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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 18:00

Balzac.jpg

Au début de l'année 1880, tout Paris fut occupé du vol étrange commis au Palais-Royal, au préjudice du bijoutier Fontana, par un audacieux filou qui, en plein jour, s'était emparé d'une rivière de diamants en cassant la vitre derrière laquelle elle était exposée.


Le journal le Sport profita de l'occasion pour rappeler que dans ce même Palais-Royal, Balzac en fit autant un jour, non pour s'approprier le bien d'autrui, mais pour saisir une contrefaçon d'un de ses ouvrages qu'il venait d'apercevoir à la vitrine d'un libraire. Naturellement une discussion s'ensuivit, à la suite de laquelle on alla chercher le commissaire de police.

 

Devant lui, Balzac, sans se nommer d'abord, expliqua que ce n'était pas par maladresse, mais avec intention qu'il avait cassé la vitre, dont il remit immédiatement le prix au libraire ; puis il compléta ainsi ses explications :

 

« Voici un livre, c'est un roman de Balzac que M.Werdet seul a le droit d'imprimer. Lisez sur la couverture, et, au lieu de son nom, vous trouverez Méline, éditeur. Ce M. Méline est un libraire de Bruxelles qui ne contribue pas peu à ruiner le commerce français, un des gros bonnets de la contrefaçon. Monsieur, auquel j'ai cassé un carreau, en vendant des contrefaçons belges, est donc en contravention, et c'est une affaire dont les tribunaux auront à décider. Seulement, il était indispensable d'avoir les pièces du procès, et c'est pour cela que j'ai pris la liberté de vous envoyer chercher. Je suis M. de Balzac. »

 

Sur ce, il se retira tranquillement, laissant le libraire ébahi aux mains du commissaire de police, qui n'avait plus qu'à pratiquer sa saisie.

 

Illustration : Honoré de Balzac

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 18:00

 

D'après « Annales d'histoire sociale », paru en 1940

Il est sans doute vrai que l'emploi du mot capitalisme ne s'est pas généralisé avant le XXe siècle. Cependant, on le rencontre au moins cinquante ans auparavant, dans la littérature socialiste française. En effet, dans une page polémique contre Frédéric Bastiat, Louis Blanc écrit, en 1850, au sujet de la légitimité de l'intérêt :

 

« On voit en quoi consiste le sophisme qui sert de base à tous les raisonnements de M. Bastiat. Ce sophisme consiste à confondre perpétuellement l'utilité du capital avec ce que j'appellerai le capitalisme, c'est-à- dire l'appropriation du capital par les uns, à l'exclusion des autres. » (Louis Blanc, Organisation du Travail, neuvième édition refondue et augmentée de chapitres nouveaux, Paris, 1850, p. 161.)

 

Une page plus loin, on trouve à nouveau le mot cherché, également souligné par l'auteur lui-même : « Criez donc : Vive le Capital ! Nous applaudirons, et nous attaquerons avec d'autant plus de vivacité le capitalisme, son ennemi mortel. Vive la poule aux œufs d'or, et défendons-la contre qui l'éventre ! » (Op. cit., p. 162.)  C'est Louis Blanc qui met en italiques le terme en question, dont on sent la nouveauté, surtout dans le premier passage cité : « ...ce que j’appellerai le capitalisme. » Cela signifie-t-il que Louis Blanc est l'inventeur du substantif dont il est question? Nous n'en avons pas la certitude, car ce terme se trouve peut-être dans d'autres publications polémiques de la période révolutionnaire de 1848, dont le nombre est très considérable. Toutefois, il semble bien que ce mot fut forgé en France.

 

Savetier-Financier.jpg

 

Marx ne l'emploie pas dans le Capital, dont le premier volume parut en 1867. En revanche, il figure dans le titre d'une publication de l'économiste allemand Albert Schäffle, parue en 1870 : Kapitalismus und Sozialismus mit besonderer Riicksicht auf Geschäfts und Vermögensformen (Le capitalisme et le socialisme avec une attention particulière aux formes d'entreprise et des biens). Il semble donc que ce soit vers 1870 que Kapitalismus ait acquis droit de cité dans la langue allemande.

 

En lisant Le Catéchisme des socialistes de Louis Blanc, publié en 1849, on a l'impression que le mot capitalisme, qu'il emploiera une année plus tard, lui manquait encore. Les passages suivants nous suggèrent cette idée : « II est très vrai que, sans capital, le travail serait impossible ; mais ce n'est pas au capital qu'on paye l'intérêt, c'est au capitaliste. Or, capital et capitaliste sont deux choses parfaitement distinctes. » (Le Catéchisme des socialistes, 1849) « On ne saurait concevoir le travail sans le travailleur, mais on conçoit très bien le capital sans le capitaliste. » (Ibid.). Le mot capitalisme était employé alors surtout dans les polémiques entre les partisans et les adversaires du socialisme.

 

Illustration : Le savetier et le financier (Fable de La Fontaine)

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « Bulletin de la Société française d'histoire de la médecine » (n°2 paru en 1903) et « Revue d'histoire de la pharmacie » (n°111 paru en 1941)

 

L'enseignement de la pharmacie n'était assurée au XVIe siècle, en Europe, qu'à l'Université de Montpellier. Une création de chaire fut réalisée à Toulouse au début du XVIIe siècle, mais elle fut sans lendemain. A Paris c'étaient les maîtres-apothicaires eux-mêmes qui instruisaient les aspirants dans leurs boutiques et leur faisaient subir les épreuves de la maîtrise dans leur jardin de la rue de l'Arbalète. Cette organisation ne donnait pas aux candidats toutes les garanties suffisantes, ainsi qu'en témoigne un bien curieux procès.

 

Apothicaires.jpgIl s'agit de l'action qu'un certain Nicolas du Ruisseau, né en 1630, intenta à la communauté des maîtres-apothicaires de Paris à la suite de son échec à l'examen de maîtrise. Il était devenu apprenti chez un marchand apothicaire et épicier,, avait fait immatriculer son brevet d'apprentissage, fait un long voyage en Europe et en France. À son retour, il avait obtenu le privilège d'apothicaire de la Grande Ecurie du Roy et s'était établi rue Saint-honoré où il faisait de fort belles affaires.

 

En 1671, le désir lui vint de se faire recevoir dans la communauté des maîtres apothicaires de Paris : il présenta son certificat et versa les 900 livres exigées. Au moment de passer son examen, on exigea qu'il versât de nouveau une somme égale pour les jetons des maîtres et qu'il fasse les présents d'usage. Du Ruisseau refusa en invoquant de récents arrêts du Parlement. La corporation essaya d'abord de renvoyer aux calendes grecques le premier examen, puis, obligée de s'exécuter, s'arrangea de façon à ce que le candidat fût refusé. Le postulant demanda à être examiné par la Faculté de Médecine ; mais ne pouvant l'obtenir, il publia en mai 1673 un factum pour révéler au public « les intrigues qui règnent dans les examens des aspirants à la maîtrise ».

 

Du Ruisseau y affirmait que ses examinateurs, après lui avoir extorqué de fortes sommes et quelques banquets dispendieux, avaient refusé de lui faire subir les dernières épreuves parce qu'il avait brusquement interrompu ses libéralités. Le factum, c'est-à-dire le mémoire d'avocat qui fut imprimé à l'occasion de cette affaire, eut plusieurs éditions parce qu'il amusa beaucoup le public : la corporation des apothicaires transigea en rendant son brevet et son argent à du Ruisseau, qui chanta victoire dans une 2e édition de son libelle et en publia une troisième dans laquelle il intercala des scènes bouffonnes.

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 18:00

Paul Meyer, élu le 30 mai 1883 membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, communiqua bientôt à celle-ci le plus ancien document poétique sur Jeanne d'Arc : une ballade contre les Anglais qu'il avait trouvée dans les Archives du département de la Drôme et qui paraît avoir été composée en 1429.

 

JeannedArc.jpgAriere Englois, tornez ariere,

Vostre sort si ne resgne plus ;

Pensés deu treyner vous baniere

Que bons Fransois ont rué jus,

Par le voloyr dou roi Jhesus,

Et Janne, la douce pucelle ;

De quoy vous este confondus,

Dont c'est pour vous dure novelle.

 

De trop orgueilleuse maniere

Longuemen vous estes tenus.

En France est vous [tre] se met [i] ere.

Dont vous estes pour foulx tenus.

Faucement y estes venus,

Mès, par bonne, juste querelle,

Tourner vous en faut tous camus ;

Dont c'est pour vous dure novelle.

 

Or esmaginés quelle chiere

Font ceulx qui vous ont soustenus

Depuis votre emprisse premiere ;

Je croy qu'i sont morts ou perdus,

Car je ne voys nulle ne nus

Qui de present de vous se mesle,

Sinon chetis e maletrus,

Dont c'est pour vous dure novelle.

 

Pour vous gages, il est conclus,

Aiés la goute et la gravelle,

Et le coul taillé rasibus,

Dont c'est pour vous dure novelle.

 

Illustration : Jeanne d'Arc

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « Musée universel », paru en 1876

 

Un édit du roi Henri IV daté de 1607 sur les règlements de voirie dans Paris fixe des dispositions dans l'intérêt de la circulation et pour la sécurité des passants, encadrant la nature des objets en saillie devant les maisons.

 

Ces prescriptions ont surtout une efficacité réelle pour protéger les habitants contre les tentes abaissées devant les boutiques. Pendant les chaleurs, les commerçants ont naturellement besoin, pour s'abriter contre les rayons du soleil, de surbaisser le plus qu'ils peuvent les tringles en fer qui supportent la tente extérieure ; or, il arrive à chacun de nous d'éprouver la chose la plus désagréable du monde en se heurtant du chapeau contre ces tringles. Et, pour certaines personnes de haute taille, ce n'est pas le couvre-chef, c'est la figure qui rencontre cette malencontreuse barre de fer transversale. La hauteur de ces tentes est donc avec grande raison l'objet de prescriptions spéciales.

 

Sully.jpgLe monarque, ayant nommé Sully grand-voyer de France, s'exprime ainsi qu'il suit :

 

« Voulons aussi et nous plaist que lorsque les rues et chemins seront encombrez ou incombrez, nostre dit grand-voyer ou ses commis enjoignent aux particuliers de faire oster lesdits empeschements. Défendons à nostre dit grand-voyer ou ses commis de permettre qu'il soit fait aucunes saillies, avances et pands de bois, aux bâtiments neufs, et même à ceux où il y en a à présent de contraindre les réédifier, n'y faire ouvrage qui les puisse conforter, conserver et soutenir, n'y faire aucun encorbellement en avance, pour porter aucun mur, pands de bois ou autre chose en saillie et porter à faux sur les dites rues : ainsi faire le tout continuer à plomb, depuis le rez-de-chaussée tout contremont et pourvueoir à ce que les rues s'embellissent et élargissent au mieux que faire se pourra et en baillant par luy les alignements redressera les murs où il y aura ply ou coude... »

 

Ce qui suit est encore plus significatifs : « Comme aussy nous défendons à tous nos sujets de la dite ville de Paris faire aucun édifice, pands de jambes étrières, encognures, caves ny canal, forme ronde en saillie, sièges, barrières, contre-fenestres, huis de cave, bornes, pas, marches, sièges, montoirs de cheval, avenues, enseignes, établies, cages de menuiserie, châssis à verry et autres, avances sur la dite voyerie, sans le congé et allignement de nostre dit grand-voyer ou de ses dits commis, etc., etc. »

 

Les prescriptions royales ne furent pas observées de tout temps, car il y a un considérant ainsi conçu : « Et d'autant plus que la plus grande partie des abus qui se sont commis en ladite voyerie sont provenus des permissions que donnent les commis d'aucuns seigneurs hauts-justiciers, tant laïcs qu'ecclésiastiques, prétendans avoir droit de voyerie en nostre dite ville, fauxbourgs, prévoté et vicomté de Paris. » Cet édit coupa court à toutes les prétentions seigneuriales, tant laïques qu'ecclésiastiques.

 

Illustration : Sully

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « Le Journal amusant », paru en 1909

 

En 1909, le chroniqueur d'un journal humoristique aborde avec toute la malice due au sujet la divination par les grains de beauté.

 

La science divinatoire, comme toutes les autres sciences, d'ailleurs, étend chaque jour son domaine, explique-t-il. Voici maintenant qu'elle peut, dans une certaine mesure, définir le caractère et prévoir, parfois, l'avenir d'une personne par le seul examen de ses grains de beauté ! Un monsieur communique à la presse quelques-unes des règles établies par lui « à la suite d'observations longues et minutieuses ». Ecoutons ce minutieux observateur.

 

Grain-Beaute.jpgQuand une dame a un grain de beauté sur l'estomac, soyez certain qu'elle aime la bonne chère et même qu'elle est gourmande. Sur les reins, le grain de beauté est un fâcheux présage ; il signifie « infortune » – à moins qu'il ne soit double, car, alors, il annonce « réelle richesse à quarante ans ». Sur un beau front – étoile noire sur un ciel de lait – le grain pronostique « opulence, hautes dignités ». (Et avec ça, madame ?)

 

Placé sous le bras, il indique que la dame ou la demoiselle possède ou possédera un mari excellent, qu'elle mettra, lui aussi, sous son bras. Un grain de beauté sur l'épaule, mauvaise affaire : c'est pour l'infortunée qui le porte « réclusion, captivité » avec un mari tyrannique et jaloux comme ses pieds. Deux grains de beauté sur la même épaule, c'est encore réclusion, mais volontaire : le couvent, par exemple... Mais deux grains de beauté symétriques, c'est, au contraire, du nanan : « Vie heureuse à la campagne. »

 

Sur le sein droit, le grain se traduit : « Honneur acquis par des talents », il attire sur l'autre sein le ruban violet, voire le rouge. Sous le sein droit, il dit « bonheur dans une douce aisance » ; sous le sein gauche « caractère et destinée maussades » ; sur le coeur « malice » ; sur...

 

Mais souffrez que j'interrompe ici, par pudeur, mes révélations. Les lectrices qui souhaiteraient dès éclaircissements complémentaires n'ont qu'à m'écrire aux bureaux du journal (timbre pour réponse). Je dois ajouter que l'examen direct est infiniment préférable aux explications échangées par correspondance et que le mieux est de me fixer un rendez-vous pour que je puisse me rendre compte de visu (envoyer photo, avant tout).

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « La Revue hebdomadaire », paru en 1901

 

Qui ne connaît à Paris le charmeur d'oiseaux du jardin des Tuileries, interroge en 1901 La Revue hebdomadaire ? Les journaux illustrés ont publié sa photographie, et grâce à eux sa célébrité est aujourd'hui répandue dans toute la France et bien au delà de nos frontières. Le charmeur s'appelle Henri Pol. Il y a une douzaine d'années qu'il vit familièrement et en parfaite entente avec les pierrots et pierrettes, friquets et friquettes, et il s'est établi entre eux et lui une véritable intimité née de la joie et de la sympathie.

 

Henri-Pol.jpg

 

Ces moineaux, jeunes et vieux, forment aujourd'hui une même famille en relation quotidienne avec celui qu'ils traitent en ami ; ne s'effarouchant point à son approche comme ils feraient à l'arrivée de tout autre, voletant au-devant de lui, se posant sur sa main, se perchant sur ses doigts. Et chacun d'eux a son évolution particulière dont le but est en réalité d'attraper ou de recevoir le morceau de pain offert ou guetté. Chose curieuse, ces moineaux – ils sont maintenant une quarantaine – ont tous un nom distinct, et lorsque le charmeur le prononce avec une intonation significative, avec un geste bien expressif, ils accourent tour à tour à l'appel, à l'invite, Nicolas, Toto, Quat'sous, Garibaldi, Jambe-de-Bois, Mme Longbec, Belle-Etoile, la Goulue, Marguerite, Ferdinand, Robinet, Joséphine, Gabriel, le Boer, Biribi, le Père François, obéissent à l'œil, et prouvent par leurs mouvements, qui n'ont rien d'automatique, qu'ils agissent avec mémoire, jugement, raisonnement; qu'ils s'entendent, quand il le faut, à la prudence ou à l'abandon, tels de petits bonshommes, de petites personnes donnant des marques d'attachement et de reconnaissance et faisant preuve d'un incontestable esprit d'observation.

 

L'étude de ces familiers de M. Pol est des plus captivantes. Elle prête à toute une série de remarques zoologiques, surtout en ce qui concerne l'apprivoisement. Elle permet de constater chez le moineau une intelligence, inférieure sans doute, mais nettement accusée, qui procède en partie de sa mémoire merveilleuse, en partie aussi d'une association d'impressions. Il y a là un premier élément très rudimentaire de réflexion, ou, comme on l'a dit, une trame sur laquelle la conscience de l'acte produit et voulu se dessine, sans dépasser un certain degré d'initiative mais aussi sans être une démonstration purement automatique. Dans ces conditions, le charmeur du jardin des Tuileries rend de vrais services à la science. Ceux qui passent ou s'arrêtent pour le voir entouré de sa petite troupe ailée se figurent qu'il se livre à un simple amusement. C'est une erreur. Il recueille des données admirablement utiles dont la psycho-zoologie fera un jour ou l'autre son profit.

 

Octogénaire, Henri Pol mourut le 17 juin 1918 à la maison de retraite de Chardon-Lagache.

 

Illustration : Henri Pol dans le jardin des Tuileries vers 1910

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « Musée universel », paru en 1875

 

Le célèbre diamant appelé Sancy, pesant 55 carats, appartenait à la maison de Bourgogne et fut perdu par Charles le téméraire à la défaite de Granson. Ramassé par un paysan, il passa de main en main, et fut vendu à Lucerne en 1492, au prix de 5000 ducats.

 

Aurora-Demidov.jpgPossédé quelque temps par la couronne du Portugal, il fut acheté à la mort du dernier descendant de la maison de Bragance, détrôné et exilé, par Nicolas de Harlay, sieur de Sancy, en 1570 – lequel deviendra surintendant des finances du roi Henri IV. Il en prit le nom et l'a conservé. Passant entre les mains du roi d'Angleterre, du cardinal Mazarin, de Louis XIV, de la reine Marie-Antoinette, avant d'être perdu en 1792 puis d'être retrouvé deux ans plus tard, il fut vendu au prince russe Pavel Demidov (Paul Demidoff) en 1828.

 

Ce dernier le possédait encore au moment où une anecdote piquante émaille l'histoire mouvementée du Sancy. La princesse Demidoff visitait les galeries du Louvre en compagnie de l'aimable critique Jules Janin. Le Sancy brillait sur sa poitrine, retenant les plus d'un châle de l'Inde. La chaleur était étouffante : elle éprouva le besoin de se mettre à l'aise, et recourut au moyen le plus simple : elle défit son châle, le confia au bras de Jules Janin, et, ne sachant que faire du précieux bijou qu'elle venait de dégrafer, pria notre critique de s'en charger en même temps, ce qu'il fit de bonne grâce, fourrant le Sancy dans la poche de son gilet blanc.

 

Le lendemain, le prince Demidoff accourt à Passy de la part de la princesse. Il venait chercher le diamant ! « Le diamant ? s'écrie Janin. Que voulez-vous dire ? Ah ! Je me rapelle. Où est mon gilet ? Qu'ai-je fait de mon gilet ? » On appela la bonne. Elle ne sait ce qu'on lui veut. Le gilet blanc ! Mais elle vient de le donner à la blanchisseuse. On se précipite chez la blanchisseuse ; celle-ci venait de mettre le gilet à la lessive ; elle n'y avait rien remarqué d'extraordinaire.

 

« Attendez cependant ! Dans l'une des poches, il y avait un bouchon de carafe, et comme ce morceau de verre me paraissait sans valeur, je l'ai donné à mon petit garçon, qui joue dans la cour. » Dans la cour, en effet, le gamin faisait sauter le Sancy, tout joyeux d'avoir une bille plus grosse que les autres. Il se laissa arracher son jouet sans trop de résistance, et ouvrit de grands yeux étonnés en voyant le prince et le critique se livrer à une pantomime expressive que ne semblait pas mériter la possession d'un simple morceau de verre.

 

Illustration : la princesse Aurora Demidov et son fils

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 20:50

Réclame parue en 1906 dans « Le Petit Parisien. Supplément littéraire illustré »

 

Pilules-Pink.jpgElle y avait foi. Elle avait raison. Les pilules Pink l'ont guérie.

 

Quand Mlle Elisabeth Roumagnac de Balart s'est sentie anémiée, lorsqu'elle s'est aperçue que mangeant de moins en moins, elle perdait ses forces et que consultant son miroir elle s'est vue de jour en jour une plus mauvaise mine, elle a décidé qu'elle prendrait les pilules Pink.

 

Les pilules Pink lui inspiraient confiance. Elle avait remarqué sur les journaux les nombreuses attestations de guérison qui y sont régulièrement publiées, on lui avait d'autre part beaucoup parlé de ce médicament et elle savait que telle et telle personne de la localité et des environs s'étaient fort bien trouvées de ce traitement. Mlle Elisabeth Roumagnac de Balart a justement pensé que les pilules Pink qu'elle allait acheter chez son pharmacien ne seraient pas différentes de celles qui avaient guéri d'autres jeunes femmes malades comme elle-même, et qu'il y avait par conséquent de grandes chances pour que les pilules Pink la guérissent aussi. Elle avait parfaitement raison. Elle a été guérie.

 

« Les pilules Pink, écrit-elle, m'ont fait beaucoup de bien. Depuis quelque temps je ne me portais pas bien. A proprement parler, je ne souffrais pas énormément, mais je sentais positivement que mes forces s'en allaient, et que j'allais bientôt tomber très sérieusement malade. Je ne pouvais pas me faire d'illusions et me dire que ça allait se passer. Les différents malaises que j'éprouvais devenaient plus fréquents et plus intenses, mon appétit autrefois excellent s'était fait capricieux et avait ensuite diminué au point que je mangeais juste de quoi ne pas mourir de faim.

 

Mlle-Roumagnac.jpg« Cela n'empêchait pas d'ailleurs mon estomac de me faire souffrir et mes digestions d'être très pénibles. J'étais très pale, très faible et avais très souvent la migraine. J'ai pris les pilules Pink et dès les premiers jours mon état s'est amélioré, mon appétit surtout s'est développé. M'alimentant mieux, digérant bien, j'ai senti mes forces revenir. On a constaté aussi que j'avais meilleure mine. Enfin après avoir pris le contenu de trois boîtes j'étais parfaitement rétablie. »

 

Mlle Elisabeth Roumagnac de Balart habite Villariès, canton de Fronton, Haute-Garonne. Ayez confiance aux pilules Pink, elles ne peuvent que vous faire du bien. Les pilules Pink ne sont pas un remède nouveau, un remède qui ait à faire ses preuves. Les pilules Pink sont vendues sur la recommandation de ceux qu'elles ont guéris et tous les jours en lisant vos journaux vous pouvez lire des attestations sincères de guérisons, attestations toujours nouvelles et toujours accompagnées du nom et de l'adresse de la personne guérie.

 

On peut se procurer les pilules Pink dans toutes les pharmacies et au dépôt : pharmacie Gablin, 23 rue Ballu, Paris. 3f50 la boîte, 17f50 les 6 boîtes franco. Les pilules Pink donnent du sang, donnent de l'appétit et des forces, favorisent les digestions et la nutrition. Elles tonifient le système nerveux. Elles sont indispensables à tous les affaiblis, à tous les épuisés.

 

2e illustration : Mlle Roumagnac de Balart

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « Revue des traditions populaires », paru en 1899

 

Dans la nuit de la Toussaint, en Franche-Comté, on sonne les cloches pour les âmes en peine, depuis la tombée du jour jusqu'au matin. Il n'est pas rare de voir, dans les villages, les habitants s'offrir à relayer le sonneur : c'est une oeuvre pie. Chacun va sonner « une volée » pour le repos de l'âme du mort qui lui est cher, parent ou ami; puis on se retire après avoir récité un de profundis.

 

Purgatoire.jpgQuant au sonneur professionnel, pour le récompenser de sa fatigue, il est autorisé à aller à domicile quêter du vin dans un baril. C'est peut-être de cet usage que vient le proverbe : « boire comme un sonneur ». A Montbéliard, à la fin du XIXe siècle, les crieurs de nuit s'en allaient par les rues, agitant une clochette et chantant des psaumes. De temps à autre, quand un psaume était terminé, ils criaient :

 

Réveillez-vous, bonnes gens qui dormez !

Ne dormez pas si fort

Que vous ne songiez à la mort,

Priez pour les Trépassés,

Que Dieu veuille leur pardonner.

 

Cette nuit de la Toussaint, veille du Jour des Morts, a particulièrement frappé l'esprit des populations de nos campagnes. C'est vers la douzième heure que se produisent les apparitions lugubres ou fantastiques ; les morts reviennent au foyer ancestral, demander des prières ; on les voit errer par les chemins, leurs ombres apparaissent au-dessus des tombes des cimetières. A Scey-en-Varais (Doubs), c'est durant cette nuit qu'on entend les hurlements des chiens, le galop des chevaux et les sonneries de cor du « chasseur maudit » qui chevauche à travers les nuées.

 

A Faucogney, à Saint-Bresson et dans d'autres localités de la Haute-Saône, le jour de la Toussaint, les villageois s'habillent en deuil et vont à l'église ; ils ont les poches pleines de noix, de noisettes et de pommes. Après avoir prié, ils distribuent ces menus fruits aux enfants qu'ils ont amenés avec eux. Ailleurs, ce sont les jeunes gens qui, en ce jour de Toussaint, donnent à leurs bonnes amies ces mangeottes dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, en octobre, à la Saint-Simon.

 

Une superstition encore très répandue dans le Doubs et principalement dans la Haute-Saône (Lure, Luxeuil, Faucogney, Saint-Bresson, Mancenans), consiste à manger du millet au repas du soir : autant de grains avalés, autant d'âmes délivrées du purgatoire. C'est un procédé beaucoup plus économique que de faire dire des messes ; aussi l'usage persiste-t-il, en dépit des remontrances des curés. Le millet ou pilé, qui était jadis un mets populaire, n'est plus guère consommé aujourd'hui qu'en cette occasion. Certains qui croient que les âmes font leur purgatoire dans la maison même où elles étaient incarnées, et tout au bout de la crémaillère qui pend dans le feu. Aussi a-t-on soin de lever « le cramail » aussi haut que possible pour qu'elles souffrent moins.

 

Dans plusieurs localités, notamment à l'Isle-sur-le-Doubs, à Lure (Haute-Saône), on illumine les cimetières la nuit de la Toussaint. On plante de petits cierges allumés sur les tombes et on éclaire l'intérieur des monuments où se trouvent des chapelles. Si à l'occasion de plusieurs fêtes de l'année, notamment à Pâques, aux Rogations, à l'Ascension, il était interdit de faire la lessive sous peine de voir mourir le chef de la maison, cette prohibition existe également pour la semaine qui précède la Toussaint. La prédiction funèbre s'applique non seulement au patron, mais à l'imprudente lessiveuse, qui « lave son suaire » si elle enfreint cette défense.

 

Parmi les dictons répandus dans ce pays, citons :

 

De la Toussaint à la fin de l'Avent (3 décembre)

Jamais trop de pluie ni trop de vent.

 

Plus il gèle avant la Toussaint

Plus il gèle après Pâques.

 

La Toussaint venue,

Quitte la charrue.

 

Tel temps à la Toussaint,

Tel temps à Noël.

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