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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « Le Journal amusant », paru en 1910

 

Mars 1910 : un chroniqueur du Journal amusant rapporte que les journaux américains nous apportent, sans rougir, l'information suivante : « Mme Kowie a, dans le Wisconsin, un important troupeau de vaches de Jersey. Elle a remarqué qu'en leur jouant sur la mandoline, durant qu'elles étaient à l'herbage, des airs à la mode, elle leur faisait un plaisir que beaucoup de bêtes partagent, mais qui avait chez celles-ci l'effet d'augmenter la production du lait. Certains auteurs, particulièrement favorables à la sécrétion, l'ont élevée d'un tiers. »

 

Il est probable que la découverte de la vachère américaine va nous donner la clef de nombreux mystères restés jusqu'à ce jour impénétrables, ajoute le chroniqueur. La Semaine, de Genève, exprime déjà ridée que la supériorité du fromage de Gruyère s'explique par le fait que les vaches des Alpes fribourgeoises pâturent au son du Ranz des vaches. La revue suisse reconnaît d'ailleurs que la musique est idoine à produire certains effets élémentaires ; elle fait pleurer les chiens (et les grosses dames sensibles) ; et de bons auteurs – c'est toujours la revue qui parle – ont été jusqu'à reconnaître à la musique des orgues de Barbarie une action excitante sur les chevaux de bois.

 

Vaches.jpg

 

Mais la question de la musique lactogène est autrement intéressante. M. C. Sharp, qui l'a très scientifiquement approfondie, l'a étudiée avec le concours d'un certain nombre de virtuoses et de vaches. Je lui cède la parole. « Les résultats, dit-il, ont été curieux : ainsi, la musique de Bach n'a sur la production du lait qu'un effet tout à fait négligeable. En revanche, l'air J'ai perdu mon Eurydice, chanté de façon déchirante par une grande artiste (élève d'Isnardon) qui m'a prié – par modestie – de taire son nom, plongea le troupeau dans une rêverie profonde. Les bêtes, affalées sur le sol, balançaient méthodiquement la tête en roulant des yeux humides. L'épreuve de la traite fut décisive : jamais elle n'avait été si abondante et le lait révéla une richesse en matières grasses tout à fait exceptionnelle. L'intermezzo célèbre de Cavalleria rusticana est presque aussi efficace au point de vue laitier que l'air de Gluck susmentionné. Tout de suite après venaient l'Ave Maria de Gounod et J'ai perdu ma Gigolette. La seule loi qu'il soit possible de formuler est celle-ci : la musique sentimentale est plus propice à la sécrétion que la musique de danse. »

 

A propos de celte dernière musique, on me permettra une observation personnelle : les vachères mélomanes auront soin de ne faire entendre à leurs troupeaux certains rythmes ternaires qu'avec une extrême discrétion ; c'est ainsi qu'Esclavage, valse lente de Raoul Bardac, a produit sur trois aimables vaches le plus regrettable effet : entraînées par cette mélodie alliciante (disons « alliciante », c'est distingué), les auditrices encornées se mirent à tourner, tourner encore, tourner toujours... Quand on réussit à les arrêter, leur lait était devenu du beurre. En revanche, M. Raoul Gunsbourg affirme qu'une vache laitière de Monte-Carlo à laquelle on avait eu l'imprudence d'exécuter, pendant un quart d'heure, des récitatifs de Bruneau, fut tarie, net. Jusqu'à la fin de ses jours l'infortunée Monégasque n'eut plus que des pissenlits... pardon, des pis sans lait.

 

Un excellent musicographe de Lausanne, M. Edouard Combe, prétend qu'après avoir chanté Mireille à sa cuisinière, pendant qu'elle tournait ses mayonnaises, cette dame du fourneau n'en rata pas une seule, tant la musique provençale a une heureuse influence sur la coagulation de l'huile d'olive ; mais cette assertion me semble suspecte et je me demande si, sous prétexte de nous éclairer, l'écrivain suisse n'a pas voulu nous faire prendre l'Helvétie pour des lanternes.

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 17:00

D'après « Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres », paru en 1931

 

Oeuf.jpgEn 1931, l'archéologue et le spécialiste de l'histoire des religions Salomon Reinach se demande pourquoi, depuis l'antiquité, c'est une règle de civilité de briser les coquilles d'œufs après les avoir sucés.

 

Pline l'Ancien (Ier siècle ap. J.-C.), qui énonce déjà l'interdiction de les laisser intactes, fait vaguement allusion aux malédictions terribles qui résulteraient d'une conduite différente. On a proposé de voir là un cas particulier de la défense de laisser des restes de repas exposés à l'air, dont la magie nocive pourrait tirer parti pour causer du mal au mangeur négligent ; mais cette explication ne tient pas, parce qu'un fragment même de coquille brisée pourrait être employé à la même fin.

 

Reinach a donc recours au fait que les anciens, dès les temps les plus reculés, ont entretenu dans leurs demeures des serpents familiers, considérés comme protecteurs des maisons et personnifications de l'esprit des ancêtres ; ces animaux tutélaires, apprivoisés mais non domestiqués, participaient aux repas de leurs patrons.

 

Or, le serpent, outre le miel et le lait, se nourrit volontiers d'œufs et de mollusques. Un serpent, trompé par l'apparence d'un œuf vide, aurait éprouvé de l'irritation contre ceux qui l'avaient déçu. L'explication de la défense rapportée par Pline, qui s'est conservée à l'état de règle d'étiquette, doit donc peut-être se chercher dans le culte préhistorique du serpent, élevé dans la maison, gardien du foyer et du tombeau.

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 17:00

D'après « La Science française », paru en 1896

 

Telephone.jpgDans une lettre adressée par Diderot, le 28 juillet 1752, à Mlle Voland, on trouve ce passage très curieux :

 

« Si quelque physicien, quelque Comus [pseudonyme de Nicolas-Philippe Ledru, célèbre physicien de l'époque, qui appliqua avec grand succès la physique à la fantasmagorie et l'électricité au traitement des maladies nerveuses. Il fut nommé par Louis XV, professeur de physique des Enfants de France], étendait un fil pour la correspondance d'une ville à l'autre, d'un endroit à quelques centaines de lieues de cet endroit, la jolie chose !

 

« Il ne s'agirait plus que d'avoir chacun sa petite boîte. Ces boîtes seraient comme deux petites imprimeries où tout ce qui s'imprimerait  dans l'une, subitement se reproduirait dans l'autre... »

 

N'était-ce pas de la divination ? La science a réalisé le rêve de Diderot. Chappe, découvrant, en 1794, la télégraphie qui devait rendre de si importants services à l'humanité et nous permettre de communiquer en peu de minutes entre le Nouveau Monde et l'Ancien Continent, se doutait-il qu'il avait été deviné ou plutôt annoncé dès l'an 1752 ?

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 17:00

D'après « Le Figaro » du 15 janvier 1876

 

De l'avis des plus sages hygiénistes, affirme Le Figaro dans son numéro du 15 janvier 1876, c'est le vin qui est le véritable et le plus sûr réconfortant, et c'est dans le choix du vin que se trouvent les conditions de la santé, c'est ce que démontre un écrivain distingué de la presse médicale, M. Bégin, dans une étude publiée par l'Union médicale.

 

« Tous les grands médecins, dit-il, qui se sont succédé dans les hôpitaux de Paris ont prescrit chaque jour le vin tannique de Bagnols-Saint-Raphaël. Parmi les plus illustres qui ne sont plus, nous citerons : Magendie, Rostan, Chomel, Velpeau, Requin, Monneret, Trousseau, Grisolle.

 

« Voici les conditions dans lesquelles on l'administre le plus fréquemment : toutes les fois qu'il s'agit de relever le niveau des fonctions de nutrition, aucun remède n'est mieux indiqué. C'est ainsi qu'il rend service dans les cas d'anémie, d'appauvrissement général de l'économie, avec allanguissement des fonctions digestives. C'est ainsi qu'il est si utile aux personnes affaiblies, et dans les convalescences. Quand nul autre agent réparateur ne peut être digéré, ce vin, en effet, s'absorbe sans subir d'autre modification que celle qui résulte de son mélange avec le suc gastrique ; dans les fièvres intermittentes et dans les lentes convalescences, de petites choses convenablement renouvelées rendent tous les jours de grands services.

 

Vin-Saint-Rapheël

 

« Dans les formes les plus variées de débilité, ce tonique excellent produit les effets les plus heureux. Il convient également toutes les fois où il faut relever les forces vives de l'économie, en particulier dans certaines affections qui, chez beaucoup de femmes, persistent avec tant d'opiniâtreté. L'expérience démontre que l'usage d'un cordial tannique, dont le vin de Saint-Raphaël est le type, détermine l'équilibre des fonctions, et, par cela même, peut prolonger l'existence au delà des limites ordinaires. L'observation démontre la vérité de cette conclusion. Tous les jours, dans les hôpitaux de Paris, on l'emploie pour ranimer les forces, pour relever l'énergie des fonctions digestives des malades affaiblis par la vieillesse ou la maladie.

 

« Le vin de Saint-Raphaël l'emporte sur le vin de quinquina par sa saveur infiniment plus agréable. Il n'est pas de remède plus apprécié par le malade ; il doit être employé, en terminant chaque repas, à la dose modérée d'un demi-verre à Bordeaux. »

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 17:00

D'après « Le Petit Français illustré », paru en 1902

 

Voici, sur l'origine de ce mouvement machinal qui consiste à tendre une main à l'ami qu'on rencontre, une explication qui n'a rien de très honorable pour l'espèce humaine, mais qui ne manque ni d'ingéniosité, ni de vraisemblance :

Autrefois, lorsque deux hommes se rencontraient, chacun d'eux devait tendre devant lui, « bien ouverte », sa main droite, — celle qui frappe — tout simplement pour démontrer que cette main ne préparait aucune agression. Et de plus cette main, une fois ses bonnes intentions démontrées, étreignait celle qui s'offrait en retour, afin de s'assurer qu'aucune arme ne s'y trouvait traîtreusement dissimulée.

Poignee-Mains.jpg

 

Et voilà comment la poignée de mains aurait pris naissance. Ainsi ce geste, réputé loyal entre tous, serait un geste de défiance réciproque et attesterait une perpétuelle défensive.

Celui qui a trouvé cette interprétation n'avait pas une fameuse idée de la fraternité humaine.

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 18:00

Balzac.jpg

Au début de l'année 1880, tout Paris fut occupé du vol étrange commis au Palais-Royal, au préjudice du bijoutier Fontana, par un audacieux filou qui, en plein jour, s'était emparé d'une rivière de diamants en cassant la vitre derrière laquelle elle était exposée.


Le journal le Sport profita de l'occasion pour rappeler que dans ce même Palais-Royal, Balzac en fit autant un jour, non pour s'approprier le bien d'autrui, mais pour saisir une contrefaçon d'un de ses ouvrages qu'il venait d'apercevoir à la vitrine d'un libraire. Naturellement une discussion s'ensuivit, à la suite de laquelle on alla chercher le commissaire de police.

 

Devant lui, Balzac, sans se nommer d'abord, expliqua que ce n'était pas par maladresse, mais avec intention qu'il avait cassé la vitre, dont il remit immédiatement le prix au libraire ; puis il compléta ainsi ses explications :

 

« Voici un livre, c'est un roman de Balzac que M.Werdet seul a le droit d'imprimer. Lisez sur la couverture, et, au lieu de son nom, vous trouverez Méline, éditeur. Ce M. Méline est un libraire de Bruxelles qui ne contribue pas peu à ruiner le commerce français, un des gros bonnets de la contrefaçon. Monsieur, auquel j'ai cassé un carreau, en vendant des contrefaçons belges, est donc en contravention, et c'est une affaire dont les tribunaux auront à décider. Seulement, il était indispensable d'avoir les pièces du procès, et c'est pour cela que j'ai pris la liberté de vous envoyer chercher. Je suis M. de Balzac. »

 

Sur ce, il se retira tranquillement, laissant le libraire ébahi aux mains du commissaire de police, qui n'avait plus qu'à pratiquer sa saisie.

 

Illustration : Honoré de Balzac

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 18:00

 

D'après « Annales d'histoire sociale », paru en 1940

Il est sans doute vrai que l'emploi du mot capitalisme ne s'est pas généralisé avant le XXe siècle. Cependant, on le rencontre au moins cinquante ans auparavant, dans la littérature socialiste française. En effet, dans une page polémique contre Frédéric Bastiat, Louis Blanc écrit, en 1850, au sujet de la légitimité de l'intérêt :

 

« On voit en quoi consiste le sophisme qui sert de base à tous les raisonnements de M. Bastiat. Ce sophisme consiste à confondre perpétuellement l'utilité du capital avec ce que j'appellerai le capitalisme, c'est-à- dire l'appropriation du capital par les uns, à l'exclusion des autres. » (Louis Blanc, Organisation du Travail, neuvième édition refondue et augmentée de chapitres nouveaux, Paris, 1850, p. 161.)

 

Une page plus loin, on trouve à nouveau le mot cherché, également souligné par l'auteur lui-même : « Criez donc : Vive le Capital ! Nous applaudirons, et nous attaquerons avec d'autant plus de vivacité le capitalisme, son ennemi mortel. Vive la poule aux œufs d'or, et défendons-la contre qui l'éventre ! » (Op. cit., p. 162.)  C'est Louis Blanc qui met en italiques le terme en question, dont on sent la nouveauté, surtout dans le premier passage cité : « ...ce que j’appellerai le capitalisme. » Cela signifie-t-il que Louis Blanc est l'inventeur du substantif dont il est question? Nous n'en avons pas la certitude, car ce terme se trouve peut-être dans d'autres publications polémiques de la période révolutionnaire de 1848, dont le nombre est très considérable. Toutefois, il semble bien que ce mot fut forgé en France.

 

Savetier-Financier.jpg

 

Marx ne l'emploie pas dans le Capital, dont le premier volume parut en 1867. En revanche, il figure dans le titre d'une publication de l'économiste allemand Albert Schäffle, parue en 1870 : Kapitalismus und Sozialismus mit besonderer Riicksicht auf Geschäfts und Vermögensformen (Le capitalisme et le socialisme avec une attention particulière aux formes d'entreprise et des biens). Il semble donc que ce soit vers 1870 que Kapitalismus ait acquis droit de cité dans la langue allemande.

 

En lisant Le Catéchisme des socialistes de Louis Blanc, publié en 1849, on a l'impression que le mot capitalisme, qu'il emploiera une année plus tard, lui manquait encore. Les passages suivants nous suggèrent cette idée : « II est très vrai que, sans capital, le travail serait impossible ; mais ce n'est pas au capital qu'on paye l'intérêt, c'est au capitaliste. Or, capital et capitaliste sont deux choses parfaitement distinctes. » (Le Catéchisme des socialistes, 1849) « On ne saurait concevoir le travail sans le travailleur, mais on conçoit très bien le capital sans le capitaliste. » (Ibid.). Le mot capitalisme était employé alors surtout dans les polémiques entre les partisans et les adversaires du socialisme.

 

Illustration : Le savetier et le financier (Fable de La Fontaine)

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « Bulletin de la Société française d'histoire de la médecine » (n°2 paru en 1903) et « Revue d'histoire de la pharmacie » (n°111 paru en 1941)

 

L'enseignement de la pharmacie n'était assurée au XVIe siècle, en Europe, qu'à l'Université de Montpellier. Une création de chaire fut réalisée à Toulouse au début du XVIIe siècle, mais elle fut sans lendemain. A Paris c'étaient les maîtres-apothicaires eux-mêmes qui instruisaient les aspirants dans leurs boutiques et leur faisaient subir les épreuves de la maîtrise dans leur jardin de la rue de l'Arbalète. Cette organisation ne donnait pas aux candidats toutes les garanties suffisantes, ainsi qu'en témoigne un bien curieux procès.

 

Apothicaires.jpgIl s'agit de l'action qu'un certain Nicolas du Ruisseau, né en 1630, intenta à la communauté des maîtres-apothicaires de Paris à la suite de son échec à l'examen de maîtrise. Il était devenu apprenti chez un marchand apothicaire et épicier,, avait fait immatriculer son brevet d'apprentissage, fait un long voyage en Europe et en France. À son retour, il avait obtenu le privilège d'apothicaire de la Grande Ecurie du Roy et s'était établi rue Saint-honoré où il faisait de fort belles affaires.

 

En 1671, le désir lui vint de se faire recevoir dans la communauté des maîtres apothicaires de Paris : il présenta son certificat et versa les 900 livres exigées. Au moment de passer son examen, on exigea qu'il versât de nouveau une somme égale pour les jetons des maîtres et qu'il fasse les présents d'usage. Du Ruisseau refusa en invoquant de récents arrêts du Parlement. La corporation essaya d'abord de renvoyer aux calendes grecques le premier examen, puis, obligée de s'exécuter, s'arrangea de façon à ce que le candidat fût refusé. Le postulant demanda à être examiné par la Faculté de Médecine ; mais ne pouvant l'obtenir, il publia en mai 1673 un factum pour révéler au public « les intrigues qui règnent dans les examens des aspirants à la maîtrise ».

 

Du Ruisseau y affirmait que ses examinateurs, après lui avoir extorqué de fortes sommes et quelques banquets dispendieux, avaient refusé de lui faire subir les dernières épreuves parce qu'il avait brusquement interrompu ses libéralités. Le factum, c'est-à-dire le mémoire d'avocat qui fut imprimé à l'occasion de cette affaire, eut plusieurs éditions parce qu'il amusa beaucoup le public : la corporation des apothicaires transigea en rendant son brevet et son argent à du Ruisseau, qui chanta victoire dans une 2e édition de son libelle et en publia une troisième dans laquelle il intercala des scènes bouffonnes.

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 18:00

Paul Meyer, élu le 30 mai 1883 membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, communiqua bientôt à celle-ci le plus ancien document poétique sur Jeanne d'Arc : une ballade contre les Anglais qu'il avait trouvée dans les Archives du département de la Drôme et qui paraît avoir été composée en 1429.

 

JeannedArc.jpgAriere Englois, tornez ariere,

Vostre sort si ne resgne plus ;

Pensés deu treyner vous baniere

Que bons Fransois ont rué jus,

Par le voloyr dou roi Jhesus,

Et Janne, la douce pucelle ;

De quoy vous este confondus,

Dont c'est pour vous dure novelle.

 

De trop orgueilleuse maniere

Longuemen vous estes tenus.

En France est vous [tre] se met [i] ere.

Dont vous estes pour foulx tenus.

Faucement y estes venus,

Mès, par bonne, juste querelle,

Tourner vous en faut tous camus ;

Dont c'est pour vous dure novelle.

 

Or esmaginés quelle chiere

Font ceulx qui vous ont soustenus

Depuis votre emprisse premiere ;

Je croy qu'i sont morts ou perdus,

Car je ne voys nulle ne nus

Qui de present de vous se mesle,

Sinon chetis e maletrus,

Dont c'est pour vous dure novelle.

 

Pour vous gages, il est conclus,

Aiés la goute et la gravelle,

Et le coul taillé rasibus,

Dont c'est pour vous dure novelle.

 

Illustration : Jeanne d'Arc

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « Musée universel », paru en 1876

 

Un édit du roi Henri IV daté de 1607 sur les règlements de voirie dans Paris fixe des dispositions dans l'intérêt de la circulation et pour la sécurité des passants, encadrant la nature des objets en saillie devant les maisons.

 

Ces prescriptions ont surtout une efficacité réelle pour protéger les habitants contre les tentes abaissées devant les boutiques. Pendant les chaleurs, les commerçants ont naturellement besoin, pour s'abriter contre les rayons du soleil, de surbaisser le plus qu'ils peuvent les tringles en fer qui supportent la tente extérieure ; or, il arrive à chacun de nous d'éprouver la chose la plus désagréable du monde en se heurtant du chapeau contre ces tringles. Et, pour certaines personnes de haute taille, ce n'est pas le couvre-chef, c'est la figure qui rencontre cette malencontreuse barre de fer transversale. La hauteur de ces tentes est donc avec grande raison l'objet de prescriptions spéciales.

 

Sully.jpgLe monarque, ayant nommé Sully grand-voyer de France, s'exprime ainsi qu'il suit :

 

« Voulons aussi et nous plaist que lorsque les rues et chemins seront encombrez ou incombrez, nostre dit grand-voyer ou ses commis enjoignent aux particuliers de faire oster lesdits empeschements. Défendons à nostre dit grand-voyer ou ses commis de permettre qu'il soit fait aucunes saillies, avances et pands de bois, aux bâtiments neufs, et même à ceux où il y en a à présent de contraindre les réédifier, n'y faire ouvrage qui les puisse conforter, conserver et soutenir, n'y faire aucun encorbellement en avance, pour porter aucun mur, pands de bois ou autre chose en saillie et porter à faux sur les dites rues : ainsi faire le tout continuer à plomb, depuis le rez-de-chaussée tout contremont et pourvueoir à ce que les rues s'embellissent et élargissent au mieux que faire se pourra et en baillant par luy les alignements redressera les murs où il y aura ply ou coude... »

 

Ce qui suit est encore plus significatifs : « Comme aussy nous défendons à tous nos sujets de la dite ville de Paris faire aucun édifice, pands de jambes étrières, encognures, caves ny canal, forme ronde en saillie, sièges, barrières, contre-fenestres, huis de cave, bornes, pas, marches, sièges, montoirs de cheval, avenues, enseignes, établies, cages de menuiserie, châssis à verry et autres, avances sur la dite voyerie, sans le congé et allignement de nostre dit grand-voyer ou de ses dits commis, etc., etc. »

 

Les prescriptions royales ne furent pas observées de tout temps, car il y a un considérant ainsi conçu : « Et d'autant plus que la plus grande partie des abus qui se sont commis en ladite voyerie sont provenus des permissions que donnent les commis d'aucuns seigneurs hauts-justiciers, tant laïcs qu'ecclésiastiques, prétendans avoir droit de voyerie en nostre dite ville, fauxbourgs, prévoté et vicomté de Paris. » Cet édit coupa court à toutes les prétentions seigneuriales, tant laïques qu'ecclésiastiques.

 

Illustration : Sully

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