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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 08:55

D'après « La Chronique médicale », paru en 1908

 

Au XVIIe siècle, on recherchait encore avec ardeur la pierre philosophale, et avec elle le secret du bonheur. Voici ce qu’écrivaient deux jeunes gens appartenant à une des premières familles de Hollande et venus en France pour achever de polir leurs mœurs et compléter leur éducation, Messieurs de Villiers — leur oncle, M. Someledick, ancien ambassadeur des Pays-Bas à Paris, était en correspondance avec Mazarin, et figurait dans son pays au premier rang des amis de la France —, dans leur Journal d’un voyage à Paris :

 

« Le 10 janvier 1657, nous fûmes voir le Temple, qui est une espèce de ville ceinte de murailles, où logeaient les anciens Templiers avant leur suppression, et où les rois de France demeurèrent quelque temps et mirent leur trésor et leurs archives dans la grosse tour, et enfin en gratifièrent les Chevaliers de Malte. Il est encore depuis renommé par ce merveilleux artisans le Sieur d’Arce qui a trouvé l’invention de contrefaire les diamants, émeraudes, topazes et rubis dans laquelle il a si bien réussi, qu’en peu de temps il a gagné une si grande somme d’argent qu’il tient carrosse, et a fait bâti deux corps de logis dans le dit enclos ; en l’un il demeure et l’autre il le loue. »

 

Bagues-XVIIIe-copie-1.jpg

 

Tallemant parle d’une dame qui était « toute parée de pierreries du Temple », et ajoute en note : « Pierres fausses. Il y a un homme qui a trouvé le secret de colorer les cristaux. » Plus de cent ans après vivait, sur le quai des Orfèvres, un joaillier et marchand de faux diamants nommé Georges-Frédéric Strass, né vers 1700 à Strasbourg, et mort à Paris le 22 décembre 1773. On suppose que ce fut son père, ou l’un de ses parents, qui inventa le strass. Pour lui, il fit une belle fortune, en vendant de ces faux diamants aux femmes qui n’étaient pas assez riches pour en acheter de vrais.

 

Illustration : Bagues du XVIIIe siècle

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 08:55

D'après « Musée universel », paru en 1873

 

On connaît la vivacité de langue des méridionaux. Il est rare que cette vivacité ne s'en tienne pas à une exubérance de gros mots. Le droit de s'injurier, sans que cela tire à conséquence, est un de ceux qui paraissent leur avoir été de tout temps le plus cher.

 

Nous en trouvons un curieux exemple dans un des chapitres du traité soumis en février 1448 par les consuls de la ville de Cannes à l'approbation de l'abbé de Lérins, leur seigneur. Entre autres privilèges que réclament du puissant abbé ses hommes-liges et sujets, figure celui-ci :

 

Provencal.jpg

 

« Ch. 25. Item. Pour les paroles injurieuses dites par les habitants les uns les autres au conseil qu'ils tiennent, comme aussi par les femmes au four pour cuire leur pain, on ne puisse faire aucune information ny chastiment, ni aussi celui ou celle contre lequel ou laquelle telles parolles seront esté proférées les puissent réputer injures. »

 

A cette demande étrange des Cannois, la teneur de la réponse de l'abbé fut :

 

« Des paroles légères et non autres, il plaît. » L'abbé Alliez qui cite dans son travail sur les Iles de Lérins un certain nombre de chapitres du traité en question signale, à propos de ce droit de s'injurier impunément réclamé par les anciens habitants de Cannes, qu'au milieu du XIXe siècle on entendait encore quelquefois dans le pays, au milieu d'une dispute, ces mots : Francs de procès ! Cela signifiait qu'avant de s'injurier ou de se battre on renonçait d'avance, en présence de témoins, à toute poursuite judiciaire ultérieure.

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 10:55

D'après «  Touche-à-tout. Revue hebdomadaire universelle illustrée » paru en 1804 et « Code Napoléon, mis en vers français » paru en 1811

 

Dès que le Code Napoléon ou Code civil, promulgué le 21 mars 1804, fut imprimé, un rimailleur, Benoît-Michel Decomberousse (1754-1841) entreprit de le mettre en vers et de le publier anonymement. Auteur de plusieurs tragédies, il avait été député à la Convention, membre du Conseil des Anciens puis chef de bureau au ministère de la Justice.

 

Ce travail lui prit sept ans, de 1804 à 1811. Et il le dédia à l'impératrice Marie-Louise, à qui il expliquait, ainsi, dans sa préface, ce qu’il avait voulu faire :

 

Cet ouvrage immortel, qu’au milieu de ses sages

A consacrer par ses nobles suffrages

Celui qui peut mouvoir à son gré l'univers,

Le Code, voit le jour sous l’ornement des vers.

 

L’emprunt inusité d'une telle parure,

Un essai si hardi doit armer la censure ;

Et, trouvant à reprendre encor plus qu'à louer,

Le dieu même du goût peut le désavouer.

 

C'est en vain que l'auteur, offrant pour son excuse

L’utilité du but qu'a poursuivi sa Muse,

Dira qu'il a voulu, par cette nouveauté,

Eveiller des lecteurs la curiosité,

 

Répandre quelques fleurs sur une étude aride,

En étendre le cours, le rendre plus rapide,

Graver dans la mémoire avec plus de succès

Les principes fixés du droit civil français,

 

Et, jusques au beau sexe, ouvrir une carrière

Qui, pour lui, ne doit plus demeurer étrangère ;

Eût-il avec bonheur accompli ce projet,

On pardonnera peu le choix de son sujet.

 

Mais, fuyez détracteurs, vous cessez d'être à craindre,

Si ce livre à Louise une fois peut atteindre,

Si, ses yeux indulgents s'abaissant jusqu'a lui,

Il peut recevoir d'elle un éclatant appui.

 

Louise, Reine illustre, auguste Impératrice !

Des fruits d'un tel travail deviens la protectrice :

Au Code, ton époux, le grand Napoléon,

A la fois imprima son génie et son nom ;

 

Il y dicta ces lois de sagesse profonde

Qui doivent gouverner tous les peuples du monde,

Surpassant les héros à titre de vainqueur,

Les surpassant encor comme législateur ;

 

Daigne t’associer à ses hautes pensées

Qu'une Muse fidèle en vers a retracées ;

Plus on connaît ses lois, plus sa gloire s’étend ;

Elle est aussi la tienne, et sur toi se répand.

 

A côté de son nom que tout immortalise,

Souffre qu'on donne place à celui de Louise,

A cet heureux signal le beau sexe empressé,

Du temple de la loi trop longtemps repoussé,

 

Va, pour le visiter sous sa forme nouvelle,

Se présenter en foule et disputer de zèle ;

Ses droits y sont écrits, ses devoirs rappelés,

Tour-à-tour à ses yeux ils seront dévoilés ;

 

Les femmes à l 'envi, mères, filles, épouses,

De les connaître enfin se montreront jalouses,

Et la raison, guidant les esprits et les cœurs,

Etendra son empire avec celui des mœurs.

 

Des mœurs ! source de l'ordre et des vertus civiles

Qui rendent les états florissants et tranquilles.

Tel sans doute sera l’inévitable effet

De ce charme puissant, de ce charme secret

 

Qui suit les noms connus par un grand caractère,

Et que le ciel propose en exemple à la terre,

Heureux les éditeurs, et mille fois heureux,

S’ils ne sont point déçus dans leurs timides vœux !

 

Mais quel que soit l’accueil qu’éprouve leur hommage,

Ils n'en pourront pas moins se rendre témoignage

Qu'il était un devoir ; et qu'ils n'ont écouté

Que le pur sentiment qui le leur a dicté.

 

Code-Napoleon.jpg

 

Et voici un exemple de sa façon d'exposer les lois sur le divorce :

 

On ne peut du divorce ent'ouvrir la carrière

Par le consentement mutuel des époux.

Lorsque du mari l'âge est encore au-dessous

De cinq lustres complets ou quand femme mineure

N'a, de vingt et un ans, compté la dernière heure !

 

Et, au sujet des contrats de louage :

 

On loue en général toutes sortes de meubles.

On peut louer aussi toutes sortes d'immeubles.

 

Decomberousse avait compté être décoré. Il n'obtint de l’Empereur, que des compliments.

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 11:55

D'après « Curiosités historiques et littéraires », paru en 1897

 

Autrefois les couteaux de table étaient généralement pointus ; ils furent, paraît-il, arrondis en vertu d'un édit.

 

« On rapporte, dit Havard dans son Dictionnaire de l’ameublement, que le chancelier Séguier avait l'habitude de se curer les dents avec son couteau ; le cardinal de Richelieu, dînant un jour à la même table que le chancelier, fut indigné de cette grossièreté ; il commanda à son maître d'hôtel de faire arrondir ses couteaux.

 

Couverts-FB.jpg

 

« L'exemple du cardinal fut suivi les grands seigneurs d'abord, puis les bourgeois l'imitèrent, si bien qu'en 1669 un édit fut rendu qui défendait à toutes personnes de posséder chez soi des couteaux pointus. »

 

Illustration : Couverts armoriés fabriqués vers 1680

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 09:55

D'après « Musée universel », paru en 1876

 

Le système de télégraphie inventé par les frères Chappe, à la fin du XVIIIe siècle, parut un progrès considérable. C'est celui qui fut en usage pendant la première moitié du XIXe siècle.

 

Voici en quels termes le Journal des Débats parlait, en 1829, de ce télégraphe et de la rapidité de son mode de transmission : « La nouvelle de l'élévation de Pie VIII au pontificat partit de Rome le 31 mars à huit heures du soir, par un courrier, et arriva le 4 avril à Toulon à quatre heures du matin. Quatre heures après, elle était parvenue à Paris par le télégraphe. A onze heures on avait fait réponse. Le courrier, reparti de Toulon, à une heure après midi, était de retour à Rome le 7 avril à huit heures du soir.

 

Telegraphe-Chappe

 

« Ainsi la nouvelle de l'exaltation du Saint-Père est arrivée à Paris en quatre-vingt-quatre heures ; et il a fallu seulement huit jours à l'ambassadeur de France pour recevoir la réponse de ses dépêches : neuf cents lieues ont été parcourues en soixante-dix heures, en défalquant vingt-quatre heures perdues. Il n'y a peut-être jamais eu exemple d'une pareille rapidité. »

 

Parmi les autres systèmes télégraphiques essayés dans le passé, il en est un généralement peu connu : c'est celui dont on s'avisa en 1742, pour connaître l'élection de l'empereur faite par la Diète dans la ville de Francfort. Voici ce que Barbier raconte dans son journal :

 

« La grande inquiétude de Paris est à présent l'élection de l'empereur, qui a dû se faire le 24 de ce mois ; tout était préparé pour cela. On dit qu'on a proposé à M. le cardinal de faire savoir cette nouvelle de Francfort en cinq heures, par le moyen de canons qu'on aurait posés de deux lieues en deux lieues. Mais le transport des canons pour cette opération aurait coûté 12 000 livres, et M. le cardinal n'a pas voulu faire cette dépense. »

 

Ce moyen était ingénieux, quoiqu'un peu coûteux, et nous ne savons pas qu'on ait eu d'autres fois l'idée de s'en servir.

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 08:55

D'après « Le Petit Parisien : supplément littéraire illustré », paru en 1911

 

Au début du XXe siècle, le métier de marchands de marrons est de plus en plus âpre : les emplacements où ils s'installent sont de plus en plus cher et, le nombre de marchands augmentant, trop de concurrents se disputent la clientèle. Aussi, les mauvais jours approchant, dans le monde des marchands de marrons entend-on le même espoir exprimé : « Pourvu que l'hiver soit rude et que les passants aient besoin de nos châtaignes brûlantes ! »

Un soir, la célèbre comédienne Sarah Bernhardt, revenant accompagnée d'amis, eut l'idée, en passant par la rue de la Chaussée-d'Antin, de réchauffer ses mains au poêle d'un marchand de marrons du nom de Pédriat, et de dévaliser la poêle à rissoler. Affolé par les mines aimables de la grande artiste, le marchand se montra d'un lyrisme à élever la température de son fourneau ; il hasarda même un commencement de déclaration.

Sarah-Bernhardt-FB.jpg

 

Très amusée, Sarah Bernhardt versa sa bourse entre les mains du galant Auvergnat et partit en promettant de revenir. Elle revint, en effet, et chaque fois avec de nouveaux amis. Ainsi une clientèle aussi généreuse que bienveillante se forma autour du marchand ébloui. Au bout de l'année, il avait réalisé six mille francs de bénéfice, et il revient à Saint-Flour, son pays natal, avec des allures de nabab rêvant de subjuguer le monde.

Hélas ! L'année suivante, Sarah Bernhardt avait oublié Pédriat ! La clientèle amenée par la tragédienne déserta le fourneau du marchand de marrons. Or, celui-ci avait fait des frais pour recevoir dignement des acheteurs aussi chics. Il ne put les couvrir et ce fut bientôt un plongeon dans la faillite. Désespéré, Pédriat quitta Paris, traqué par ses créanciers, et depuis ne fut plus aperçu. On sut, plus tard, qu'il était mort quelques années après, en proie à un chagrin intense et dans une misère noire : la bonne fortune du pauvre diable n'avait pas duré longtemps.

 

Illustration : Sarah Bernhardt, par Marie-Désiré Bourgoin

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 08:55

D'apès « Choix d'anecdotes et faits mémorables » (volume 2), paru en 1792

 

Le roi Charles V mourut en 1380 à quarante-trois ans. Malgré l'état déplorable où la perte de la bataille de Poitiers et la prison du roi Jean le Bon avaient plongé le royaume, ce prince, vrai restaurateur de la monarchie, remporta plus d'avantages et gagna plus de batailles, sans sortir de son cabinet, que les rois les plus guerriers à la tête de leurs armées.

 

« Il n'y eut jamais roi de ce France, disait Edouard roi d'Angleterre, qui ait moins porté les armes que Charles V, et qui, toujours la plume à la main, ait plus inquiété ses ennemis. »

 

C'est le premier de nos rois qui, depuis Charlemagne, ait donné aux lettres un lustre réel, le premier qui ait procuré à la France une traduction française de la Bible, le premier qui ait eu une bibliothèque royale, et qui ait fait le fondement de l'immense collection que l'Europe entière admira plus tard.

 

Charles-V.jpg

 

Le sire de la Rivière, son chambellan et son favori, s'entretenant avec ce monarque sur le bonheur de son règne : « Oui, lui dit Charles, je suis heureux, parce que j'ai la puissance de faire bien à autrui. » Ce monarque aimait et cherchait ceux qui cultivaient les lettres, ou la sapience, comme on parlait en ce temps-là. Il répondit un jour à des murmures qu'il savait qu'on en faisait : « Les clercs ont la sapience ; on ne peut trop les honorer... Et, tant que sapience sera honorée en ce royaume, il continuera en prospérité ; mais, quand déboutée en sera, il décherra. »

 

Il n'avait trouvé que vingt volumes dans sa bibliothèque ; il en laissa neuf cents. C'est ce qui a donné commencement à la bibliothèque du roi, la plus riche et la plus précieuse de l'Europe. On eut droit sans doute de dire de lui :

 

Ci-gît qui répara, quoiqu'il craignît la guerre,

Tous les maux qu'à la France avait faits l'Angleterre.

 

Illustration : Charles V

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 08:55

D'après « Choix de mots célèbres de l'Histoire », paru en 1869

 

A la bataille de Coutras qui eut lieu le 20 octobre 1587 (chef-lieu de canton de l'arrondissement de Libourne, en Gironde. Henri IV n'était encore que roi de Navarre), le futur Henri IV dit aux deux princes du sang, Condé et Soissons : « Je ne vous dirai autre chose, sinon que vous êtes de la maison de Bourbon. Vive Dieu ! Je vous montrerai que je suis votre aîné. »

 

Et il le montra bien. Plusieurs gentilshommes se mettant devant lui pour le couvrir et le défendre : « A quartier, je vous prie, leur dit-il, ne m'offusquez pas, je veux paraître. » Il enfonça les premiers rangs des ennemis, fit des prisonniers de sa main, et vint jusqu'à colleter Château-Renard, cornette d'une compagnie de gendarmes, en lui disant : « Rends-toi, Philistin. »

 

Henri-IV.jpg

 

La bataille gagnée, comme on lui dit que le corps d'armée du maréchal de Matignon (Goyon de Matignon, maréchal de France qui appartenait au parti de la Ligue catholique organisée en 1576 par le duc Henri de Guise contre les protestants) paraissait : « Eh bien, dit-il, mes amis, on verra ce qu'on n'a jamais vu, deux batailles en un jour. »

 

C'est le même roi, qui, après la bataille d'Arques (qui se déroula du 15 au  29 septembre 1589. Henri IV avait accédé au trône de France depuis le 2 août précédent), écrivit au capitaine Crillon Louis des Balbes de Berton de Crillon, vaillant capitaine aimé de Henri IV, né à Mure en 1541 et mort en 1615) qui n'avait pu y assister : « Pends-toi, brave Crillon, nous avons combattu à Arques, et tu n'y étais pas ! »

 

Illustration : Henri IV

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 08:55

D'après « Histoire physiologique et anecdotique des chiens de toutes les races », paru en 1867

 

L'aimable et spirituelle épistolière et courtisane Ninon de Lenclos avait pour médecin un petit chien svelte, mignon, à l’œil noir, au poil fauve, qu'elle appelait Raton. Quand Ninon allait dîner en ville, Raton l’accompagnait. Elle le plaçait dans une corbeille, tout près de son assiette. Raton laissait passer sans mot dire le potage, la pièce de bœuf, le rôti ; mais dès que sa maîtresse faisait semblant de toucher aux ragoûts, il grommelait, la regardait fixement, et les lui interdisait.

 

Quelques entremets n'éveillaient pas toute sa sévérité ; mais il y en avait qu'il proscrivaient absolument, surtout quand une odeur d'épices annonçait quelque danger. Le docteur jappant voyait de son corbillon passer et se succéder tous les services sans rien prendre pour lui, sans convoiter un os de poulet : ce n'était point un médecin prêchant la tempérance et gourmet à table ; quelques macarons suffisaient a son appétit.

 

Ninon-Lenclos.jpg

 

II permettait le fruit à discrétion ; mais, servait-on le café, la désapprobation était formelle : ses yeux devenaient demi-ardents de colère. Décoiffait-on l’anisette, Raton aussitôt de se serrer contre sa maîtresse, comme dans l’instant du plus grand péril, d'emporter entre ses dents le petit verre et de le cacher soigneusement dans le corbillon. Ninon feignait-elle de vouloir prendre du nectar prohibé, notre petit Sangrado se mettait à gronder ; Ninon insistait-elle, c’était bien autre chose ; il se démenait comme un lutin, et jamais Purgon, sur notre scène comique, ne parut plus emporté. Chacun se pâmait de rire en voyant la grande fureur hippocratique logée dans un corps si mince.

 

« Docteur, disait Ninon, vous me permettrez bien au moins de boire un verre d'eau ? » A ces mots, le gentil animal se radoucissait, il remuait la queue, sans plus de colère. En signe de réconciliation, Raton acceptait et grugeait une gimblette ; puis il faisait mille tours et sautait d'aise et d'allégresse d'avoir vu passer encore un repas conforme a l’ordonnance et qui ne devait pas nuire aux jours précieux de son inséparable amie.

 

Illustration : Ninon de Lenclos (1620-1705)

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 08:55

Extrait des « Lettres de Madame de Sévigné », paru en 1869

 

Il faut que je vous conte une petite historiette, qui est très vraie, et qui vous divertira, écrit Madame de Sévigné dans l'une de ses célèbres lettres, en date du 1er décembre 1664. Et de poursuivre ainsi :

Le roi se mêle depuis peu de faire des vers : messieurs de Saint-Aignan et Dangeau lui apprennent comment il faut s'y prendre. Il fit l'autre jour un petit madrigal, que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin, il dit au maréchal de Grammont : « Monsieur le maréchal, lisez, je vous prie, ce petit madrigal, et dites-moi si vous en avez jamais vu un si impertinent : comme on sait que depuis quelque temps j'aime les vers, on m'en apporte de toutes les façons. »

 

Antoine-Grammont.jpg

 

Le maréchal de Grammont, après avoir parcouru le madrigal en question, dit au roi : « Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses : il est très vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j'aie jamais lu. » Le roi se mit à rire et lui dit : « N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est un fat ? » — « Sire, il n'y a pas moyen de lui donner un autre nom. » — « Oh ! bien, dit le roi, je suis ravi que vous m'en ayez parlé si bonnement : c'est moi qui l'ai fait. » — « Ah ! sire, quelle trahison ! Que Votre Majesté me le rende, je l'ai lu brusquement. » — « Non, monsieur le maréchal, les premiers sentiments sont toujours les meilleurs et les plus naturels. »

 

Le roi, ajoute madame de Sévigné à qui l'on doit cette anecdote, a fort ri de cette folie; et tout le monde trouve que voilà la plus cruelle petite chose que l'on puisse faire à un vieux courtisan.

 

Illustration : Antoine de Grammont (1604-1678), pari et maréchal de France

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