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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 17:00

Chateaubriand.jpgDans ses Mémoires d’outre-tombe, François-René de Chateaubriand consigne l’anecdote suivante :

Un jour, passant à Lyon, une dame m'écrivit ; elle me priait de donner une place à sa fille dans ma voiture et de la mener à Paris. La proposition me parut singulière ; mais enfin, vérification faite de la signature, l'inconnue se trouva être une dame fort respectable ; je répondis poliment.

La mère se présenta avec sa fille, divinité de seize ans. La mère n'eut pas plus tôt jeté les yeux sur moi qu'elle devint rouge écarlate ; sa confiance l'abandonna :

 

– Pardonnez-moi, monsieur, me dit-elle en balbutiant, je n'en suis pas moins remplie de considération... mais vous comprendrez, les convenances... je me suis trompée... je suis si surprise...

J'insistai en regardant ma future compagne, qui semblait rire du débat ; je me confondais en protestations que je prendrais tous les soins imaginables de cette belle jeune personne ; la mère s'anéantissait en excuses et révérences. Les deux dames se retirèrent.

J'étais fier de leur avoir fait tant de peur. Pendant quelques jours, je me crus rajeuni par l'Aurore. La dame s'était figuré que l'auteur du Génie du Christianisme, vieux bonhomme grand et sec, prenait incessamment du tabac dans une énorme tabatière de fer-blanc et lequel pourrait très bien se charger de conduire une innocente pensionnaire au Sacré-Cœur.

 

Illustration : Portrait de Chateaubriand méditant sur les ruines de Rome, par Anne-Louis Girodet-Trioson (1808)

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 17:00

Victor-Hugo-copie-1.jpgSuite au coup d’Etat du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, Victor Hugo s'exile volontairement à Bruxelles du 5 janvier au 1er avril 1852 (il gagnera ensuite Jersey), en condamnant vigoureusement ce putsch et son auteur, le futur Napoléon III, dans un pamphlet qu’il publiera la même année 1852, intitulé Napoléon le Petit.

Lors de son séjour à Bruxelles, il habitait une pièce misérable au-dessus d'un débit de tabac, ce qui n'était pas fait pour adoucir son exil. Un soir qu'il travaillait plus tard que d'habitude, sa logeuse frappa à la porte.

– Monsieur, votre fils a-t-il la clef ? (Charles – deuxième fils de Victor Hugo – était sorti.)

– Non, madame.

– Comment faire alors ? (Elle tombait de sommeil)

– Couchez-vous. Je vais descendre dans votre boutique, j'écrirai tout aussi bien sur votre comptoir que sur ma table et j'attendrai mon fils.

Il s'installa dans le comptoir, se percha sur le haut tabouret de la marchande et écrivit là. Des clients attardés vinrent renouveler leur provision de tabac. Sa plume d'oie fichée sur l'oreille, imperturbable, le bonhomme contenta les acheteurs, rangea le gain dans le tiroir, et reprit, comme si de rien n'était, la suite de Napoléon le Petit.

 

Illustration : Victor Hugo en 1852

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 17:00

D'après « Histoire physiologique et anecdotique des chiens de toutes les races », paru en 1867

 

En 1770, le nombre des chiens de toute espèce était devenu si considérable dans le royaume, qu'une statistique, faite par ordre, avait constaté l'existence de 4 millions de ces animaux.

 

Chiens.jpg

 

Or, comme on avait remarqué que deux chiens absorbent autant de nourriture qu'une personne, il s'ensuivait que, dans un moment où les vivres étaient rares et chers, les chiens consommaient autant que le sixième de la population.

 

C'est à la suite de ces calculs et de ces constatations qu'on fut un instant sur le point d'établir un impôt de six livres sur chaque chien. On espérait ainsi en diminuer le nombre.

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 17:00

Poissard.jpgVoici quelques « aménités » du langage des halles au XVIIIe siècle, distillées par le chansonnier et dramaturge Jean-Joseph Vadé, inventeur du « genre poissard », genre théâtral et poétique imitant le langage et les mœurs du bas peuple des halles :

 

A l'adresse des femmes :

Cul pourri. Matelas d'invalides. Meuble de ménagerie. Pucelle de la rue Maubuée (rue peuplée de filles publiques). Coeur de citrouille fricassé dans la neige. Mine de pelure d'oignon. Cul de jument. Morceau de viande mal accroché. Gueuse à crapaud. Coffre à graillon. Poivrière de Saint-Côme. Dépendeuse d'andouilles. Magneuse de tuyaux de pipes. VOirie ambulante. Donneuse de nouvelles à la main. Chiffon ramassé dans les latrines.

 

A l'adresse des hommes :

Echappé de Bicêtre. Morceau de viande mal accroché. Cadavre pestiféré. Bouquet sans queue. Visage sans viande. Restant de galère. Vieux manche à gigot. Enseigne de cimetière. Visage de plâtre. Sac à vin. Vieux crocodile. Figure de mannequin.

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 17:00

D’après « La jurisprudence de la médecine en France, ou Traité historique et juridique des établissements, règlements, police, devoirs, fonctions, etc. » paru en 1763 et « Tableau de Paris » paru en 1781-1788

Jean-FernelOn dit que Henri II, explique Jean Verdier en 1763 dans La jurisprudence de la médecine en France que les fautes particulières des médecins physiciens étant fort difficiles à connaître et à prouver, on a peu d'exemples de punitions qui en aient été faites.

 Par arrêt du parlement de Paris du 25 avril 1727, explique-t-il, un médecin fut admonesté pour la première fois, pour avoir donné un remède violent qui pouvait guérir ou causer la mort en peu d'heures, et défense lui fut faite de récidiver, à peine d'être puni plus grièvement.

On dit que Henri II, ajoute Verdier, ordonna par un édit de 1556 que « sur les plaintes des héritiers des personnes décédées par la faute des médecins, il en serait informé et rendu justice comme de tous les autres homicides ». Dans son Tableau de Paris (fin du XVIIIe siècle), Louis-Sébastien Mercier relate l'existence de ce même édit, qui selon lui précisait en outre que « seront (les médecins mercenaires) tenus de goûter les excréments de leurs patients, et leur impartir toute autre sollicitude ; autrement seront réputés avoir été cause de leur mort et décès ».

Au sujet de la seule première partie de l'édit supposé, Verdier écrit qu'on ne voit que cette ordonnance qui soit particulière aux médecins qui, jusqu'alors n'avaient été compris, comme ils ne l'ont été depuis que dans l'ordre général. Il ajoute que quoique cette disposition de cette prétendue ordonnance de Henri II renferme quelque justice, cependant comme elle est tirée d'un recueil d'ordonnances presque toutes fabriquées, ridicules, et faites à plaisir, elle n'est d'aucune autorité.

 

Illustration : Jean Fernel, premier médecin du roi Henri II

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 17:00

Villers-Isle-Adam.jpgDans le numéro du 3 juillet 1894 du Journal, le dramaturge et chroniqueur Emile Bergerat nous apprend qu'Auguste Villiers de l'Isle-Adam (1838-1889), écrivain et dramaturge breton, composa un drame en un acte, une scène et une phrase, sans doute le plus court de l'histoire littéraire.

Il avait pour titre : La Méprise. Au lever du rideau, dans une demi-obscurité, un couple causait à voix basse et tranquillement de ses petites affaires.

 

Tout à coup, un homme, le jaloux, armé d'un revolver, émergeait de l'ombre, et, sans mot dire, foudroyait le couple à bout portant.

Alors la scène s'éclairait. Le justicier se penchait sur les cadavres pour les reconnaître, puis se redressait vivement, stupéfait, ahuri, et déclarait : « Il y a erreur ! Je me suis trompé !

 

Illustration : Auguste Villiers de l'Isle-Adam

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 17:00

D'après « Le Monde ilustré », paru en 1857

 

En 1857, un journaliste du Monde illustré s’insurge contre une mode exécrable, envahissante et obéissant selon lui à de prosaïques impératifs économiques, consistant à offrir chaque premier jour de l’an depuis 1848, des chocolats aux formes improbables se parant d’emballages clinquants et faits de ce cette « denrée collante et fadasse » osant se délayer dans du lait


Les événements de 1848 modifièrent foncièrement l'usage des étrennes. Aux dons élégants, choisis, précieux, que les hommes reconnaissants envoyaient aux personnes qui avaient pu ou su leur être agréables ou utiles, succédèrent brusquement les expédients économiques. On cessa de s'adresser au bijoutier, au dépôt des futilités en vogue, pour aller chez le confiseur avec une économie de 75 pour cent. Tel qui offrait jadis une bague, un bracelet ou un petit meuble d'art, envoya un sac de marrons glacés ou une boîte de pralines. Les marchands de chocolat profitèrent tout particulièrement de la situation, vu le bon marché de leur denrée, et se manifestèrent en annonces et réclames désordonnées.

Aimez-vous le chocolat ? Je suis du grand parti national qui l'exècre aussitôt après en avoir croqué l'équivalent d'un centimètre cube. Le mal est fait aujourd'hui, et, lancés par la révolution de février, les chocolatiers ont pris, dans l'industrie parisienne, une place déplorable ! Connaissez vous rien d'absurde comme les monuments ou objets divers dont ils croient orner leurs étalages ? Là, c'est l'arc de triomphe de l'Etoile – ou les chevaux de Marly – ou des potiches forme chinoise. Voilà un panier d'osier galvano-plasté, ou... plastiqué (horreur !), rempli de fleurs... en chocolat ; est-ce assez ridicule ? Chez cet autre, le chocolat déshonore les formes divines de la Vénus de Milo, ou ridiculise les traits bonasses de Béranger. J'ai vu hier un jeu d'échecs en chocolat ; Marie-Antoinette en chocolat ; un bracelet en chocolat ; une main élégante et fine qui avait eu la faiblesse de se laisser mouler dans cette pâte noirâtre et grossière !

Et c'est, soyez-en sûr, seulement depuis mil huit cent quarante-huit, que le chocolat a pris ces développements furieux. Les industriels qui le perpètrent sont aujourd'hui partout, dans les plus beaux endroits de la ville, avec leurs machines à haute et basse pression. Leurs roues, leurs cylindres, leurs engrenages font un bruit qui ameute les flâneurs stupides devant les glaces dépolies contre lesquelles la vapeur broie un cacao de plus en plus envahissant. Cette lourde, indigeste, somnifère et abêtissante denrée fait, d'années en années, de redoutables progrès, et, en outre, beaucoup de taches. Elle prend toutes les formes et tous les goûts pour s'introduire subrepticement dans toutes les familles, survivant avec fureur à ces années 1848 et 1849, qui la rendirent un moment nécessaire, plus qu’économique.

Celte année surtout, il y a, de la part du chocolat, des roueries incroyables pour se maintenir ailleurs que dans les cuisines. Il a pris des aspects politiques, religieux, artistiques, tout ! Sa pâte intrigante s'est coulée dans tous les moules, et si vous ne connaissez pas M. Ferdinand de Lesseps lui-même, le voilà à cet étalage. A côté de lui, c'est une bulle, toujours en chocolat, qui ferme à clef ! Puis ce sont les lions de Barye, ces terribles modèles, originairement coulés dans le plus terrible métal, le bronze. Peut-on, sans jeu de mots, voir rien de plus bête ?

La preuve que cette denrée collante et fadasse sait bien qu'elle est écœurante et qu'elle empâte avec une prompte satiété, c'est qu'elle fait toutes sortes d'efforts pour se déguiser en autre chose. Elle se parfume à la vanille, au citron, au salep de Perse, ou à la menthe... une autre horreur ! Le chocolat fait même semblant d'être au café, ou bien il se met en collaboration atroce avec le lait d'ânesse pour les poitrines faibles. Ajoutez tous les papiers, les clinquants, les faveurs, les cartonnages, les déguisements, enfin, dont il s'affuble, espérant n'être pas reconnu.

Récapitulons : il se fait hanneton, buste ou praline, voilà pour la forme; premier déguisement. Il s'assimile, s'incorpore toutes les saveurs, tous les goûts qu'il peut ; second déguisement. Il s'enveloppe de tous les papiers, paillons ou brimborions qu'il trouve, autre déguisement ! N'est ce pas là autant d'aveux de son impuissance, de son manque de charme intrinsèque ? S'il valait quelque chose autrement que délayé dans du lait, de loin en loin, à la table matinale, le chocolat aurait-il ce recours désespéré à tant de déguisements ?

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 17:15

D'après « Le Petit Journal illustré », paru en 1930

 

La récente élection de Miss France – concours initié en 1920 dont la lauréate se voyait décerner le titre de « La plus belle femme de France » avant qu'on opte pour « Miss France » à partir de 1926 – offre l'occasion début 1930 au journaliste J. Saint-Gilles, de signaler le même type de manifestation en Angleterre, mais pour les femmes de plus de 60 ans.

Agnès-SouretOn s'est beaucoup occupé, ces jours-ci, de l'élection de « Miss France », la jeune fille qui doit représenter la beauté française dans un prochain tournoi international, écrit-il. La jeunesse et la beauté réunies piquent la curiosité. Aussi n'a-t-on guère prêté attention à un petit événement signalé presque en même temps : à Nottingham, en Angleterre, a eu lieu, récemment, un concours de ce genre, réservé, lui, uniquement aux femmes ayant dépassé la soixantaine.

Il s'agissait de choisir la plus jolie vieille dame : or, celle qui l'emporta, et qui se nomme Mme Maria White, avait quatre-vingt deux ans. Peut-être allez-vous sourire ? Vous auriez tort. Loin d'être risible, cette initiative, quand on y réfléchit, paraît tout à fait charmante. Il existe, en effet, une beauté qui diffère selon les âges, la beauté éclatante de la vingtième année, la beauté discrète et réfléchie de la quarantaine, la beauté noble et pure de la vieillesse. Bien mieux, si la nature l'a mal partagée, il est difficile à une jeune fille ou à une femme de paraître jolie quand elle ne l'est point ; en revanche, on peut affirmer qu'une femme âgée, en dépit des traits du visage, peut toujours acquérir un certain charme qui la distingue des autres.

Ce charme est fait d'éléments très divers : les cheveux blancs, qui confèrent un air de dignité et, en même temps, adoucissent les traits ; la façon de porter la tête, l'allure, la démarche et les gestes empreints de noblesse et dont l'aisance s'acquiert peu à peu au cours d'une longue existence, le sourire indulgent, la voix, enfin, qui devient comme une caresse.

Regardez autour de vous et vous aurez la surprise de constater que des femmes, autrefois jeunes filles insignifiantes et mamans sans attrait, sont maintenant des grands-mères délicieuses. L'expérience de la vie a remodelé, pourrait-on dire, leur apparence physique et leur a donné une certaine beauté, celle de la vieillesse.

Voilà pourquoi le concours de Nottingham me semble plus intéressant à signaler que celui de Paris, écrit encore J. Saint-Gilles. Et j'ajoute que les réflexions que je viens de faire pour les femmes conservent toute leur valeur pour les hommes : nombreux aussi sont les « beaux vieillards » devant lesquels on s'incline avec autant d'admiration que de respect.

 

Illustration : Agnès Souret, élue « La plus belle femme de France » en 1920

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 17:11

Note-Musique.jpgC'est au XIe siècle qu'un moine italien, Guy d'Arezzo, remplaça les lettres dont on se servait pour la notation musicale par les six premières syllabes d'un hymne latin à saint Jean :

UT queant laxis
REsonare fibris
MIra gestorum
FAmuli tuorum
SOLve polluti
LAbii reatum

La note SI qui fut ajoutée plus tard fut formée des deux initiales de saint Jean : S.I. (Sante Iohannis)

Quant à la substitution de la syllabe DO à la place de UT, elle fut introduite au début du XVIIe siècle par le Florentin Giovanni Doni.

 

Le mot gamme lui-même vient de la lettre grecque gamma que l'on plaçait devant l'échelle des sons.

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 17:15

Louis-XID'après « Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres », paru en 1911

 

En 1911, Antoine Thomas, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, passant en revue les étymologies proposées pour rendre compte du mot français familier micmac (mot péruvien, d'après Huet ; mot emprunté de l'allemand mischmasch, d'après Littré ; nom d'une peuplade indienne du Canada, d'après d'autres), montre qu'aucune ne résiste à un examen critique.

Il est porté à croire que micmac, dont on n'a pas d'exemples avant 1642 et qui est parfois écrit, au milieu du XVIIe siècle, micquemacque et employé au féminin, est une altération de mutemacque « émeute », substantif féminin, d'origine flamande, qui a été de quelque usage en France au XVe siècle et qui offre la combinaison du substantif français muete (transcrit muit en flamand) et du verbe germanique maken « faire ».

Toujours est-il que les habitants de Reims, au commencement du XVIIe siècle, appelaient du nom traditionnel de « micmaque » une émeute sanglante qui avait éclaté dans cette ville en 1461 et que le roi Louis XI dans une de ses lettres closes, du 6 juillet 1477, appelle « la mutemacque ».

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