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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « L'Intransigeant », n° du 26 juin 1930

 

Doit-on dire docteur ou doctoresse en parlant des femmes-médecins ? s'interroge le journal L'Intransigeant en 1930. La question est à l'ordre du jour. On parle de faire figurer le mot de doctoresse au dictionnaire de l'Académie. Dans la Médecine Internationale Illustrée d'avril 1930, le docteur Dartigues, l'éminent chirurgien, exprimait son horreur pour l'appellation de Madame le docteur. « Parlons français ou correctement toute autre langue, écrivait-il, mais ne parlons pas sauvage. » Il priait M. G. Lecomte de faire consacrer officiellement le terme de doctoresse. Et M. G. Lecomte lui répondait : « Il faut dire Madame la doctoresse. »

 

Femme-Medecin.jpgGrande alarme chez nos femmes médecins, qui semblent tenir chèrement à leur titre de docteur. Les arguments qu'elles produisent en l'occurrence ne manquent pas de logique :

 

« Puisqu'on invoque le motif du bon langage, disent certaines, sachez que le mot doctoresse n'a figure, dans le dictionnaire de Littré, qu'au sens de la comédie, comme synonyme de bas-bleu ! Le sens originel du mot est ironique. L'employer est user de déconsidération à l'égard des femmes médecins. Seuls, quelques médecins hommes, hostiles à la concurrence féminine, et les gens ignorants l'emploient. Car dans le public, on croit que la qualité de doctoresse est inférieure à celle de médecin. Les gens du peuple ont pour habitude de donner généreusement ce titre fantaisiste aux femmes de professions paramédicales : sages-femmes, infirmières, masseuses, à qui il est impossible de contester ce titre puisqu'il n'existe pas légalement.

 

« La plupart du temps, les femmes médecins qui se laissent appeler doctoresses sont des étrangères, ou souvent même des médecins de mauvais aloi, spéculant sur la passante inquiète qui se confie plus volontiers à une femme. Mais, pour les femmes exerçant sérieusement la profession médicale, il importe qu'au moment où on parle de fonder l'ordre des médecins, on ne distingue pas deux catégories arbitraires de médecins, selon le sexe.

 

« L'appellation de docteur représente un titre et non une profession. Le parchemin qui l'accorde porte la mention docteur aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Une femme est docteur en médecine, comme elle est professeur ou docteur ès lettres. On emploie couramment pour elle le mot de confrère, et personne, au reste, n'aurait l'idée d'une médecine, d'une ingénieuse ou d'une professoresse ! D'aucuns ont voulu s'appuyer sur des exemples étrangers. Mais, en norvégien justement, le terme de Frii doktora signifierait Madame la femme du docteur Un Tel. »

 

– Ne sentez-vous pas le cocasse de Madame le docteur ? ricane-t-on

– Est-il moins ridicule que notre langue exprime par des termes féminins certaines situations d'hommes ? Ne dit-on pas, sans craindre le ridicule : une sentinelle, une ordonnance, une estafette, une vigie ? L'usage ici est l'arbitre autorisé

 

« Le penchant en faveur de doctoresse n'est qu'une manifestation de la tendance populaire à féminiser des mots de tradition masculine, qui fait écrire, à tort, une enfant. Beaucoup de nos confrères sont les premiers à maintenir pour nous le terme de docteur. Et nous tenons à nous voir interpeller ainsi, tout comme une femme du barreau est appelée cher maître et non... chère maîtresse ! »

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « Curiosités sur Baudelaire », paru en 1912

 

Dans la Revue des curiosités révolutionnaires, Georges Barral rapporte que Baudelaire lui exposa l'étymologie de son nom, ne venant pas du tout de bel ou beau mais de band ou bald. « Mon nom est terrible, continua- t-il. En effet, le badelaire était un sabre à lame courte et large, au tranchant convexe, à la pointe tournée vers le dos de l'arme. C'était une sorte de cimeterre musulman, rectiligne au lieu d'être courbe. Introduit en France à la suite des Croisades, il fut employé à Paris jusque vers 1560, comme arme d'exécution.

 

Baudelaire.jpg« Il y a quelques années, en 1861, on a retrouvé lors des fouilles exécutées près du Pont-au-Change, le badelaire qui servit au bourreau du Grand Châtelet, au cours du XIIe siècle. On l'a déposé au musée de Cluny. Voyez-le. Son aspect est terrifiant. Je frémis en pensant que le profil de mon visage se rapproche du profil de ce badelaire. »

 

– Mais votre nom est Baudelaire, répliqua Barral, et non pas Badelaire.

– Badelaire, Baudelaire par corruption. C'est la même chose.

– Pas du tout, votre nom vient de Baud (gai), Baudiment (gaiment), s'ébaudir (se réjouir). Vous êtes bon et gai.

– Non, non, je suis méchant et triste, conclut Baudelaire.

 

Le poète entrait dans les églises vers la fin de la journée et se prosternait devant l'autel, donnait les signes extérieurs de la piété la plus vive. Lorsque l'heure de la fermeture approchait, le bedeau, n'osant troubler un homme si pieux, l'avertissait par des « hum » discrets ; puis, lassé, finissait par lui toucher l'épaule : « Monsieur... on ferme... » Après se l'être fait répéter plusieurs fois, Baudelaire se levait, disant d'un ton

cafard : « Mon frère, lorsqu'oubliant cette vallée de larmes, je m'abreuve aux sources de la volupté céleste... » puis changeant  de ton : « Je n'aime pas qu'on m'... » Et il s'éloignait laissant le bedeau stupéfait.

 

Lorsqu'il se présenta à l'Académie française, il avait quarante ans et avait publié les Fleurs du Mal. Or, le titre seul de son volume lui fit un tort considérable et lui valut d'être reçu fraîchement. L'un des Immortels, au cours de sa visite, lui déclara tout net : « Ah ! si vous aviez écrit les Fleurs du Bien ! » Baudelaire, toujours pince-sans-rire, répondit alors :

 

– Mais, j'ai publié un livre sous ce titre qui est une mordante réplique à mon premier volume.

– Ah ! s'intéressa l'académicien, et quand cela ?

– Mais, en 1858, sous le pseudonyme de Henry Bordeaux.

 

L'académicien balbutia, ne promit rien, mais fut aimable. Baudelaire n'avait d'ailleurs pas menti. En 1858, un nommé Henry Bordeaux avait écrit les Fleurs du Bien. Il faut être un bien grand érudit pour s'en souvenir aujourd'hui.

 

Illustration : Charles Baudelaire

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « Le Petit Méridional », paru en 1898

 

En 1898, un chroniqueur raille ce qui apparaît alors comme une nouvelle forme de musique : la nasophonie, et ses conséquences probables sur la morphologie humaine.

 

Nez.jpgLa musique a fait de grands progrès dans le courant des deux derniers siècles et ses conquêtes ont été aussi nombreuses que décisives, écrit-il. Cependant, toutes les nouveautés ne constituent pas nécessairement des améliorations et, sur les acquisitions les plus récentes, en particulier, on pourrait enregistrer les opinions les plus variables et les goûts les plus différents. Tel amateur de Rossini traitera Wagner de barbare, de même que tel qui se pâme aux sons d'un Stradivarius maudira le piano ou la clarinette.

 

Il est donc fot douteux que la musique nouvelle dont on nous annonce l'apparition rallie du premier coup tous les suffrages. Il s'agit de la nasophonie, sport aussi distingué que difficile et qui consiste à exécuter des airs en se mouchant. C'est d'Italie que nous sont venus les premiers... ronflements de l'art nouveau. Cette nouvelle musique instrumentale est, dit-on, très appréciée au-delà des Alpes et fait fureur, paraît-il, parmi la jeunesse mélomane. Dans quelques villes, à Civita Vecchia, par exemple, des jeunes gens ont fondé un cercle de « nasomanes » et, pour y être admis, il faut pouvoir exécuter au moins la romance de la Gazza Ladra sur le bout... du nez et monter une gamme chromatique de deux octaves et demie.

 

Autrefois, chanter du nez était un défaut ; aujourd'hui, c'est un talent. Cet art à son aurore n'est qu'une conséquence : après l'artiste fin de siècle qui fit florès à Paris il y a quelques années, il était à prévoir qu ele nez ne resterait pas inactif. Pour peu que la mode s'en mêle, nous en entendrons sans doute de belles ! Il est encore un point sur lequel les nasomanes n'ont peut-être pas suffisamment médité.

 

La science enseigne que les organes s'atrophient par défaut d'exercice et se développent par l'usage. Il faut donc s'attendre à voir les nez suivre une progression croissante et refléter fidèlement par leurs dimensions les progrès de la nasophonie. Et c'est peut-être là – qui sait ? – l'amorce d'un perfectionnement précieux. Successivement allongé, épaissi, dilaté, le nez pourra devenir flexible et préhensible. Au bout d'un certain nombre de générations, les hommes, réhabilitant ainsi un organe trop négligé, seront pourvus d'une gracieuse trompe.

 

Mais qu'ils se hâtent : ils sont dès maintenant distancés de fort loin et il leur faudra de grands efforts pour battre le record de l'éléphant. Ce pachyderme nous paraît avoir des droits incontestables au titre de prince des nasomanes. Sans aucun doute, c'est par une éducation musicale rationnelle qu'il a conduit son appendice nasal aux monumentales proportions que tout le monde admire aujourd'hui.

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « La Chronique médicale », paru en 1927

 

Personnage caricatural dont Balzac dira qu'il représente « l’illustre type des bourgeois de Paris » du XIXe siècle, Monsieur Prudhomme dut sa naissance à l'imagination de l'humoriste et dramaturge Henry Monnier, dans des circonstances insolites, vers 1830.

 

Henry-Monnier.jpgCe dernier prenait ses repas dans un petit café de la rue Saint-Louis, proche de la rue de Rohan et de la rue de Chartres. L'établissement s'appelait le Café des Cruches, enseigne irrévérencieuse, que justifiait la physionomie de certains consommateurs. Des bourgeois du quartier, gourmés, solennels et phraseurs, s'y assemblaient. Entre deux parties de bésigue, ils péroraient gravement, censurant le roi, les ministres, émettant des opinions réfléchies sur les choses de l'Etat. Parfois, ils osaient aborder la littérature. Et les cheveux du jeune Monnier, qui multipliait alors les albums de lithographies, se hérissaient d'horreur.

 

Un jour, il parut grimé, méconnaissable. Des besicles d'or chevauchaient son nez bourbonien ; les pointes de son col poignardaient ses joues ; de lourdes breloques s'étalaient sur son ventre copieux, que drapait un magnifique gilet à fleurs. Il s'assit parmi les hôtes habituels de l'estaminet et parla. Ceux-ci écoutèrent, bouche bée, cet orateur disert, qui déclara se nommer Prudhomme (Joseph), exercer la profession de maître d'écriture, et qui tout de suite les émerveilla par la sonorité de son verbe, la noblesse de son geste, l'éclatante évidence de ses affirmations, la profondeur de ses aperçus. Minute inoubliable... Les lettres françaises venaient de s'enrichir d'une figure immortelle.

 

On prête à Henry Monnier nombre de mystifications dont il usait comme sujets d'étude. Ainsi, dans un omnibus, faisant passer la monnaie rendue par le conducteur à une vieille fille assise au fond de la voiture, c'est un petit papier que le caricaturiste glisse à travers cette monnaie, et sur lequel il a écrit, au crayon, à l'avance, ces quelques mots : « Je vous aime. Le Conducteur ». Tête de la victime, prenant connaissance de cette déclaration inattendue. Joie de Mmonnier. Ahurissement du conducteur quand, au lieu de s'entendre dire : « merci », pour l'empressement qu'il met à aider la vieille fille à descendre, il reçoit un soufflet !

 

Et la scène du chalet de nécessité. Monnier vient de voir entrer un certain nombre de clients au W.-C. Il survient, à son tour, non en solliciteur de cabine, mais avec les allures d'un commissaire de police, chargé de quelque urgente enquête : « Que tout le monde sorte ! » s'écrie-t-il d'une voix impérieuse. Effarement dans les cabines ! Il répète son ordre : « Au nom de la loi ! » Les portes s'entrebâillent. Des têtes sortent. Monnier dévisage rapidement toutes ses victimes : « Maintenant, vous pouvez continuer ! »

 

Illustration : Henri Monnier dans sa création de Monsieur Prudhomme

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « Revue de la Marne », paru en 1891

 

Empoissonnement : lisez bien ; car il faut vous dire qu'à la suite des tentatives faites au cours de l'hiver 1890-1891 pour rompre la banquise de glace qui obstruait la rivière au-dessous de Marly, les poissons avaient été tués en grand nombre et que les propriétaires riverains et les pêcheurs ordinaires s'étaient plaints amèrement de manquer de fritures.

 

C'est à l'aquarium du Trocadéro que l'on s'adressa. M. Jousset de Bellesmes, directeur de cet établissement, avait calculé, d'après son dernier recensement, qu'il pouvait mettre à la disposition du service des eaux 50000 jeunes saumons de la taille d'une aiguille. Cinquante mille, pas un de plus, pas un de moins. Tous les oeufs de l'aquarium sont, en effet, comptés avec un soin méticuleux. Après l'éclosion on fait passer les minuscules poissons par une pipette remplie d'eau d'où ils ne peuvent sortir qu'un à un ; et à partir de ce jour il est tenu un registre des décès.

 

Empoissonnement-Seine.gif

 

Jetons un voile sur les chinoiseries administratives que les journaux ont contées à leur heure et qui ont failli priver la Seine de ce surcroît de population. En avril 1891, ces 50000 petites bêtes, renfermées dans trois cylindres d'eau, ont voyagé en tramway à vapeur – train spécial – depuis le Trocadéro jusqu'à Bougival. Un ingénieur de la Compagnie avait pris place sur la machine. Une foule considérable de curieux attendait à la gare de Port-Marly l'arrivée du train officiel.

 

En arrivant sur la berge, M. de Bellesmes a donné quelques renseignements sur ses élèves ; puis on a procédé à l'immersion ; mais ici un incident s'est produit : un thermomètre plongé dans la Seine accusa une température de 9 degrés, tandis que l'eau contenue dans les cylindres donnait 11 degrés : il s'agissait de faire en sorte que les saumons ne s'enrhumassent point ; avec mille précautions on établit l'équilibre entre la température du réservoir et celle de la rivière ; puis on ouvrit les cylindres et les poissons s'échappèrent. Les pêcheurs purent dès lors courir après.

 

Illustration : Le repeuplement de la Seine. Immersion des alevins de l'aquarium du Trocadéro à Port-Marly

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 17:00

D'après « Le Petit méridional », paru en 1898

 

Le numéro du 19 juin 1898 du Petit méridional nous apprend qu'un ancien officier de marine demeurant à Paris, rue d'Alésia, avait rapporté d'un de ses voyages un jeune orang-outang qui, semblable en cela à tous les animaux de cette espèce, était devenu en prenant de l'âge assez brutal et difficile à vivre.

Quand son maître quittait le logis, le singe était enfermé dans une pièce vide de l'appartement où il gambadait en liberté. On avait dû, en effet, renoncer à l'enchaîner en raison de la colère épouvantable qu'il manifestait à l'égard de toute tentative de ce genre.

 

Cambrioleur-Singe.jpg

 

Or, un soir, tandis que l'officier était absent, on entendit sortir de l'appartement un bruit formidable, dans lequel on distinguait des cris de terreur folle mêlés à des grincements horribles. Des voisins et des agents se précipitèrent. On trouva le singe aux prises avec un cambrioleur qui s'était introduit dans l'appartement. L'homme était entré, après avoir fracturé la porte, dans la pièce où se trouvait l'animal. Aussitôt, celui-ci lui avait sauté à la gorge qu'il serrait de ses mains nerveuses, et sous cette étreinte inattendue le misérable hurlait de douleur, tandis que le singe, excité par les cris, le mordait cruellement aux bras et au visage.

 

Quand, après bien de la peine, on se fut enfin rendu maître de l'orang-outang, on releva le cambrioleur inanimé. Mais en le conduisant au poste on s'aperçut que l'émotion de cette rencontre lui avait fait perdre la raison. Il poussait des cris épouvantables, et on fut obligé de le conduire à l'infirmerie du dépôt. S'il revient jamais à la raison, il conservera sans doute le souvenir ineffaçable de ce tête-à-tête inopiné.

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « Le Journal amusant », paru en 1905

 

« Dis-moi comment tu marches et je te dirai qui tu es ». Telle pourrait être la devise de psychologues nouveau jeu qui prétendent connaître le caractère d'un individu rien qu'à la façon dont il déambule, ironise le Journal amusant en 1905 ; ils se font forts, par exemple, de dire, en voyant un banquier poser le pied, s'il est capable de le lever...

 

MarcheurOn n'arrive pas du premier coup, évidemment, à une pareille virtuosité ; dans cette nouvelle science, comme dans toutes les autres, il faut commencer par le commencement. Apprenez donc qu'il y a quatre types de pas (ne pas confondre avec le pas de quatre) : « Les petits pas précipités appartiennent (je cite) aux gens superficiels, aux pessimistes et aux intellectuels », de telle sorte que, voyant un quidam s'avancer de cette façon, vous êtes immédiatement fixé : c'est un imbécile ou... un penseur. « Les petits pas lents désignent les âmes simples, sereines », et aussi, si j'en crois mes souvenirs, les jeunes malades.

 

« Les grands pas lents marquent la volonté réfléchie, le calcul opiniâtre » : ils indiquent aussi, je crois, que le monsieur qui les exécute possède de longues jambes et qu'il n'est pas pressé. « Les grands pas rapides dénotent l'ardeur, la décision, l'humeur batailleuse, l'esprit combatif. » Ne montrent-ils pas parfois, tout simplement, un homme d'assez belle taille qui craint de manquer son train ?

 

On nous dit encore que « les gens rusés, traîtres, diplomates, décrivent des courbes sinueuses » ; tel le fleuve qui arrose notre capitale : ce sont des intrigants toujours préoccupés de la Seine à faire. « Les énergiques tendent le jarret »... et tentent volontiers la fortune ; « les nonchalants se dandinent », ce qui revient à dire qu'ils marchent nonchalamment comme, peut-être, on s'en doutait ; « les mélancoliques traînent les pieds »... et les gens mal élevés les mettent dans le plat. Quoi encore ? « Les timides rasent les murs ». Ah ! la barbe ! restons-en là...

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 17:00

D'après « Le Voleur illustré », paru en 1900

 

Confetti.jpgDe quand date-t-il ? Comment est-il né ? Il est né à Paris en décembre 1891 à une redoute – endroit public où l'on danse et joue de la musique – du Casino de Paris. Cette minuscule rondelle de papier importée par un fabricant de jouets fantaisistes du faubourg Saint-Antoine fit fureur dans cette soirée mémorable. La fête avait commencé à minuit : le petit sac de confetti se vendait un franc ; une heure plus tard il fallait payer dix francs. Le marchand en question ne songea jamais à la redoute du mois de décembre 1891 sans s'attendrir : elle lui avait rapporté 5000 francs de bénéfice net.

 

Mais le négociant en question n'était qu'un importateur. Le confetti ne ment pas à son appellation italienne : il nous vient effectivement de par-delà les Alpes. Et c'est encore dans une fête de nuit, dans un bal masqué donné à Milan par la presse au bénéfice des pauvres de la ville qu'il vint au monde. Depuis longtemps, même en Italie, on était dégoûté du confetti de plâtre qui est sale et qui force les amateurs à se vêtir d'un masque épais qui présentait deux inconvénients: malgré son grillage fin, il n'était pas imperméable et laissait planer du mystère sur la beauté ou la laideur.

 

Or, en 1883, un membre du comité d'organisation de la fête de bienfaisance avait un ami qui était un grand éleveur de vers à soie. Pour nourrir ceux-ci, on place au-dessus des paniers d'osiers sur lesquels ils sont disposés, des feuilles de papier au-dessus desquelles on place des feuilles de mûrier. Ces feuilles de papier sont percées de trous et les vers à soie, gourmands de mûrier, passent leur trompe à travers ces trous pour aller saisir leur nourriture. Les trous des feuilles de papier étaient pratiqués à l'aide d'une machine qui perforait dix ou quinze feuilles à la fois. Ce fut le journaliste milanais qui, se trouvant un jour chez son ami, eut l'idée que les petites rondelles de papier qui étaient des résidus du perforage pourraient être utilisées au lieu du confetti de plâtre.

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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 17:00

D'après « Willy. Biographie précédée d'un portrait frontispice, illustrée de divers dessins, etc. », paru en 1904

 

Willy.jpgAu début du XXe siècle, le journaliste, critique musical et boulevardier Henry Gauthier-Villars – qui épousa Colette en 1893 – eut avec Auguste Mangeot, directeur de la gazette musicale Le Monde musical, une polémique assez violente : injures, huissiers, rien n'a manqué à la fête.

 

Mais un incident de cette querelle, plutôt cruel pur le pauvre directeur, mérite d'être signalé : la rosserie adroite de Willy, pseudonyme de Gauthier-Villars, y éclate dans toute sa verve. Sous le voile de l'anonymat, il envoya à la gazette ennemie le sonnet suivant, d'allures séduisantes :

 

Musique, tu me fus un palais enchanté

Au seuil duquel menaient d'insignes avenues

Nuit et jour, des vitraux aux flammes continues,

Glissait une adorable et vibrante clarté.

 

Et des choeurs alternant, – dames de volupté,

Oréades, ondins, faunes, prêtresses nues, –

Toute la joie ardente essorait vers les nues,

Et toute la langueur et toute la beauté.

 

Sur un seul voeu de moi, désir chaste ou lyrique,

Ta fertile magie a toujours, ô musique :

Bercé mon tendre songe ou mon brillant désir.

 

Et quand viendra l'instant ténébreux et suprême,

Tu sauras me donner le bonheur de mourir,

En refermant les bras sur le Rêve que j'aime !

 

Auguste Mangeot, sans défiance, inséra la poésie, la loua et fut désolé quand Willy lui révéla qu'elle était acrostiche (Mangeot est bête) !

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « Revue de la Marne » (1891) et « Le Petit Journal » (n° du 13 mars 1891)

 

Le départ avait été annoncé pour le 12 mars 1891 à neuf heures trente . Attendant l'arrivée de Sylvain Dornon qui devait partir de Paris pour se rendre à Moscou sur des échasses, près de 4000 curieux sont rassemblés dès neuf heures, mais l'homme aux échasses n'arrivant pas, la foule ne peut manquer de chercher à se distraire aux dépens des omnibus, des voitures ou des vélocipèdes qui se dirigeaient vers l'Arc de Triomphe ou qui en venaient.

 

Quand un véhicule d'une espèce quelconque se présente, il est aussitôt entouré : « Le voilà ! Le voilà ! », crie-t-on. Ahurissement des cochers, des voyageurs ou des vélocipédistes qui, se voyant assiégés brusquement par plus d'un millier de personnes, n'y comprennent rien. Il est neuf heures trente-cinq ! « Le voilà », crie-t-on pour la centième fois ; mais cette fois c'est lui. Il arrive par le côté opposé à celui où la foule l'attendait, naturellement, et en fiacre. Aussitôt les curieux se précipitent vers la voiture et font autour de Sylvain Dornon une barrière de plusieurs mètres d'épaisseur.

 

Sylvain-Dornon-copie-1.jpg

 

Mais l'intrépide voyageur ne tarde pas à se hisser sur ses échasses. Il porte le costume des bergers landais : béret brun, pelisse en peau de mouton, culotte en gros velours ; aux jambes, de fortes lanières en cuir fixant les échasses, hautes d'un mètres dix, construites par lui, entièrement en bois blanc et pesant un kilo six cent grammes chacune ; dans un petit sac en sautoir, du linge, des cartes de l'état-major français et d'excellents levers des routes d'Allemagne. Comme une seule paire d'échasses, en cas d'accident, serait insuffisante, Sylvain Dornon en a fait expédier une seconde paire à Moscou, d'une hauteur de beaucoup supérieure à l'autre, et sur lesquelles il compte faire dans cette ville une entrée triomphale.

 

Sa taille est immense, ainsi, et provoque le rire. Un gamin le compare à l'obélisque voisin ; un autre demande si c'est la tour Eiffel qui s'en va. La foule, un peu gouailleuse, suit les premiers pas sonores de l'échassier sur les dalles de la place ; puis, elle s'écarte, et le voilà parti ! D'une allure rapide et régulière, il s'éloigne, ouvrant et refermant le compas énorme de ses jambes postiches, dévorant l'espace à chaque mouvement, et paraissant, là-haut, vêtu d'une peau de bique, avec son léger bagage en bandoulière, comme un immense informe qui marcherait sur des tibias sans pieds.

 

Il tourne le coin de la place ; il parcourt la rue Royale, les boulevards, la rue Lafayette ; il atteint les hauteurs septentrionales de Paris et sort de la ville, toujours curieusement regardé au passage par la cohue des badauds et salué de souhaits ironiques de bon voyage, au fond desquels il y a cependant, malgré la bizarrerie de son équipage, un peu de sympathie voilée. Il va si loin ! Des dépêches télégraphiques arriveraient journellement de toutes les stations où s'arrêterait Dornon.

 

Note : Sylvain Dornon avait passé un accord avec L'Illustration qui finança son voyage, passant par Reims, Sedan, Luxembourg, Coblentz, Berlin, Wilna, et parvenant à Moscou le 10 mai suivant.

 

Illustration : Le départ de Dornon, se rendant de Paris à Moscou sur des échasses

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