Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 17:00

Marchand-Marrons.jpg D'après « Revue du traditionnisme français et étranger », paru en 1912

 

De tout temps, la sagacité de nos pères a distingué, entre tous, l'art de tirer, au moment voulu, les marrons du feu. Le vieux Paris du XIIIe siècle ne croyait pas s'éveiller trop matin quand ses rues retentissaient, à l'aube, de ce joyeux cri : « J'ai chastaignes de Lombardie ! » L'amour-propre national s'en mêla et Lyon, devenu français, réussit à donner son nom aux marrons ultramontains. Les poètes, au temps de Ronsard, ne crurent pas indigne de la Muse d'accommoder des meilleures rimes les meilleures châtaignes :

 

Voulez-vous ouïr chansonnettes

De tous les cris de Paris ?

L’un crie : « Eh ! des allumettes ! »

L’autre : « Fusils ! bons fusils »...

« Costrets secs »... et « Beaus marrons !

« Les beaus marrons de Lyon. »

 

Et comme les poètes ont, pour nos oreilles, d'ingénieuses délicatesses, il leur arriva, sous Charles IX, de mettre les marrons en musique sur l'air de la volte provençale. Ils avaient essayé sous Henri II, de les mettre en « farce récréative ». Leur malice, pour cela, n'oubliait pas ses droits et ils nous assurent qu'une des annonces les plus fréquentes dont les crieurs égayaient les carrefours et les venelles, c'était : « Voici du lait... pour les nourrices ! »

 

D'Henri IV à Louis XV, les marrons que les marchands lyonnais tiraient du Dauphiné, du Forez et du Vivarais, faisaient prime dans la France entière. L'estomac de Paris en réclamait de somptueuses provisions. Les épiciers avaient l'honneur de les vendre en gros et les « regrattiers » de les débiter au détail, côte à côte avec les chandelles qui valaient à ces honnêtes commerçants le joli nom de « chandeliers ». On disposait pour les clients des chapelets de vingt-cinq marrons. Et les libertins eux-mêmes consentaient à égrener pieusement ces patenôtres.

 

Illustration : Le marchand de marrons, par Carle Vernet

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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 17:30

Gustave-Flaubert.jpg Gustave Flaubert (1821-1880) ne pouvait souffrir Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889), qui, comme lui, était Normand, et, comme lui, avait la passion du style. « Lisez donc Fromont et Risler de mon ami Daudet, et Les Diaboliques de mon ennemi Barbey d'Aurevilly, écrit-il à George Sand (lettre du 2 décembre 1874 ;
Correspondance, t. IV, p. 207). C'est à se tordre de rire. Cela tient peut-être à la perversité de mon esprit, qui aime les choses malsaines, mais ce dernier ouvrage m'a paru extrêmement amusant ; on ne va pas plus loin dans le grotesque involontaire. »

Et dans une lettre à Maupassant (sans date, t. IV, p. 380) : « Te souviens-tu que tu m'avais promis de te livrer à des recherches dans Barbey, d'Aurevilly (département de la Manche). C'est celui-là qui a écrit sur moi cette phrase : Personne ne pourra donc persuader à M. Flaubert de ne plus écrire ? Il serait temps de se mettre à faire des extraits dudit sieur. Le besoin s'en fait sentir. »

Barbey d’Aurevilly aimait ces verdicts draconiens et sans appel. De même qu'il voulait condamner Flaubert à ne plus écrire, il déclarait qu' « à dater des Contemplations, M. Hugo n'existe plus ».

 

Illustration : Gustave Flaubert

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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 17:30

D'après « L'instruction popularisée par l'illustration », paru en 1851

 

Paul Pellisson, académicien depuis 1653, enfermé à la Bastille en 1661 suite à la disgrâce du surintendant Fouquet dont il était le secrétaire, avait trouvé un singulier moyen de se distraire et d'adoucir les ennuis de sa captivité, qui dura quatre ans.

 

Paul-Pellisson.jpg Privé des ressources que procure l'étude, il n'avait ni livres, ni encre, ni papier. Il n'avait, pour toute compagnie, qu'un Basque qui ne savait que jouer de la musette. Il s'ennuyait à mourir. Heureusement un hôte nouveau vint lui apporter quelque consolation. C'était une araignée ; elle filait sa toile à un soupirail qui donnait du jour à la prison. Pellisson entreprit de l'apprivoiser ; pour y parvenir, il mettait des mouches sur le bord du soupirail, tandis que son Basque jouait de la musette. Peu à peu, l'araignée, comme familiarisée par le son de l'instrument, s'accoutuma à sortir de son trou, pour courir sur la proie qui lui était présentée.

 

Pellisson continua a l'appeler ainsi au son de la musette : et en éloignant la proie de plus en plus, il parvint, après un exercice de quelques mois, à discipliner si bien cet insecte, qu'il partait toujours au premier signal pour aller prendre une mouche au fond de la chambre et jusque sur les genoux du prisonnier. Le gouverneur de la Bastille vint un jour voir Pellisson, et lui demanda, avec un sourire insultant, à quoi il s'occupait. Pellisson, d'un air serein, lui dit qu'il avait su se faire un amusement, et, donnant aussitôt son signal, il fit venir l'araignée apprivoisée sur sa main.

 

Le gouverneur ne l'eut pas plutôt vue, qu'il la fit tomber et l'écrasa de son pied. « Ah ! monsieur, s'écria Pellisson, j'aurais mieux aimé que vous m'eussiez cassé le bras. » L'action était cruelle en effet; elle ne pouvait venir que d'un homme devenu, par l'habitude, insensible aux souffrances des malheureux. Louis XIV en fut informé. Il jugea l'homme par ce trait, et lui ôta son emploi.

 

Illustration : Paul Pellisson

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Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 17:30

Le peintre et graveur Nicolas-Toussaint Charlet (1792-1845) a fait de cette triste et bien juste réflexion la légende d'une de ses lithographies, publiée en 1825. Le dessin (dont il existe deux types légèrement différents), nous montre au premier plan un vieillard chargé d'un gros pain, tandis que, par un heureux contraste, on voit dans le fond un enfant qui tend la main.

 

Le vieux dit tristement : « Jeune j'avais des dents et pas de pain. Vieux j'ai du pain et pas de dents. » C'est une variante de ce que Molière, dans l’Avare, faisait dire au prodigue Cléante, le fils d'Harpagon : « Hé que nous servira d'avoir du bien, s'il ne nous vient que dans le temps que nous ne serons plus dans le bel âge d'en jouir. » (Acte Ier, scène II)

 

Charlet-Lithographiel.jpg

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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 17:30

Diable.jpg Imprimé en 1561, l’ouvrage intitulé Missae ac missalis anatomia, contenant 172 pages in-8° ainsi qu’un errata de quinze pages, « peut passer pour une des satires les plus amères que les protestants aient composées contre l'église romaine » et est une « traduction de l'Annotomia de la missa, (...) traduction faite non sur la version originale [parue en 1552] mais sur la version française [parue en 1555] », nous apprend le Manuel du libraire et de l'amateur de livres (Tome 2, 1820).

 

Celui qui a fait l’errata s'excuse en racontant les artifices employés par le diable pour empêcher le bien que ce livre devait produire : « Ce maudit Salan, dit-il, lorsqu'on imprimait cet ouvrage, mit en œuvre toutes ses ruses, et parvint à le faire souiller de tant de fautes (car certains passages n'offrent aucun sens, et d'autres présentent un sens contraire à celui qu'ils devraient avoir), dans le but d'en empêcher la lecture par les âmes pieuses, ou d'affecter ainsi les lecteurs d'un tel ennui, qu'aucun d'eux ne pût, sans un dégoût suprême, aller jusqu'à la fin du livre.

 

« Déjà le même Satan, avant que le livre fût remis à l'imprimeur, se servant d'un autre moyen, l'avait jeté quelque part dans un bourbier, et tellement sali de liquide et de boue, que l'écriture était presque effacée sur un grand nombre de feuillets entièrement gâtés. De plus, ce livre était tellement déchiré, que non seulement on ne pouvait pas le lire, mais qu'on ne pouvait même l'ouvrir sans que les feuillets ne se séparassent les uns des autres. Aussi, pour remédier à ces artifices de Satan, on a été, après l'impression, obligé de revoir l'ouvrage et de noter les fautes, malgré leur nombre. »

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