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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 17:00

D'après « La Semaine des familles », paru en 1859

 

Janus, dieu aux deux visages présidant aux commencements et aux passages, et auquel les Romains consacrèrent le premier jour de l’année, expliqué en 1859 de façon piquante à un écolier :

L'écolier. — Oh ! le singulier personnage avec ses deux figures dont l'une est gaie et l'autre triste, qui rit d'un œil et pleure de l'autre ! Comment vous nommez-vous, s'il vous plaît ? Etes-vous Jean qui pleure ou Jean qui rit ?

Janus. — Je me nomme Janus.

L'écolier. — Y aurait-il de l'indiscrétion à vous demander votre histoire ?

Janus.jpgJanus. — Pas le moins du monde. J'étais, dit-on, de mon vivant le plus ancien roi d'Italie. Les mythologues varient sur mon origine et le lieu de ma naissance. Les uns me donnent Apollon pour père et me font naître en Thessalie ; les autres veulent que je sois le fils du Ciel et d'Hécate, et que j'aie reçu le jour à Athènes. Ils ajoutent que je suis venu en Italie à la tête d'une colonie et que j'ai bâti sur les bords du Tibre une petite ville que j'ai appelée Januale. Saturne, chassé du ciel par son fils Jupiter, — hélas ! cela ne me rajeunit pas, — vint chercher un refuge dans mes États ; je l'y reçus et même je l'associai à l'empire. Après ma mort, on me mit au nombre des dieux, et l'on m'offrait des dattes, des figues et du miel : vous voyez que, de tout temps, j'ai été voué au sucre. Les Romains me rendaient un culte solennel. On m'invoquait toujours le premier dans les cérémonies religieuses, parce que je présidais aux portes et aux avenues, et parce que c'était par ma médiation que les prières des hommes parvenaient aux immortels. Aussi me représentait-on tenant une clef dans une main et une baguette dans l'autre.

Souvent j'avais le nombre de 300 écrit dans ma main droite et celui de 65 dans la gauche, parce que je présidais à l'année, dont le premier mois me devait le nom de Januarius. Vous devez savoir, si vous avez bien appris vos auteurs, que les Romains fermaient mon temple pendant la paix et l'ouvraient pendant la guerre ; je dois rendre à l'humeur batailleuse de ce peuple la justice de reconnaître que ce temple ne fut pas souvent fermé. Il ne le fut que deux fois jusqu'à l'avènement des empereurs : la première fois sous Numa, la seconde après la première guerre Punique ; mais il le fut trois fois sous le règne d'Auguste.

L'écolier. — Merci de la leçon, seigneur Janus, quoique je m'en fusse bien passé dans un jour de congé. Mais, dites-moi, pourquoi ces deux faces, dont l'une regarde l'orient et l'autre l'occident ?

Janus. — Les uns disent que je suis bicéphale parce que je connais le présent et l'avenir ; les autres, parce que, présidant au premier jour de l'année, je vois à la fois le commencement de la nouvelle année et la fin de l'autre.

L'écolier. —Voulez-vous causer quelques instants avec moi, seigneur Janus ?

Janus. —Volontiers ; mais à laquelle de mes deux faces vous plaît-il de parler ?

L'écolier. — A celle de droite.

Janus. — Alors, bonsoir ; car je m'en vais ou je m'en vas, l'un et l'autre se dit ou se disent, comme le faisait observer le grammairien Dumarsais en mourant.

L'écolier. — Mais si je parlais à celle de gauche, que diriez-vous ?

Janus. — Je vous dirais bonjour, car j'arrive.

L'écolier. — Et si je demandais à votre face de droite ce qu'il faut penser des hommes et des choses ?

Janus. — Ce qu'il y a de plus mal au monde.

L'écolier. — Qu'entendez-vous de votre oreille droite ?

Janus. — Des sottises et des nécrologies, quoique je me fasse bien sourd.

L'écolier. — Que voyez-vous ?

Janus. — Je vois, quoique je devienne aveugle, des méchants, des fats, des sots, et des gens fort tristes parce qu'ils s'apprêtent à donner des étrennes.

L'écolier. — Que désirez-vous ?

Janus. — Joindre à l'ennui d'avoir vécu le bonheur de mourir.

L'écolier. — Qu'augurez-vous du monde ?

Janus. — Qu'il louche à son dernier moment.

L'écolier. — Quelle est votre philosophie ?

 

Janus. — Celle d'Héraclite : toujours pleurer, pleurer toujours.

L'écolier. — Quelle lecture me conseillez-vous ?

Janus. — Le Misanthrope de Molière.

L'écolier. — Que faites-vous ?

Janus. — Je déménage.

L'écolier. — Ne me direz-vous pas encore un mot ?

Janus. — Si fait : bonsoir !

L'écolier. — Pourquoi faites-vous la grimace ?

Janus. — Parce que je dépose, ce soir, mon bilan.

L'écolier. — Que portez-vous sous votre bras ?

Janus. — Mon épitaphe.

L'écolier. — Pourquoi me quittez-vous si vite ?

Janus. — Pour aller commander mon enterrement.

L'écolier. — Vraiment, seigneur Janus, vous n'êtes ni beau, ni aimable, ni gai, ni égayant de ce côté, et décidément j'aime mieux avoir affaire à votre face de gauche qu'à votre face de droite.

Janus. — A votre aise ; mais alors passez du côté de mon oreille gauche.

L'écolier.— D'où vous vient cet air gai ?

Janus. — C'est que j'ouvre ma banque.

L'écolier. — Que faut-il penser des hommes et des choses ?

Janus. — Toute sorte de bien.

L'écolier. — Que voyez-vous ?

Janus. — Des gens d'esprit, des bonnes gens, et des gens heureux parce qu'ils ont reçu leurs étrennes.

L'écolier. — Qu'entendez-vous ?

Janus. — Des compliments, des souhaits et les plus belles choses du monde.

L'écolier. — Qu'augurez-vous de l'avenir ?

Janus. — Qu'on y verra et qu'on y fera des merveilles.

L'écolier. — Quelle est votre philosophie ?

Janus. — Celle de Démocrite : toujours rire, rire toujours.

L'écolier. — Quelle lecture me conseillez-vous ?

Janus. — L'Optimiste de Collin d'Harleville.

L'écolier. — Que faites-vous ?

Janus. — J'emménage.

L'écolier. — Pourquoi me souriez-vous ?

Janus. — Pour vous encourager à marcher en avant.

L'écolier. — Que portez-vous sous votre bras ?

Janus. — Des joujoux, une boite de bonbons et mon horoscope.

L'écolier. — Pourquoi me quittez-vous ?

Janus. — Pour aller commander les dragées de mon baptême.

L'écolier. — Encore un mot, seigneur Janus : je voudrais que vous voulussiez bien m'expliquer pourquoi vous êtes aussi antithétique qu'une oraison funèbre de Fléchier ?

Janus. — C'est qu'à droite je finis, à gauche je commence ; à gauche je sais, à droite j'ignore ; enfin si je suis l'expérience à droite, à gauche je suis l'espérance.

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Published by Le Blog pittoresque - dans Brèves
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aauw-daw 03/05/2015 08:09

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