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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 17:00

germaine-Stael.jpgD'après « Gazette anecdotique », paru en 1888

 

Ce qu'on appelle gaffe, explique en 1888 l’académicien Emile Faguet, c'est généralement ce que nos pères appelaient une impertinence (avant que le mot, perdant sa signification vraie, ne fût devenu tout simplement synonyme d'insolence). C'est à savoir une parole très mal à propos, un mot qui est celui juste qu'il ne fallait pas dire à telle personne, à tel moment, dans telle circonstance...

Il y en a de célèbres dans la littérature et dans l'histoire anecdotique. Il me semble que c'est dans Turcaret qu'il y a les plus fortes et les plus nombreuses. Le Sage aimait ce genre d'amusement qui est très fécond en effets comiques. Il y a des gaffes monumentales, comme celle de cet invité de Voltaire qui complimentait Mme Denis de la manière admirable dont elle avait joué Zaïre. « Oh ! Monsieur, répondait l'excellente femme, un peu ridicule mais excellente, il faut être jeune et belle pour bien jouer Zaïre ! – Oh ! Madame, répliquait avec empressement l'aimable courtisan, le parfait homme du monde, vous êtes bien la preuve du contraire. » Pour une gaffe, voilà une gaffe, c'est la gaffe classique, conclut Faguet.

Sous quelle rubrique classerons-nous celle de ce jeune innocent qui, assis entre Mme de Staël et Mme Récamier, s'écriait : « Me voici entre l'esprit et la beauté ! » Ce qui lui valut cette riposte de Corinne : « Sans posséder ni l'un ni l'autre ». Sainte-Beuve, qui cite également le mot dans un de ses Lundis (tome VIII des Nouveaux lundis dans l'article sur Marie Leckzinska) le donne d'une manière différente : « Un homme assis à table entre Mme de Staël et Mme Récamier s'échappa à dire : « Me voilà entre l'esprit et la beauté ! » ce qui fit dire à Mme de Staël, relevant la sottise : « C'est la première fois qu'on me dit que je suis belle ! »

 

Illustration : Germaine de Staël

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 20:35

Dans ses Mémoires, Louis Fauvelet de Bourrienne (1769-1834), qui fut un proche de Bonaparte avec lequel il avait été à l'École de Brienne en Champagne, s’exprime ainsi :

 

Napoleon-copie-2.jpgDans les premiers temps seulement que nous habitions les Tuileries, quand je voyais Bonaparte entrer dans le cabinet à huit heures du soir, revêtu de la redingote grise, je savais qu'il allait médire : « Bourrienne, allons faire un tour ! » Quelquefois alors nous allions marchander des objets de peu de valeur dans les boutiques de la rue Saint-Honoré, sans que nos excursions s'étendissent plus loin que la rue de l'Arbre-Sec.

 

« Pendant que je faisais dérouler sous nos yeux les objets que moi je paraissais vouloir acheter, lui, il faisait son rôle de questionneur ; il n'y avait rien de plaisant comme de le voir alors s'efforcer de prendre le ton léger et goguenard des jeunes gens à la mode. Qu'il était gauche à se donner des grâces, quand, rehaussant les coins de sa cravate , il disait : « Eh bien ! madame, que se passe-t-il de nouveau ? Citoyens, que dit-on de Bonaparte ? Votre boutique me paraît bien achalandée. Il doit venir beaucoup de monde ici. Que dit-onde ce farceur de Bonaparte ?... »

 

Qu'il fut heureux un jour ! Il nous arriva d'être obligés de nous retirer précipitamment pour fuir les sottises que nous avait attirées le ton irrévérencieux avec lequel Bonaparte parlait du premier consul.

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 21:12

Le terme d'enregistrer, dit l'historien Velly, était inconnu avant le roi saint Louis. Jusque-là les actes avaient été inscrits sur des peaux ou parchemins, cousus les uns au bout des autres, que l'on enroulait à la manière des anciens ; aussi, au lieu de dire les registres, on disait les rouleaux du parlement ou de tout autre corps ou institution.

 

Jean de Montluc, greffier en chef de la cour, recueillit en différents cahiers reliés ensemble les principaux textes d'arrêts ou d'ordonnances qui avaient été rendus avant lui et de son temps. Et ce sont ces compilations qui ont donné commencement aux expressions registre et enregistré, du latin registum, quasi iterum gestum, c'est-à-dire porté, rendu de nouveau, parce que recueillir ces textes c'était en quelque sorte leur donner une nouvelle existence.

 

Rouleaux-Parchemin.jpg

 

Cet établissement de registres est la véritable origine de l'enregistrement des ordonnances, lettres patentes, etc., formalité d'abord appliquée seulement aux actes publics, puis, plus tard, étendue aux actes privés ayant besoin d'une sanction légale.

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 19:02

Cathedrale-Reims.jpgLe Magasin encyclopédique ou Journal des sciences, des lettres et des arts de l’année 1799 (tome V) nous apprend que : « Le ministre de l'Intérieur vient d'écrire au ministre des Finances pour l'inviter à suspendre la vente de la cathédrale de Reims, dont le portail est un chef-d'œuvre d'architecture gothique. Le produit de la vente serait peu considérable et la conservation du monument est précieuse sous les rapports de l'antiquité et de l’art. Nous espérons en conséquence que des adjudicataires barbares ne porteront pas la hache sur ce beau monument, que la faux du vandalisme avait respecté, et n'ajouteront pas cette perte à toutes celles sur lesquelles gémissant les amis des arts. »

 

On trouve de même dans la Gazette nationale ou Moniteur universel du 23 nivôse an VII (12 janvier 1799), une note similaire : « Le ministre de l’Intérieur, informé que l’on se disposait à vendre la cathédrale de Reims, a écrit au ministre des Finances pour l’inviter à suspendre la vente d’un monument si précieux sous les rapports de l’antiquité et de l’art. »

 

La Gazette de France du 27 août 1912 nous révèle que Ramel, ministre des Finances de l’an VII, calcula sou à sou ce que produirait la démolition et le vente au détail de la cathédrale de Reims, et que l’homme qui sauva ce chef-d’œuvre menacé fut le Lorrain François de Neufchâteau, alors ministre de l’Intérieur.

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 18:30

Tandem.jpgPublié en 1889, le Traité de la conduite en guides et de l’entretien des voitures, par le commandant Jouffret, nous apprend d’où vient le nom de tandem, donné à ce qui à l’époque étaient des vélocipèdes à plusieurs places :

 

 « L'attelage avec deux chevaux placés en file est dit attelage en tandem ; on devrait plutôt dire attelage à la Tandem, car le nom vient de celui de lord Tandem, célèbre écuyer du temps de Louis XIII, qui attela le premier ainsi, et qui, dit-on, menait tellement vite qu'il faisait faire à son cheval de devant, dressé à la selle, mais attelé pour la première fois, tous les mouvements que l'on peut obtenir au manège, changement de pieds, d'allure, etc. »

 

C'est donc par analogie avec ce mode d'attelage qu'on a donné aux vélocipèdes portant deux ou plusieurs personnes, placées l'une à la suite de l'autre, ce nom de tandem, qui déroute d'autant mieux les curieux d'étymologies qu'ils croient voir là l'adverbe latin qui signifie enfin, dont on cherche vainement le rapport avec un appareil locomoteur.

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 18:37

General-Sarloveze.jpgD'après « La Joie de la maison », paru en 1898

 

De tous les duels qui eurent lieu sous le premier Empire, le plus extraordinaire, à coup sûr, fut celui des généraux Fournier-Sarlovèze et Dupont. Le premier a été un des officiers de cavalerie légère les plus remarquables de l'époque, le premier, sans contredit, après Murat et Lasalle ; le nom de l'autre est comme rivé à l'un des drames les plus poignants de l'histoire militaire : la capitulation de Baylen.

 

Or donc Fournier et Dupont eurent un duel, et ce duel dura... dix-neuf ans ! Etant tous deux capitaines, ils se prennent de querelle à Strasbourg et se battent ; prenant goût à la chose, ils s'alignent une deuxième fois, puis une troisième. Comme il n'y avait pas de raison pour que les rencontres ne se renouvelassent point tous les jours, d'un commun accord il fut résolu « que chaque fois seulement que .MM. Dupont et Fournier se trouveront à trente lieues de distance l'un de l'autre, ils franchiront chacun là moitié du chemin pour se donner un coup d'épée ».

 

Et il fut fait comme il avait été décidé, jusqu'au jour où, fatigués, — on le serait à moins, après dix-neuf ans de cet aimable métier, — les deux farouches adversaires finirent par se serrer la main. Les Mémoires du temps sont pleins, à ce sujet, d'histoires presque invraisemblables et dont on accepterait difficilement aujourd'hui l'authenticité, si l'absolue sincérité de ceux qui nous les racontent et la confirmation qu'on en peut trouver d'autre part n'étaient faites pour écarter tout doute possible.

 

Napoléon, pourtant, n'était pas tendre aux duellistes, témoin ce fait : la veille d'Austerlitz, deux capitaines de la garde se battent ; l'un est tué ; l'autre reçoit de l'empereur l'ordre de s'abstenir de prendre part à la bataille ; de douleur et de honte, le malheureux se fait sauter la cervelle.

 

Illustration : Le général Fournier-Sarlovèze

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 19:40

Birette.jpgD'après « La Tradition », paru en1895

 

Qu'est-ce donc que la Birette ? Une manière de revenant, bien entendu. Mais encore ? On l'a vue sous la forme d'un ours ou d'un cerf ; mais le plus souvent, elle revêt l'enveloppe d'un mousquetaire de la nuit, moustachu, couvert d'un manteau couleur de muraille et coiffé d'un feutre empanaché. Le fantôme alors s'en prend aux jeunes filles. Si, au contraire, c'est à des hommes qu'elle en veut, la Birette prend des allures d'une forte femme, long-voilée, avec des falbalas criards.

 

La Birette, comme de juste, choisit les coins sombres, les fossés profonds, les chemins déserts, les endroits écartés, elle ne s'écarte pas du programme. Là, tapie dans l'ombre, elle attend le passage des gens qu'elle veut effrayer et qui s'enfuient éperdus, croyant qu'ils ont le diable à leurs trousses : car, soudain, la Birette a surgi en jetant un cri pareil à celui de la chouette. « Voilà, disent les Petites Affiches Montargeoises, voilà où nous en sommes dans les dernières années du XIXe siècle, en plein Gâtinais, dans le canton de Montargis qui passe pour l'Attique du Loiret, une Attique où, on le voit, il reste encore pas mal de Béotiens. »

 

Surtout, n'essayez pas de persuader au fuyard qu'il est dupe d'un mauvais plaisant, d'un farceur de village : il vous soutiendra que c'est la Birette qui l'a poursuivi, qu'il en est bien sûr, ayant presque respiré son haleine puante, tandis que ses yeux dardaient sur lui deux charbons phosphorescents. — Et ses pieds ne chaussaient pas de vulgaires godillots ?... Non, ils étaient armés de griffes menaçantes. Toutefois, paraît-il, le métier de Birette n'est sans inconvénients, et il est arrivé que croyant s'attaquer à des poltrons maint escogriffe s'est trouvé en face de francs lurons, qui l'ont assailli à coups de trique, pour lesquels le fantôme n'a pas tardé à s'évanouir pour faire place à un être réel, mais dûment étrillé, penaud à faire plaisir, et guéri à tout jamais de l'envie de jouer à la Birette. Quant à l'étymologie du mot, eux-mêmes les antiquaires gâtinais déclarent y perdre leur latin.

 

Illustration : L'une des représentations de la Birette

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 19:59

Daubenton-copie-1.jpgD'après « Recueil des éloges historiques lus dans les séances publiques de l'Institut royal de France » (Tome 1), paru en 1819

 

Daubenton, collaborateur du célèbre naturaliste Buffon, avait acquis par ses travaux une espèce de réputation populaire qui lui fut très utile sous le régime de la Terreur. En l'an II, l'octogénaire Daubenton eut besoin d'un certificat de civisme pour conserver l'emploi qu'il avait au Cabinet  d'histoire naturelle.

 

Il fallait, pour ce faire, qu'il s'adressât à la section dite des Sans-culottes. Un professeur, un académicien aurait eu peine à l'obtenir. Quelques gens sensés eurent l’ingénieuse idée de présenter Daubenton sous le titre de berger, et ce fut le berger Daubenton qui obtint le certificat nécessaire au directeur du Muséum d'histoire naturelle. Voici cette pièce telle qu'elle lui fut délivrée :

 

« Appert que d'après le rapport fait de la société fraternelle de la section des Sans-culottes sur le bon civisme et faits d'humanité qu'a toujours témoignés le berger Daubenton, l'assemblée générale arrête unanimement qu'il lui sera accordé un certificat de civisme, et que le président de ladite assemblée lui donnera l'accolade avec toutes les acclamations dues à un vrai modèle d’humanité, ce qui a été témoigné à plusieurs reprises. » Signé, R. G. Dardel, président.

 

Illustration : Daubenton

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 20:28

Les ponts, écrit Édouard Fournier dans le Moniteur du 26 janvier 1853, qui n'avaient pas eu les frères pontifes pour bâtisseurs, ou dont la construction n'avait pas eu d'avance la sanctification des aumônes de la pénitence, étaient souvent regardés par le peuple comme des ponts maudits. C'était, disait-on, l'œuvre du diable ou celle des enchanteurs ses suppôts. Tous avaient leur légende, presque partout la même et dans laquelle le diable jouait d'ordinaire le rôle principal.

 

Par exemple, à Bonnecombe, près de Rodez, aussi bien qu'à Saint-Cloud, à Beaugency, et en d'autres lieux encore où la construction du pont était attribuée au même infernal architecte, on disait tout bas ce conte, que nous donnerons ici, d'après le récit de Monteil, au chapitre X du tome 1 de son Histoire des Français des divers Etats. Il suit la traduction de Bonnecombe, qu'il avait, dit-il, recueillie-lui-même sur les lieux :

 

Pont-Bonnecombe.jpg

 

« Le maire qui n'était pas sorcier, mais que les sorciers avaient engagé à entrer en négociation avec le diable, convint avec lui qu'aussitôt qu'il aurait terminé ce pont, dont la commune avait grand besoin, il lui donnerait la première créature qui passerait dessus. C'était un homme fin que ce maire, comme vous allez voir. Le jour convenu, loin d'aller se cacher dans le monastère, il se présenta hardiment le premier, au grand effroi de tout le peuple, devant l'entrée du pont; mais il lâcha un chat qu'il avait dans sa large manche. Le diable s'en alla tout honteux, tout confus, tirant le chat par la queue et faisant la plus laide grimace. »

 

Illustration : Pont de Bonnecombe (Aveyron) appelé Pont du Diable

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 18:00

Moliere.jpgSainte-Beuve, dans ses Nouveaux Lundis (tome V), fait une curieuse remarque, à propos d'une pièce de Molière.

 

« Sait-on, demande-t-il, quelle est la pièce en cinq actes, avec cinq personnages principaux, trois surtout qui reviennent perpétuellement, dans laquelle deux d'entre eux, les deux amoureux, qui s'aiment, qui se cherchent, qui finiront par s'épouser, n'échangent pas, durant la pièce, une parole devant le spectateur, et n'ont pas un seul bout de scène ensemble, excepté à la fin pour le dénouement ?

 

« Si l'on proposait la gageure à l'avance, elle semblerait presque impossible à tenir. Cette gageure, Molière l'a remplie et gagnée dans L'École des Femmes, et probablement sans s'en douter. Horace et Agnès ne se rencontrent en scène qu'au cinquième acte. »

 

En note, Sainte-Beuve ajoute qu’ « il y a une autre pièce très connue, où les amoureux ne se rencontrent aussi qu'à la fin : c'est Le Méchant de Gresset. »

 

Illustration : Molière dans le costume d'Arnolphe de l'École des femmes

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