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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 17:00

Guillotine.jpgD'après « Le Caméléon, ou Recueil mensuel de morceaux de littérature, etc. », paru en 1837

 

Un homme se présentant dans une voiture de poste, attelée de quatre chevaux, à l'une des barrières de Paris, en 1793, et expliquant qu'il avait oublié sa carte, on le somma de décliner son nom.

 

— Monsieur le Marquis de Saint Cyr, répond le valet empressé assis sur le siège.

— Citoyen, ignores-tu qu'on ne dit plus Monsieur maintenant ?

— Le Marquis de Saint Cyr, reprend celui-ci, en se corrigeant.

— Il n'y a plus de marquis non plus ; ils sont abolis, ainsi que les comtes et les barons.

— De Saint Cyr, alors.

— Pas de De s'il vous plaît ; c'est une distinction, et il n'en existe plus.

— Eh, dites donc Saint Cyr tout court, s'écrie le maître impatienté.

— Allons donc ! avec son saint, d'où vient-il celui-là ? Nous ne connaissons pas les saints ; on nous a débarrassés de tout ça ; nous ne reconnaissons plus que la république et l'Être Suprême. Voyons ! ton nom, et dépêchons-nous.

— Cyr.

— Bah ! Cyr ! (sire) avec un nom comme ça, vois-tu ; tu seras bien heureux si tu ne vas pas à la guillotine ; crois-moi, change-le.

— Cependant, comme ton passeport est en règle, tu peux passer pour cette fois.

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 17:00

D'après « Revue d'histoire de la pharmacie », paru en 1937

 

Remede.jpgLa lecture de Pline l'Ancien nous apprend que le traitement par les vers de terre, mis à la mode dans les années 1930, était déjà connu dans l'antiquité. Pline emploie le ver de terre pour « dissoudre la pierre dans la vessie » en le faisant « boire (...) dans du vin ordinaire ou dans du vin cuit » ; contre la calvitie, en « frottant la tête de cendre de vers de terre, délayée dans de l'huile » ; contre l'érysipèle, en cataplasmes préparés avec du vinaigre, etc. ; enfin pour « réunir les plaies récentes ». On conservait les vers dans le miel.

 

D'autres petits animaux — les punaises — ont eu aussi leur heure de gloire... Ces bestioles étaient déjà utilisées par les médecins grecs. Dioscoride les recommande contre la fièvre quarte. Il en indique aussi un autre usage : « broyées et séringuées par la verge, elles servent à la difficulté d'uriner ». Pline les préconise comme antidote contre les morsures de serpents. C'est cependant comme diurétique qu'elles semblent avoir été le plus employées.

 

Mattiole, en commentant Dioscoride, donne de nouvelles indications à ce sujet. « Plusieurs modernes, écrit-il, les mettent vives dedans la verge, ou dedans les lieux naturels de femmes, pour les faire uriner, sans les broyer... Ceste opinion me semble fort bonne ; car les punaises vives marchans par les membres naturels, chatouillent et provoquent les conduits de l'urine à s'ouvrir, et les pousser dehors. »

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 17:00

Elegant.jpgLa désignation de petits crevés donnée à certains jeunes gens de mise ridicule fut adoptée, vers 1870, comme argot professionnel par des chemisiers et des blanchisseuses pour désigner plusieurs de leurs clients du monde élégant, qui se faisaient remarquer par le luxe habituel de leurs chemises garnies de petits crevés ou garniture bouillonnée.

 

Ce fut à un gentleman dont le nom était d'une prononciation difficile, et dont la recherche luxueuse en ce genre était connue, que le sobriquet fut d'abord appliqué. Ses fournisseurs l'appelèrent longtemps le monsieur aux petits crevés, puis petit crevé tout court. Le mot passa naturellement à d'autres. Cette expression était du reste renouvelée de celle de gros crevés, par laquelle, sous Louis XIII, on désignait les seigneurs dont les pourpoints avaient ce genre d'ornement. On pouvait voir, à Rome, au temps de Pie IX — pape de 1846 à 1878 —, un petit prince allemand qui avait la manie de ce costume et qui figura ainsi dans une procession. Les Suisses de la garde du pape portaient aussi un uniforme à gros crevés. On disait aussi une grosse crevée en parlant d'une femme.

 

Cette appellation, au surplus, a une origine commune avec la presque totalité des termes de ce genre qui ont été en vogue dans le langage des précieux à diverses époques ; tous avaient trait à une particularité de la toilette des personnages.

 

Illustration : Le Gommeux, terme en vogue vers 1875-1880 pour désigner les successeurs des gandins, dandys et autres petits crevés

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:30

Henri Estienne, dans son Apologie d'Hérodote (chap. V et suivants), s'est amusé à recueillir quantité des drôleries débitées par frère Olivier Maillard et frère Michel Menot, dit Langue d'or, qui, tous les deux, prédicateurs, ont traité des mœurs dissolues de leur temps (fin du XVe, début du XVIe siècle), de l'inconduite des femmes, leur mise immodeste, leur décolletage, etc., et cela dans les termes les plus hardis.

Nous apprenons qu’il fut longtemps de mode, parmi les grandes dames de la noblesse et de la haute bourgeoisie, d'assister aux offices de l'église en toilette de gala, c'est-à-dire « le sein découvert », et un curé de la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont, le Père Gardeaux, s'avisa un jour d'apostropher ses auditrices avec une bien ingénue franchise, et en implorant en quelque sorte leur pitié : « Eh mais ! mesdames, couvrez- vous donc du moins en notre présence ; car, afin que vous le sachiez, et en dépit de notre saint ministère, nous sommes de chair et d'os, tout comme les autres hommes. » (voir Saint-Foix, Essais sur Paris, dans Predicatoriana ou Révélations singulières et amusantes sur les prédicateurs, par Gabriel Peignot)

 

Vierge-Enfant.jpg

 

On trouve trace de cette coutume dans un des titres d’ouvrages du facétieux catalogue de la bibliothèque de Saint-Victor, que Rabelais s’est amusé à imaginer (livre II, chapitre VII) : Decretum universitatis Parisiensis super gorgiasitate muliercularum ad placitum. Olivier Maillard apostropha un jour très vivement des dames décolletées qui se trouvaient dans son auditoire : « Femmes maudites de Dieu, qui venez dans le saint lieu pour étaler vos... » (Encyclopédiana)

 

Illustration : La Vierge et l'Enfant, par Jean Fouquet (Dyptique de Melun)

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 17:00

Marchand-Marrons.jpgD'après « Revue du traditionnisme français et étranger », paru en 1912

 

De tout temps, la sagacité de nos pères a distingué, entre tous, l'art de tirer, au moment voulu, les marrons du feu. Le vieux Paris du XIIIe siècle ne croyait pas s'éveiller trop matin quand ses rues retentissaient, à l'aube, de ce joyeux cri : « J'ai chastaignes de Lombardie ! » L'amour-propre national s'en mêla et Lyon, devenu français, réussit à donner son nom aux marrons ultramontains. Les poètes, au temps de Ronsard, ne crurent pas indigne de la Muse d'accommoder des meilleures rimes les meilleures châtaignes :

 

Voulez-vous ouïr chansonnettes

De tous les cris de Paris ?

L’un crie : « Eh ! des allumettes ! »

L’autre : « Fusils ! bons fusils »...

« Costrets secs »... et « Beaus marrons !

« Les beaus marrons de Lyon. »

 

Et comme les poètes ont, pour nos oreilles, d'ingénieuses délicatesses, il leur arriva, sous Charles IX, de mettre les marrons en musique sur l'air de la volte provençale. Ils avaient essayé sous Henri II, de les mettre en « farce récréative ». Leur malice, pour cela, n'oubliait pas ses droits et ils nous assurent qu'une des annonces les plus fréquentes dont les crieurs égayaient les carrefours et les venelles, c'était : « Voici du lait... pour les nourrices ! »

 

D'Henri IV à Louis XV, les marrons que les marchands lyonnais tiraient du Dauphiné, du Forez et du Vivarais, faisaient prime dans la France entière. L'estomac de Paris en réclamait de somptueuses provisions. Les épiciers avaient l'honneur de les vendre en gros et les « regrattiers » de les débiter au détail, côte à côte avec les chandelles qui valaient à ces honnêtes commerçants le joli nom de « chandeliers ». On disposait pour les clients des chapelets de vingt-cinq marrons. Et les libertins eux-mêmes consentaient à égrener pieusement ces patenôtres.

 

Illustration : Le marchand de marrons, par Carle Vernet

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 17:30

Gustave-Flaubert.jpgGustave Flaubert (1821-1880) ne pouvait souffrir Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889), qui, comme lui, était Normand, et, comme lui, avait la passion du style. « Lisez donc Fromont et Risler de mon ami Daudet, et Les Diaboliques de mon ennemi Barbey d'Aurevilly, écrit-il à George Sand (lettre du 2 décembre 1874 ;
Correspondance, t. IV, p. 207). C'est à se tordre de rire. Cela tient peut-être à la perversité de mon esprit, qui aime les choses malsaines, mais ce dernier ouvrage m'a paru extrêmement amusant ; on ne va pas plus loin dans le grotesque involontaire. »

Et dans une lettre à Maupassant (sans date, t. IV, p. 380) : « Te souviens-tu que tu m'avais promis de te livrer à des recherches dans Barbey, d'Aurevilly (département de la Manche). C'est celui-là qui a écrit sur moi cette phrase : Personne ne pourra donc persuader à M. Flaubert de ne plus écrire ? Il serait temps de se mettre à faire des extraits dudit sieur. Le besoin s'en fait sentir. »

Barbey d’Aurevilly aimait ces verdicts draconiens et sans appel. De même qu'il voulait condamner Flaubert à ne plus écrire, il déclarait qu' « à dater des Contemplations, M. Hugo n'existe plus ».

 

Illustration : Gustave Flaubert

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 17:30

D'après « L'instruction popularisée par l'illustration », paru en 1851

 

Paul Pellisson, académicien depuis 1653, enfermé à la Bastille en 1661 suite à la disgrâce du surintendant Fouquet dont il était le secrétaire, avait trouvé un singulier moyen de se distraire et d'adoucir les ennuis de sa captivité, qui dura quatre ans.

 

Paul-Pellisson.jpgPrivé des ressources que procure l'étude, il n'avait ni livres, ni encre, ni papier. Il n'avait, pour toute compagnie, qu'un Basque qui ne savait que jouer de la musette. Il s'ennuyait à mourir. Heureusement un hôte nouveau vint lui apporter quelque consolation. C'était une araignée ; elle filait sa toile à un soupirail qui donnait du jour à la prison. Pellisson entreprit de l'apprivoiser ; pour y parvenir, il mettait des mouches sur le bord du soupirail, tandis que son Basque jouait de la musette. Peu à peu, l'araignée, comme familiarisée par le son de l'instrument, s'accoutuma à sortir de son trou, pour courir sur la proie qui lui était présentée.

 

Pellisson continua a l'appeler ainsi au son de la musette : et en éloignant la proie de plus en plus, il parvint, après un exercice de quelques mois, à discipliner si bien cet insecte, qu'il partait toujours au premier signal pour aller prendre une mouche au fond de la chambre et jusque sur les genoux du prisonnier. Le gouverneur de la Bastille vint un jour voir Pellisson, et lui demanda, avec un sourire insultant, à quoi il s'occupait. Pellisson, d'un air serein, lui dit qu'il avait su se faire un amusement, et, donnant aussitôt son signal, il fit venir l'araignée apprivoisée sur sa main.

 

Le gouverneur ne l'eut pas plutôt vue, qu'il la fit tomber et l'écrasa de son pied. « Ah ! monsieur, s'écria Pellisson, j'aurais mieux aimé que vous m'eussiez cassé le bras. » L'action était cruelle en effet; elle ne pouvait venir que d'un homme devenu, par l'habitude, insensible aux souffrances des malheureux. Louis XIV en fut informé. Il jugea l'homme par ce trait, et lui ôta son emploi.

 

Illustration : Paul Pellisson

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 17:30

Le peintre et graveur Nicolas-Toussaint Charlet (1792-1845) a fait de cette triste et bien juste réflexion la légende d'une de ses lithographies, publiée en 1825. Le dessin (dont il existe deux types légèrement différents), nous montre au premier plan un vieillard chargé d'un gros pain, tandis que, par un heureux contraste, on voit dans le fond un enfant qui tend la main.

 

Le vieux dit tristement : « Jeune j'avais des dents et pas de pain. Vieux j'ai du pain et pas de dents. » C'est une variante de ce que Molière, dans l’Avare, faisait dire au prodigue Cléante, le fils d'Harpagon : « Hé que nous servira d'avoir du bien, s'il ne nous vient que dans le temps que nous ne serons plus dans le bel âge d'en jouir. » (Acte Ier, scène II)

 

Charlet-Lithographiel.jpg

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 17:30

Diable.jpgImprimé en 1561, l’ouvrage intitulé Missae ac missalis anatomia, contenant 172 pages in-8° ainsi qu’un errata de quinze pages, « peut passer pour une des satires les plus amères que les protestants aient composées contre l'église romaine » et est une « traduction de l'Annotomia de la missa, (...) traduction faite non sur la version originale [parue en 1552] mais sur la version française [parue en 1555] », nous apprend le Manuel du libraire et de l'amateur de livres (Tome 2, 1820).

 

Celui qui a fait l’errata s'excuse en racontant les artifices employés par le diable pour empêcher le bien que ce livre devait produire : « Ce maudit Salan, dit-il, lorsqu'on imprimait cet ouvrage, mit en œuvre toutes ses ruses, et parvint à le faire souiller de tant de fautes (car certains passages n'offrent aucun sens, et d'autres présentent un sens contraire à celui qu'ils devraient avoir), dans le but d'en empêcher la lecture par les âmes pieuses, ou d'affecter ainsi les lecteurs d'un tel ennui, qu'aucun d'eux ne pût, sans un dégoût suprême, aller jusqu'à la fin du livre.

 

« Déjà le même Satan, avant que le livre fût remis à l'imprimeur, se servant d'un autre moyen, l'avait jeté quelque part dans un bourbier, et tellement sali de liquide et de boue, que l'écriture était presque effacée sur un grand nombre de feuillets entièrement gâtés. De plus, ce livre était tellement déchiré, que non seulement on ne pouvait pas le lire, mais qu'on ne pouvait même l'ouvrir sans que les feuillets ne se séparassent les uns des autres. Aussi, pour remédier à ces artifices de Satan, on a été, après l'impression, obligé de revoir l'ouvrage et de noter les fautes, malgré leur nombre. »

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 17:49

Christophe-Colomb.jpgD'après « Ducatiana ou Remarques de feu M. Le Duchat sur divers sujets d'histoire et le littérature », paru en 1738

 

S'il faut en croire Le Duchat, né en 1658, conseiller à la Chambre de la Justice supérieure française de Berlin et membre de la Société royale des sciences, Christophe Colomb était Français quand il dota l'Espagne d'un monde ; et nous pourrions revendiquer ainsi, comme une conquête française, la découverte de l'Amérique.

 

Nous lisons en effet dans Ducatiana ou Remarques de feu M. Le Duchat sur divers sujets d'histoire et le littérature recueillies dans ses manuscrits et mises en ordres par Formey (tome 1, paru en 1738) que « Christophe Colomb était en 1474 capitaine de quelques navires pour le roi Louis XI. Et comme en ce temps-là les Espagnols avaient fait une irruption dans le Roussillon, il crut que par représailles, et sans contrevenir à la paix entre les deux couronnes, il pouvait courir sus aux Vaisseaux espagnols.

 

« Il attaqua donc et prit deux galères de cette nation, chargées pour le compte de divers particuliers. Sur les plaintes de cette action au roi Ferdinand, ce prince prit le parti d'en écrire à Louis XI. Sa lettre est datée du 9 décembre 1474. Ferdinand y qualifie Christophe Colomb sujet du Roi Louis XI. C'est que, comme on sait, Colomb était Génois, et que Louis XI était seigneur souverain de Gênes, quoique cette ville et celle de Savone fussent tenues de lui en fief par le duc de Milan. »

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