Partager l'article ! Redoutable parade à la révélation du secret des francs-maçons vers 1750: En 1897, Eugène Muller explique dans ses Curiosités historiques et ...
En 1897, Eugène Muller explique dans ses Curiosités historiques et littéraires que « la
franc-maçonnerie, dont les constitutions sont aujourd'hui de notoriété générale, crut longtemps elle-même qu'il importait à sa force d'entourer d'un profond mystère ses dogmes et ses rites. Aussi
grand émoi au sein de cette association lorsque, vers 1750, un petit livre parut à Paris qui, sous ce titre, Le Secret des francs-maçons révélé, ne laissait rien ignorer au public des
choses que les associés avaient jusqu'alors cachées avec tant de soin.
« La publication de cet écrit répandit l'alarme dans toutes les loges. Le Grand Orient de France, dont un prince du sang était
grand maître [le comte de Clermont], s'assembla en toute hâte pour délibérer à ce sujet. On délibéra solennellement, et l'on trouva que le moyen de parer le coup terrible porté à l'institution
était de semer rapidement dans le public une vingtaine de petits ouvrages portant un titre analogue, ayant à peu près la même étendue et imprimés dans le même format, mais différant tous les uns
des autres, quant aux assertions du texte, pour faire disparaître la vérité, en la noyant dans un océan de fictions et de mensonges.
« Cette pressante besogne fut répartie entre les frères lettrés que l'on jugea les plus capables de la bien faire. On composa, on
imprima, on publia tous ces livrets en quelques jours. La chose réussit à souhait. Le véritable catéchisme des francs-maçons se perdit dans la multitude des faux, qui se contredisaient tous à qui
mieux mieux, et il ne fut plus possible de le reconnaître. »
Illustration : Le comte de Clermont, « Grand Maître de toutes les loges régulières de France » entre 1743 et 1771