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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 17:00

D'après « Un salon de Paris : 1824 à 1864 », paru en 1866

 

Tandis que Louis Auger, secrétaire perpétuel de l'Académie française depuis 1826, était ce qu'on appelait un homme lettré et n'avait pas fait d'ouvrages, mais seulement des commentaires et des notes sur les ouvrages des autres, on s'amusa à raconter sur lui une anecdote assez plaisante, rapporte la romancière et mémorialiste Virginie Ancelot qui tint un des derniers grands salons littéraires de Paris.

Louis-Auger.jpgUn jour de séance publique à l'Académie française, un étranger – un Russe, selon la Biographie des quarante (1826) –, la voyant présidée par Auger et sachant qu'il était au faîte des honneurs académiques, fut tout honteux d'ignorer jusqu'à son nom, et courut chez un libraire lui demander les ouvrages de M. Auger. Le libraire publiait alors une édition de Molière, où Auger avait ajouté quelques notes, et il profita de l'occasion d'en placer un exemplaire. Avant de rendre visite à l'académicien, l'étranger dévore les volumes, puis il court chez Auger, et s'écrie :

– Ah ! monsieur, quels ouvrages ! comme vous avez surpris la nature sur le fait ! comme vos personnages sont vrais ! Que de talent, d'esprit, de génie même ! et que je suis heureux de voir un homme tel que vous ! Je veux vous en témoigner ma joie et ma reconnaissance par un petit conseil ; c'est celui de faire disparaître les stupides notes qu'a mises à vos chefs-d'œuvre un M. Auger, qui ne vous comprend seulement pas.

Cette anecdote amusa beaucoup les confrères d'Auger, lequel avait tout, explique encore Mme Ancelot : une femme jeune, jolie et sage, une fortune brillante, les fonctions de secrétaire perpétuel de l'Académie, ce qui lui donnait crédit, influence, considération et agrément..., il possédait tout ce qu'il avait souhaité ; en jouir le plus longtemps possible devait être son vœu le plus naturel.

Eh bien ! Que pensez-vous qu'il fit alors ? Oh ! nul ne le devinerait : il se tua ! Un dégoût singulier de la vie lui prit toute l'âme. Il essaya d'exprimer, dans quelques mots qu'il écrivit, cet invincible ennui, puis il alla sejeter dans la Seine !

 

Illustration : Louis Simon Auger

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Published by Le Blog pittoresque - dans Brèves
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