose et que son mari n'en fut pas plus empressé.

 

Recette-Magique.jpg

 

Le second moyen auquel elle eut recours, l'emploi du sel mêlé à la salive et jeté au feu, n'est mentionné ni par Del Rio, ni par Celio Calcagnini, dont le petit traité De magia amatoria (1544) est un résumé de tout ce que les auteurs anciens ont dit sur la matière. Del Rio dit bien quelque part que le sel sert parfois pour connaître l'issue d'une maladie, mais il ne le mentionne pas dans le chapitre de son livre consacré aux philtres d'amour ; omission regrettable à coup sûr, car Guillemette affirme que cette seconde conjuration eut tout le succès désirable.

 

Cet heureux succès l'engagea à recourir encore à la magie dans une autre circonstance : pour s'assurer un sort plus heureux, elle se procura, toujours par le conseil de ses bonnes voisines, les deux pattes droites ďune taupe, qu'elle porta quelque temps sur elle ; Del Rio ne mentionne pas cette amulette d'une nouvelle espèce. Ceci dit, un objet quelconque, pourvu qu'il fût bizarre, pouvait servir d'amulette. Remarquons enfin que, quel que soit l'objet en usage, la magie du Moyen Age est toujours la magie antique ; dans ces conjurations, le feu joue le même rôle au temps de Virgile et au XIVe siècle de notre ère.

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Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 19:00

Vigne.jpg En 1916, La Chronique médicale relate en ces termes une surprenante découverte : « Aurait-on trouvé le remède décisif contre le maudit insecte qui tant fait le désespoir de nos viticulteurs ? Il le semblerait, si nous en croyons l’écho qui nous revient d’Italie, par le canal du Lyon médical.

 

« Or donc, d’après Il Popolo romano, dans un village de la province de Lecce, un paysan avait planté des tomates entre les rangées, dans une vigne phylloxérée. Il fit ceci simplement dans le but de tirer quelque profit du terrain, car les ceps gravement atteints de phylloxéra ne donnaient pas un raisin depuis longtemps. Peu après, lorsque les plants de tomates commencèrent à grandir, le paysan remarqua avec étonnement que les ceps de vigne repoussaient et offraient une vigueur qu’ils n’avaient pas les années précédentes.

 

« Ne sachant comment expliquer le phénomène, l’idée lui vint d’arracher quelques pieds de tomate : il trouva dans les racines des milliers d’insectes morts. C’est dire que les plants de tomate constituent un remède sûr pour détruire le phylloxéra. La science peut expliquer ainsi le fait : les tomates appartiennent à la famille des « Solanacées », qui contiennent de la « Solanine », substance vénéneuse, mortelle pour l’insecte dévastateur de la vigne.

 

« Une commission de techniciens est en train d’étudier le phénomène, qui pourrait être le salut de la viticulture. Comme il n’est guère coûteux d’essayer le remède, il est à souhaiter que les agriculteurs l’expérimentent et nous communiquent leurs résultats », concluait La Chronique médicale.

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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 18:52

Plantes.jpg D’après « Revue d’histoire de la pharmacie », paru en 1956

 

On peut lire dans Les Rêveries du promeneur solitaire, Septième Promenade, de Rousseau, que les « idées « médicinales ne sont assurément guère propres à rendre agréable l'étude de la botanique ; elles flétrissent l'émail des prés, l'éclat des fleurs, dessèchent la fraîcheur des bocages, rendent la verdure et les ombrages insipides et dégoûtants ». Plus loin : « Toute cette pharmacie ne souillait point mes images champêtres ; rien n'en était plus éloigné que des tisanes et des emplâtres. »

 

Plus loin encore : « Je sens même que le plaisir que je prends à parcourir les bocages serait empoisonné par le sentiment des infirmités humaines s'il me laissait penser à la fièvre, à la pierre, à la goutte et au mal caduc. (...) Du reste, je ne disputerai point aux végétaux les grandes vertus qu'on leur attribue ; je dirai seulement qu'en supposant ces vertus réelles, c'est malice pure aux malades de continuer à l'être ; car, de tant de maladies que les hommes se donnent, il n'y en a pas une seule dont vingt herbes ne guérissent radicalement. »

 

On pourrait penser, en lisant ces quelques réflexions, à « l'ironie fanfaronne du bien-portant ». Mais le scepticisme de Jean-Jacques Rousseau vis-à-vis de la médecine et de la pharmacie (scepticisme bien fréquent d'ailleurs, chez beaucoup de grands noms de la littérature française) s'explique mieux sans doute par l'impuissance de la thérapeutique vis-à-vis de ses propres souffrances, puisqu'il fut lui-même un grand malade tout au long de sa vie. Pourtant, sa façon de voir la nature, — souillée par la pharmacie — , ne manque pas d'originalité.

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