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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « Les Vies des dames galantes », paru en 1666

 

Dans Les vies des dames galantes paru en 1666, le célèbre chroniqueur Brantôme évoque l'existence d'un petit livret, rédigé en italien, et qui aurait consigné quelques « remèdes réfrigératifs » pour aider les veuves à vivre dans l'abstinence.

 

Luxure-Abstinence.jpg« Je m'estonne que ces femmes, qui sont si chaudes et promptes à se remarier, et mesmes aussi si suzannées, n'usent pour leur honneur de quelques remèdes réfrigératifs et potions tempérées, pour expeller toutes ces challeurs ; mais tant s'en faut qu'elles en veuillent user, qu'elles s'en aydent du tout de leur contraire et disent que telz potus réfrigératifs leur gasteroyent l'estomac.

 

« J'ai leu et veu un petit livret d'autresfois, en italien, sot pourtant, qui s'est voulu mesler d'en donner des receptes contre la luxure, et en met trente-deux. Mais elles sont si sottes, que je ne conseille point aux femmes d'en user, pour ne mettre leur corps à trop fascheuse subjection. Voilà pourquoi, je ne les ay mises icy par escrit.

 

« Pline en allègue une, de laquelle usoient, le temps passé, les vestales ; et les dames d'Athènes s'en servoient aussi durant les festes de la déesse Cérès, dites Tesmophoria, pour se refroidir et oster tout appétit chaud de l'amour – et par ce vouloient célébrer cette feste en plus grande chasteté, – qu'estoient des paillasses de feuilles d'arbre dit agnus castus. Mais pensez que durant la feste elles se chastroient de ceste façon, mais après, elles jettoient bien la paillasse au vent.

 

« J'ay veu un pareil arbre en une maison en Guyenne, d'une grande, honneste et très belle dame, et qui le monstroit souvent aux étrangers qui la venoient voir, par grande spéciauté ; et leur en disoit la propriété ; mais au diable si j'ay jamais veu ny ouy dire que femme ou dame en ait envoyé cueillir une seule branche, ny fait pas seulement un petit recoin de paillasse ; non pas mesme la dame propriétaire de l'arbre et du lieu, qui en eust pu disposer, comme il luy eust pleu. Ce fut esté aussi dommage ; car son mari ne s'en fût pas mieux trouvé : aussi qu'elle valoit bien qu'on la laissast se régler au cours de la nature ; tant elle estoit belle et agréable; et aussi qu'elle a fait une très belle lignée. »

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « Annales de géographie », paru en1935

 

La presque totalité de la côte orientale du Groenland, en raison de sa difficulté d'accès, était presque inconnue en dehors de la zone du 69e au 72e degré, dont Scoresby avait levé la carte en 1822, quand, en 1833, le lieutenant de vaisseau Jules Poret de Blosseville, commandant le petit brick-canonnière La Lilloise, chargé de la police des marins français sur les champs de pêche d'Islande, y entreprit ce qu'on pourrait appeler une héroïque escapade scientifique.

 

Jules-de-Blosseville.jpgNé en 1802 à Rouen, de Blosseville avait été membre de l'expédition de Duperroy et Dumont d'Urville autour du monde, sur La Coquille, de 1822 à 1825. Ses sondages, levés de plans des côtes, observations d'histoire naturelle avaient attiré l'attention d'Arago, Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire ; et en 1827 Arago l'avait chargé de travaux sur le magnétisme terrestre, de sondages à grande profondeur et d'études des courants à bord de La Chevrette qui partait pour l'Inde et la Chine. Mais le jeune officier ne put obtenir l'organisation d'une expédition polaire que lui suggéraient les voyages de Ross et de Parry ; il dut se contenter du commandement de La Lilloise et de la mission de faire en Islande des observations magnétiques pour l'Académie des Sciences.

 

Ne pouvant résister à l'attirance du Groenland, bien que son brick fût trop haut de voilure pour son tonnage et ne convînt nullement à la navigation dans les glaces, il partit d'Islande le 29 juillet 1833, pour reconnaître la côte inexplorée au Sud de la partie étudiée par Scoresby. Il observa et dessina de hautes montagnes littorales, et en marqua l'emplacement sur une carte dressée du large, donnant des noms français aux découpures de la côte : baie d'Aunay, cap Daussy, cap Grivel, ainsi qu'à un sommet : le mont Rigny. Évitant sagement de s'engager dans les glaces, il revint le 5 août en Islande d'où il envoya ses notes, cartes et dessins à son frère.

 

Mais, espérant faire mieux, il repartit le lendemain pour le Groenland. La Lilloise, avec les 75 hommes qu'elle portait, ne reparut jamais plus, et les recherches des années suivantes n'en firent pas retrouver le moindre vestige. Ce ne fut qu'en 1900 qu'une expédition du danois Amdrup, alors lieutenant de vaisseau, explora du cap Dalton à Angmagsalik cette partie de la côte de la Terre du roi Christian IX. Amdrup en dressa la première carte complète, y conserva les noms français donnés par Blosseville et attribua à la côte elle-même le nom, qui fut ensuite officiellement confirmé, de «Terre de Blosseville », Et Amdrup (qui compte des Français parmi ses ancêtres) hissa sur la côte, en l'honneur de son premier découvreur, le pavillon français auprès du Danebrog.

 

Illustration : Jules Poret de Blosseville

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « Revue d'histoire de la pharmacie », paru en 1931

 

Fait peu banal, le chloroforme surgit à la fois dans deux laboratoires différents assez distants l'un de l'autre. Tandis que le Français Eugène Soubeiran recueillait à Paris du chloroforme en mettant du chlorure de chaux en contact avec de l'alcool et distillant le mélange, le grand chimiste Allemand, Liebig, obtenait, à Giessen, le même corps en traitant le chloral par les alcalis.

 

Pour étrange que soit cette coïncidence, elle est incontestable : des deux côtés du Rhin, on est d'accord pour la reconnaître. D'ailleurs, le même numéro des Annales de chimie et de physique portant la date d'octobre 1831 contient un mémoire de Soubeiran ayant pour titre : Recherches sur quelques combinaisons du chlore et une lettre de Liebig à Gay-Lussac lui exposant le résultat de ses expériences.

 

Eugene-Soubeiran.jpgDétail curieux, ni Soubeiran, ni Liebig, n'ont compris ce qu'était le nouveau produit. Le premier le prit pour un composé de chlore et d'hydrogène bicarboné, le second pour un chlorure de carbone. C'est Dumas qui, quelques années plus tard, découvrit sa constitution, ses propriétés chimiques et lui donna le nom qu'il porte encore aujourd'hui. Et c'est encore beaucoup plus tard que le chloroforme fut découvert à son tour par la médecine.

 

Tout le monde connaît Liebig. Soubeiran a laissé moins de souvenirs. C'était cependant un grand chimiste. Né à Paris le 24 mai 1797, d'une vieille famille de protestants Cévenols, Soubeiran eut une jeunesse et surtout une éducation mouvementées par suite de la déconfiture de son père, agent de change à Paris. Ce malheur eut pourtant une heureuse contrepartie : en effet, le père Soubeiran, ruiné, organisa, pour faire vivre les siens, un petit atelier de filature et de blanchissage dans la banlieue Parisienne, à Houilles. Le jeune Soubeiran s'intéressa beaucoup aux opérations du blanchiment et bientôt il allait étudier la chimie et la pharmacie à Montpellier, où il fut blessé au cours d'une émeute en 1815.

 

Revenu à Paris, il devenait successivement interne des hôpitaux, puis pharmacien en chef de la Pitié et professeur adjoint à l'Ecole de Pharmacie. En 1832, il était appelé à la direction de la Pharmacie Centrale de l'Assistance Publique, à Paris, et, en 1853, il succédait à Orfila, dans la chaire de pharmacie de la Faculté de Médecine. Il mourut le 17 novembre 1858, ayant écrit de nombreux mémoires et plusieurs manuels ou traités de pharmacie théorique et pratique qui furent souvent réédités de 1826 à 1857. Ses élèves de l'Ecole de Pharmacie disaient de lui qu'il était soporifique : mais ce n'était qu'une boutade et un hommage : simple moyen de rappeler qu'il avait découvert le chloroforme.

 

Illustration : Eugène Soubeiran

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « Bulletin de la Société d'histoire de la pharmacie », paru en 1914

 

C'était en l'an 1727. La population châtelleraudaise se plaignait de ce que Paul Beaupoil et Guillon Pierre,les seuls apothicaires de la ville, vendaient fort cher « drogues et médicaments ». Sur leur refus de recevoir dans leur communauté un troisième confrère, les chirurgiens demandèrent au Lieutenant du Roy de faire subir eux-mêmes les chefs-d'œuvre à un aspirant, attendu « que la ville avait besoin d'un aultre apothicaire, habile, soigneux, en qui l'on pût se fier pour la confection des médicaments ».

 

Boutique-Apothicaire.jpgCet aspirant à la maîtrise était François-Xavier Seuilly qui avait été apprenti chez Beaupoil, de là inscrit à l'Université de Montpellier, puis compagnon chez un apothicaire d'Agen et chez un autre dans l'île de Candie. Il passa ses connaissances et lectures les 18, 25 septembre et 2 octobre devant Joseph Calvin, Alexandre Bobin, et Charles Rasseteau, et son chef-d'œuvre pour être admis définitivement au corps et communauté des Maîtres Apothicaires le 9 octobre 1728.

 

Or, parmi les quatre chefs-d'œuvre qu'il avait à présenter pour montrer qu'il « savait cuire et confire » se trouvait « un ouvraige de cire, confiture et sucre ». Par une fatalité du sort le malheureux Seuilly laissa brûler une de ses préparations. Il tenta d'y remédier et se souvenant que pendant son passage à Candie il avait appris « à berlingoler sucres et confitures, il adjouta en poelons miel, sucres et espritz ». Il présenta ainsi ses tabellae aux juges dont la friandise adoucit l'âpreté officielle et qui « attendu que la ville a besoin de secours, donnèrent à lui Seuilly la main d'association et d'amitié pour par lui jouir des privilèges attribués aux aphothicaires ».

 

Fier de son succès, Seuilly dans son apothicairerie (la vente du sucre étant à cette époque un privilège des apothicaires) vendit pour beaux deniers les « Berlingoles » dont il gardait jalousement le secret. Après lui son fils François continua la confection des tabellae ou Pastilles Seuilly jusqu'au jour ou Paul- Alexandre Gallais ouvrit une boutique de confiseur et rendit célèbres les « Berlingoles ».

 

Plus tard, un nommé Briault eut connaissance de la recette. Il fit des berlingoles à son tour et courut de foire en foire en Guyenne et Gascogne au travers de toute la France. Gallais fit un procès à Briault, qui fut condamné à changer le nom, la forme et le goût. Briault adjoignit au miel, à la mélasse, au sucre, des amandes et de l'huile volatile de menthe et au lieu de gouttelettes solidifiées fit une pâte qu'il coupa au ciseau. Briault mourut et ce fut la fin des Berlingoles de Châtellerault qu'il avait fait connaître dans toute la France.

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « L'Intransigeant », paru en 1906

 

En 1906, Monsieur Bienvenue, ingénieur en chef du Métropolitain, accorde une interview à un journaliste de l'Intransigeant, et aborde la question de la construction de stations de Métro pour desservir immeubles, music-hall ou tavernes

 

Monsieur Bienvenue quittait la préfecture de la Seine, lorsque, au sortir d'un embarras de voitures, près de la caserne Lobeau, il nous trouva dressé devant lui, rapporte Félix Méténier de l'Instransigeant :

 

– Allons ! s'exclama-t-il, déjà résigné, mais toujours souriant. Je vous vois venir. Une interview, sans doute ?

– On ne peut rien vous cacher !

 

Sans attendre la réponse, M. Bienvenue avait commencé à nous apprendre que le second tronçon de la ligne circulaire Sud venait d'être « reçu par la commission compétente » et il complétait ses explications en ajoutant que la mise en exploitation du métro entre la place d'Italie et le mont d'Austerlitz aurait lieu dans deux ou trois jours au plus tard, lorsque nous l'interrompîmes :

 

– Tout ceci est évidemment intéressant, mais il est un autre sujet dont nous voudrions vous entretenir.

– Et lequel ?

– celui qui touche au projet de M. Antoine, le nouveau directeur du théâtre de l'Odéon. Vous n'ignorez pas sans doute que M. Antoine a l'intention de faire communiquer son théâtre, par un souterrain, avec le Métropolitain ?

– L'idée est amusante !

– Sans doute. Mais la jugez-vous réalisable ?

 

Metro-Opera.jpg

 

En conversant, chemin faisant, nous étions arrivés, rue de Rivoli, dans les bureaux du service technique du métropolitain. M. Bienvenue avait gagné son cabinet de travail et là, penché sur un vaste plan du VIe arrondissement de la capitale, il répondit à notre question :

 

– M. Antoine, sans doute, a songé à relier l'Odéon avec la ligne n°4 du Métropolitain ? – celle que nous construisons en ce moment et qui ira de la porte Clignancourt à la porte d'Orléans, en traversant la Seine au Pont au Change et en desservant le boulevard Saint-Germain jusqu'à la rue de Rennes. – L'idée, je vous le répète, est amusante. Vous me demandez si elle peut être réalisée ? Pourquoi pas ?... à la condition que M. Antoine veuille assumer la charge des frais que nécessitera le percement de la galerie.

– Seront-ils élevés ?

 

L'ingénieur en chef fit un bref calcul.

 

– Nous aurons, reprit-il, une station du Métropolitain boulevard Saint-Germain, sur le terre-plein limité par les statues de Broca et de Danton, entre ce terre-plein et l'Odéon, la distance est exactement de 300 mètres. La galerie reviendrait à cent mille francs !

– Cent mille francs !

– Mais oui. Et c'est là un prix minimum qui pourrait largement être dépassé pour peu que nous nous trouvions en présence de la moindre difficulté de travaux.

 

M. Bienvenue s'amusait de notre étonnement :

– Le directeur de l'Odéon, ajouta-t-il, n'est pas le premier à avoir pensé à relier le Métropolitain à un théâtre. Nous sommes saisis en ce moment, par exemple, d'une demande faite par un directeur de musci-hall et de taverne qui comporte le même objet. Il est probable que satisfaction lui sera donnée comme elle sera vraisemblablement accordée aux directeurs de deux grands magasins de nouveautés qui sollicitent l'autorisation de faire percer une galerie, l'un entre son établissement et la ligne n°3, l'autre entre ses magasins et la ligne n°7.

– N'existe-t-il pas d'autres projets ?

– Pas à ma connaissance, mais il est bien certain qu'un jour ou l'autre l'Opéra, placé à proximité du croisement de trois des plus importantes lignes du réseau, sera relié par une souterrain à la gare du Métropolitain.

– Et si le principe se généralisait ? S'il plaisait à certains propriétaires d'immeubles de réclamer la mise en communication directe avec le Métro ?...

– Rien ne le leur interdirait légalement, toujours à la condition qu'ils consentissent à payer tous les travaux et, de plus, à assumer les frais de surveillance supplémentaire que ne manquerait pas de réclamer la compagnie qui exploite le réseau.

 

Ne désespérons donc pas ! Le temps est proche où les écriteaux alléchants qui nous promettent des appartements pourvus de tout le « confort moderne », avec « eau, gaz, électricité, téléphone et ascenseur à tous les étages » s'augmenteront d'une nouvelle mention : « Station spéciale du Métropolitain ! »

 

Illustration : Opéra et station de Métropolitain

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « Gazette anecdotique », paru en 1882

 

En 1882, le colonel Th. Jung publie Lucien Bonaparte et ses Mémoires dont on n'avait donné jusqu'ici que des éditions incomplètes. On trouve dans ces curieux mémoires la rectification de bien des faits admis pour vrais par les annalistes qui se sont occupés de l'Empire, témoin, entre autres, l'histoire de la fameuse montre brisée par Lucien devant son redoutable frère Napoléon au milieu d'une scène qu'on a bien souvent racontée.

 

Lucien-Bonaparte.jpgOr voici, rapprochées l'une de l'autre, deux piquantes versions de ce même fait empruntées l'une à l'Echo des salons de Paris et l'autre, rectifiant la première, aux susdits Mémoires de Lucien :

 

LA LEGENDE (Extrait de l'Echo des salons de Paris depuis la Restauration, tome II)

Un mois avant que Lucien quittât la France, il eut avec Bonaparte un entretien très vif sur son peu de considération et sur les malheurs que son esprit de conquête attirerait un jour sur la France.

 

Bonaparte se fâcha et, s'approchant de la fenêtre, il dit à son frère : « Voyez-vous cette étoile ? » Lucien répondit qu'il ne voyait rien. « Eh bien ! je la vois », lui répliqua Napoléon, et aussi longtemps que je l'apercevrai seul, je ne cesserai d'y avoir confiance ! »

 

Lucien tira sa montre, et, de colère, la jeta sur le parquet devant Bonaparte en lui disant : « Vous serez brisé comme cette montre, et un jour viendra où vous serez malheureux, ainsi que la France et toute votre famille ! »

 

L'HISTOIRE (Lucien Bonaparte et ses Mémoires, tome II, 1882.)

 

« – Ce que vous pensez de moi, citoyen Lucien, parbleu, je suis curieux de le savoir, dites donc vite (c'est Napoléon qui parle).

 

– Je pense, citoyen consul, qu'ayant prêté serment à la Constitution du 18 brumaire, entre mes propres mains, comme président du conseil des Cinq-Cents, et vous voyant la mépriser ainsi, si je n'étais pas votre frère, je serais votre ennemi.

 

– Mon ennemi ! ah ! pour le coup, je vous le conseillerais ! Mon ennemi ! C'est un peu fort! me dit-il en s'avançant sur moi dans l'attitude de me frapper, ce que je rends encore grâce à Dieu qu'il n'ait pas fait, car je n'étais pas disposé à le souffrir patiemment ; mais il s'arrêta en face de la froide immobilité que je lui opposai.

 

– Mon ennemi, toi ! Je te briserais, vois-tu, comme cette boîte ! »

 

Et disant cela , c'était sa tabatière qu'il tenait, il la lança violemment sur le plancher.

 

Illustration : Lucien Bonaparte, par François-Xavir Fabre

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 17:30

Pecheuse-Huitres.jpgD'après « Bulletin de la Société Le Vieux papier », paru en décembre 1937

En 1937, le Bulletin de la Société Le Vieux papier rapporte qu'au XIXe siècle un pharmacien de Lyon, Bertrand aîné, composa et exploita une série de spécialités à base d'huîtres, ainsi qu'en fait foi un annuaire Lyonnais publié en 1860.

Il vendait notamment le « chocolat analeptique aux huîtres », breveté pour 15 ans ; la « pâte d'huîtres », bonbon pectoral ; le « sirop d'huîtres », lénitif et apéritif ; enfin la « gelée d'huîtres », qui convenait aux enfants à la mamelle, aux vieillards et aux anémiques.

Le sirop d'huîtres corsait, paraît-il, fort agréablement, le goût de la bavaroise, boisson alors très en vogue à Lyon et qui était faite d'un café au lait parfumé à la fleur d'oranger.

 

Illustration : Pêcheuse d'huîtres

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « Bulletin de la Société d'antrhopologie de Paris », paru en 1896

 

En 1896, un membre de la Société d'anthropologie de Paris explique que si les sépultures païennes de la fin de l'Empire romain et du commencement des temps mérovingiens (Ve siècle) sont reconnaissables aux rares objets qu'on y rencontre et qui forment un très pauvre mobilier funéraire, les tombes chrétiennes ne renferment que les os du mort et d'assez nombreuses coquilles d'escargots.

 

Les premiers chrétiens, toujours en quête de symboles, prirent l'escargot pour figurer l'immortalité de l'âme. Ce mollusque – et surtout celle de ses variétés qui est connue sous le nom d'Helix pomatia et qui est si abondamment répandue partout –, quand vient la mauvaise saison, s'enterre avec sa coquille après avoir pris soin de la fermer au moyen d'un opercule sécrété par lui-même. Il est donc, en quelque sorte, clos dans un tombeau. Au retour de la belle saison, l'animal brise la porte de son cercueil ; il renaît à la vie avec plus de force.

 

Arnould Locard, dans sa belle Histoire des mollusques dans l'antiquité (1884), nous donne les détails les plus probants sur ce symbole de l'escargot. Il nous dit qu'on a souvent observé « dans les tombeaux des chrétiens et des martyrs de la Gaule et de l'Italie, des Gastéropodes marins ou terrestres, entiers ou brisés, fixés à l'intérieur même des cercueils ou loculi, dans lesquels le cadavre était déposé lorsqu'il n'était pas soumis à la crémation. D'après M. Martigny [Dictionnaire des antiquités chrétiennes], placées dans de telles conditions, ces coquilles pouvaient être du nombre des objets que les premiers chrétiens fixaient dans la terre ou le mortier des loculi, comme signe de reconnaissance »

 

Sarcophages-Merovingiens.jpg

 

Locard cite des faits relevés en Gaule : « Des coquilles d'escargots, Helix pomatia et H. Aspersa, ont été trouvés dans les sarcophages. Dans la tombe de saint Eutrope, à Saintes, découverte en 1843, on a trouvé des coquilles, et M. Letronne prouve que leur introduction n'a pu être l'effet du hasard [Recueil de pièces relatives à la reconnaissance du corps de saint Eutrope]. On en a rencontré dans une sépulture mérovingienne du cimetière de Vicq, et M. l'abbé Cochet en a signalé [Normandie souterraine] un grand nombre d'exemples, dans ses fouilles, notamment près de Dieppe, à l'intérieur d'une tombe du temps de Charlemagne. Rappelons également qu'il était d'usage chez les peuples païens, de manger ces mêmes escargots sur la tombe des personnes chères; à Pompéi, on a trouvé de nombreux amas d'escargots dans les cimetières romains. »

 

Ainsi, dès les temps les plus reculés, il existait un antagonisme entre les deux religions en présence. Leurs adeptes, qui ne frayaient guère ensemble durant le cours de leur vie, après la mort voulaient reposer loin de ceux qu'ils regardaient comme des ennemis.

 

Illustration : Sarcophages mérovingiens du Ve siècle découverts à Angers en 2008

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « L'horlogerie ancienne » par Edouard Gélis, paru en 1950

 

Les horlogers n'ont pas été groupés en corporations aussi anciennement que les apothicaires ou même que les orfèvres. C'est seulement en 1544 que François Ier accorda leurs statuts aux sept maîtres horlogers de Paris.

 

Montre-XVIIeCe retard tient à ce que l'on ne se souciait guère avant cette époque de « mesurer le temps » avec exactitude. En dehors du cadran solaire et du sablier, les Anciens ne connaissaient que la clepsydre, ou horloge à eau, à laquelle ils surent d'ailleurs adapter des cadrans, des sonneries et même des automates. L'existence d'horloges à poids, avec régulateur par échappement, est signalée pour la première fois dans les textes au XIIIe siècle. Vers le milieu du XVe, la substitution au poids du ressort enroulé, permit enfin la fabrication de la « reloge a mettre sur table » (Louis XI en possédait au moins une) et un peu plus tard, de son diminutif : la montre.

 

Les statuts de 1583 et de 1646 fixaient la durée de l'apprentissage du compagnon horloger à huit ans, au bout desquels il devait, pour passer maître, fabriquer sous les yeux d'un des gardes-visiteurs, le chef-d'œuvre imposé, généralement une « horloge à réveil-matin ». Chaque corporation d'horloger avait un poinçon bien défini dont la contrefaçon pouvait valoir à ses auteurs d' « être pendus et étranglés ». (Déclaration royale du 4 janvier 1724.)

 

Illustration : Montre en forme de bouton de pavot, début du XVIIe siècle

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « Le Petit méridional », paru en 1898

 

Un chroniqueur du Petit méridional nous parle en 1898 des travaux d'un savant ayant entrepris de populariser l'inoculation de parfums tirés des fleurs et censés procurer des émotions variées à quiconque accepte de s'y soumettre.

 

Plus la science progresse, écrit-il, plus on remarque qu'elle tend à confirmer une foule de traditions et de croyances populaires, restes obscurcis ou déformés de connaissances anciennes tombées dans l'oubli. Ce n'est pas qu'il faille conclure que toutes les superstitions aient un fond de vérité, mais du moins est-il nécessaire de rester dans le doute scientifique en face de beaucoup de problèmes qu'on eût autrefois écartés un peu dédaigneusement.

 

Fleurs.jpgEn réalisant expérimentalement l'inoculation des maladies, la science a jeté une vive lumière sur beaucoup de phénomène mal connus ou mal interprétés. Voici maintenant qu'un chimiste à l'âme poétique et tendre prétend avoir trouvé le moyen de procurer des émotions variées à quiconque voudra se prêter à l'inoculation de parfums tirés des fleurs. L'idée peut paraître un peu extravagante au premier abord ; aussi n'a-t-elle pas manqué de soulever de faciles plaisanteries.

 

Il est à noter que les rieurs les plus déterminés admettent fort bien que la santé d'une mère peut retentir très directement sur l'état de l'enfant qu'elle allaite. Mais, d'autre part, ils ne manquent pas de s'élever très vigoureusement contre ce préjugé campagnard que les enfants élevés au lait de chèvre sont d'un tempérament plus vif, plus nerveux et plus irritable que ceux soumis au régime ordinaire. Explique qui pourra de semblables contradictions.

 

Quoi qu'il en soit, le savant continue ses recherches avec obstination et ses expériences lui auraient donné, paraît-il, des résultats probants. De sorte que, selon lui, le géranium donnerait le goût des voyages, l'esprit d'aventures ; le lis prédisposerait à l'obstination et la campanule au bavardage. L'ylang-ylang donne des idées folâtres, tandis que la rose porte à l'avarice et la violette à la dévotion. Désirez-vous un état d'âme bucolique, des sensations de campagne verdoyante et grasse, adressez-vous à la jacinthe ; voulez-vous être aimable, il ne vous faut qu'une petite injection au musc. Ceux qui manquent d'idées artistiques se compléteront avec du chiendent ; quant à l'ambre, il confère tout simplement le génie.

 

L'extrait de muguet déterminerait chez ceux qui en font usage une sorte d'ivresse joyeuse. Le sujet, comme hors de lui, plein d'une gaieté exubérante et communicative se montrerait très disposé à voir la vie en rose. Au contraire, la jusquiame développerait des idées sombres et tragiques. Le sens de l'élégance, le goût de la beauté sont invinciblement attachés au parfum du chèvrefeuille, mais l'azalée, moins bien partagée, ne saurait communiquer que de la sècheresse de cœur.

 

Il est assez remarquable que tandis que certaines de ces affirmations corroborent très exactement la signification symbolique attachée à certaines plantes depuis les temps historiques, d'autres s'en écartent absolument. C'est ainsi que le trèfle, regardé partout comme un porte-bonheur assuré, est dépossédé par notre chimiste de toutes ses vertus. Il développerait l'humeur acariâtre, et loin de devenir un talisman, il placerait sous la plus désastreuse influence les personnes assez imprudentes pour en faire usage.

 

Ajoutera foi qui voudra à ces affirmations catégoriques. En ces matières, rien ne vaut l'expérience personnelle. Que ceux de nos lecteurs qui ont la foi se soumettent donc à la petite expérience : ils seront fixés tout de suite sur la sagacité du savant chimiste. Encore faut-il choisir judicieusement son parfum. Car quelles conclusions fondées pourrait-on tirer après une injection de roses à Harpagon ou du campanule aux neuf bons neuf dixièmes du sexe faible ? conclut notre chroniqueur.

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