Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:15

Tournebroche.jpgD'après « Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris », paru en 1894

 

La croyance suivante existait encore à la fin du XIXe siècle dans le canton de Thiviers (Dordogne)  : « Un Roitelet tué le jour des Rois, enfilé dans une verge de noisetier, exposée au feu tournera tout seul ».

François Daleau, membre de la Société d’anthropologie de Paris, rapporte qu’un périgourdin, ancien berger, lui ayant dit avoir fait souvent pareille cuisine, ajouta que quel que soit le gibier et même le jour, la broche tournait. Comme saint Thomas, notre spécialiste a tenu à voir pour croire, et voici ce qu’il affirme avoir constaté de visu.

En janvier 1894, un malheureux moineau, tué d'un coup de fusil, fut plumé et embroché avec une jeune tige, verte, de noisetier – les deux extrémités de cette broche en bois ayant été appuyées sur deux chenets en fer (que les bergers remplacent par deux petites fourches en bois), le tout fut exposé devant un feu ardent – au bout de quelques minutes, la broche et l'oiseau ont tourné, d'abord très lentement, puis un peu plus vite jusqu'à ce que cuisson s'en suive.

Il va s'en dire que cette broche primitive tourne moins vite que celles que l'on adapte aux tournebroches modernes, explique Daleau, qui écrit que ce mode de cuisson lui a remémoré un système employé par les tonneliers girondins, dit la broche à la ficelle : on suspend une pièce de viande à une corde attachée à un clou fixé au manteau de la cheminée, dans laquelle brûle un bon feu. Le rôti, mis en mouvement par la ficelle qui se tord et se détord, arrive à cuire aussi bien qu'à la broche (mieux, disent les tonneliers). Il est entendu que le chef improvisé active le mouvement en tordant la ficelle de temps en temps.

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 17:15

D’après « Le Progrès médical », paru en 1931

Marquant notamment le millénaire de la disparition du médecin arabe Al Razi dit Rhazes (865-932), l’année 1932 prochaine offre l’occasion en juin 1931 au professeur Pierre Ménétrier (1859-1935), d’exposer comment la transmission du savoir médical de la Grèce antique aux Européens fut assurée par les Arabes.

Pierre-Menetrier.jpgDéjà avant la création de l'empire islamique, explique-t-il, d'importants foyers d'études s'étaient créés, au Ve et au VIe siècles dans l'Asie occidentale : ils étaient dus en grande partie à l'esprit philosophique et scientifique des Nestoriens – doctrine se réclamant du christianisme et affirmant que deux « personnes », l'une divine, l'autre humaine, coexistent en Jésus-Christ – persécutés à Byzance et qui avaient dû émigrer vers l'Est. Ils établirent d'abord en Mésopotamie, dans la ville d'Edesse (Orfa) un hospice public, où les élèves apprenaient la théorie et la pratique de la médecine. Ils durent par la suite se réfugier plus loin encore, jusqu'en Perse, où d'autres persécutés, les philosophes platoniciens chassés d'Athènes par l'intolérance de Justinien, s'étaient également établis. C'est là qu'ils fondèrent, vers le milieu du VIe siècle, la fameuse école médicale et scientifique de Djondisabour, doublée d'un hôpital.

Les Arabes recueillirent ce précieux héritage. Khalid ibn Yasid, le petit-fils du fondateur de la dynastie des Omniades à Damas, réputé pour son savoir en alchimie, commença à faire traduire en arabe les œuvres des savants de la Grèce antique. Il eut pour continuateurs Geber, puis Al Mamoun, fils du fameux Haroun al Rachid. C'est le Khalife Al Mamoun qui fonda l'école de Bagdad, devenue la plus florissante de l'Orient : il y avait appelé des maîtres de Djondisabour.

A partir du Xe siècle, la médecine arabe, abandonnant un peu la tradition, s'engagea dans la voie des découvertes. A la tête des novateurs se plaça Rhazes, né à Rey (Perse), qui écrivit plus de 200 ouvrages, dont la fameuse encyclopédie médicale, le Haouy, constitua l'un des manuels préférés des écoles de Salerne et de Montpellier. Après lui, il faudrait citer des centaines d'auteurs et des milliers d'ouvrages, tant le mouvement fut considérable.

Comment le flambeau de la science grecque fut-il transmis par l'intermédiaire des Arabes aux Italiens et aux Français ? Grâce aux savants qui se déplacèrent (Gerbert, d'Aurillac, allant étudier à Barcelone avant de devenir le pape Sylvestre II (999) ; Constantin l'Africain, se rendant de Carthage à Salerne (1065), et les nombreux échanges de maîtres et d'élèves qui durent avoir lieu entre les écoles d'Espagne et l'Université naissante de Montpellier). D'innombrables traductions en latin d'ouvrages arabes furent entreprises à Tolède au XIe siècle, notamment par Gérard de Crémone, sous la direction de l'évêque Raymond d'Agen.

 

Illustration : Le professeur Pierre Ménétrier, agrégé à la Faculté de médecine de Paris

Partager cet article
Repost0
4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 17:10

D'après « Bibliothèque de l'Ecole des chartes », paru en 1900

 

Quelques rois au commencement du XIVe siècle portèrent le titre de roi de France et de Navarre. Quels sont exactement ceux auxquels il appartient ? Si nous consultons le Manuel de diplomatique de Giry, il nous dit : « Seuls en Europe, les souverains de la France ne firent jamais d'addition permanente au titre de roi de France. Les provinces qu'ils réunissaient les unes après les autres à la couronne ne se distinguaient pas du royaume ; le roi qui les incorporait au domaine royal n'acquérait donc pas de titre nouveau. Il faut faire une seule exception pour le royaume de Navarre apporté à Philippe le Bel par sa femme Jeanne de Navarre et qui resta uni au royaume de France jusqu'à la mort de Charles le Bel (1328). Les rois de France pendant cette période joignirent à leur titre celui de roi de Navarre (Francorum et Navarre rex). »

Jeanne-Navarre.jpgAinsi, l’auteur du Manuel de diplomatique suppose que les rois Philippe IV le Bel (1285-1314), Louis X le Hutin (1314-1316), Jean Ier le Posthume (qui ne vécut que cinq jours), Philippe V le Long (1316-1322), Charles IV le Bel (1322-1328), ont joint à leur titre celui de roi de Navarre. Or cette affirmation est inexacte. Jamais Philippe le Bel n'eut ce titre. Jeanne, étant restée propriétaire des biens qu'elle avait apportés en dot, conserva son titre de reine de Navarre pendant toute sa vie, et immédiatement après sa mort (4 avril 1305), Louis X son fils aîné lui succéda dans ce royaume. Au reste, dans aucun des nombreux actes de Philippe le Bel conservés dans les registres de la chancellerie ou déjà publiés, nous ne l'avons trouvé avec le titre de roi de France et de Navarre.

Après la mort de Louis X, le royaume de Navarre eût dû revenir à sa fille Jeanne, née le 28 janvier 1311 ; mais Philippe V, après l'avoir administré en qualité de tuteur, se le fit attribuer en 1318, par traité conclu avec Eudes IV, duc de Bourgogne, oncle maternel de Jeanne, moyennant une indemnité. Philippe V n'ayant pas laissé d'héritiers mâles, à sa mort la Navarre aurait dû en vertu de ce traité revenir à Jeanne. Charles le Bel lui succéda néanmoins au royaume de Navarre comme à celui de France et fit renouveler à son profit la transaction de 1318 '.

Le 1er février 1328, Charles IV mourut, laissant sa femme Jeanne d'Evreux enceinte. Jusqu'au 1er avril de cette même année, jour où elle accoucha d'une fille, Philippe VI de Valois fut nommé régent des royaumes de France et de Navarre ; mais après cette date, l'assemblée des états du royaume, réunie sous la présidence de Philippe VI, proclama Philippe d'Evreux et Jeanne, fille de Louis X, roi et reine de Navarre, comme fief tombant en quenouille, au préjudice de leurs compétiteurs. A aucune époque donc, Philippe VI ne porta le titre de roi de France et de Navarre ; mais seulement du 1er février au 1er avril 1328, celui de régent des royaumes de France et de Navarre.

Ainsi, comme conclusion, il y a trois rois seulement qui portèrent au XIVe siècle le titre de roi de France et de Navarre : Louis X, Philippe V et Charles IV, et c'est à tort qu'on l'a attribué quelquefois à Philippe IV ou à Philippe VI.

 

Illustration : Jeanne Ire de Navarre

Partager cet article
Repost0
3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 17:30

D'après « Bulletin de la Société préhistorique française », paru en 1913

 

Nombreux sont les Musées de France, ou de l'étranger, possédant des objets dont l'origine est attribuée à l'Auvergne. Il n'est peut-être pas de contrée qui ait été plus visitée que cette province, au point de vue spécial des antiquités On ne saurait s'étonner, dès lors, d'y constater de multiples applications d'un axiome, aussi vrai en archéologie qu'en économie sociale : la demande crée l'objet ; ou bien qu'en physiologie : le besoin crée l'organe.

Les antiquités se faisant de plus en plus rares, les besoins et les demandes conservant la même étendue, la même fréquence, quelques marchands s'ingénièrent à trouver un équilibre stable entre ces divers facteurs économiques, et, vraiment, ils y réussirent à merveille. Les fausses pièces comblèrent bientôt les vides, avec une facilité d'autant plus grande que l'imitation était parfaite et que l'amorce était habilement préparée. Le voyageur en art ancien, le simple amateur local, avaient presque toujours la fortune inespérée de rencontrer sur leur route une personne aimable donnant le bon tuyau : « C'est à tel endroit, chez un pauvre paysan, n'ayant aucune notion de la valeur des choses, que vous trouverez le rara avis ». Ou encore : « Allez chez tel chiffonnier, qui a acheté récemment un lot de vieux débris, de rebuts de greniers ; il me semble que vous pourrez y satisfaire vos désirs ».

Fausses-Pieces.gif

 

Et l'on s'y rendait content, sans se douter du tour joué! L'aimable personne n'était qu'un vulgaire pisteur, lançant un produit de la veille. Vers 1900 mourait, à Riom (Puy-de-Dôme), un chiffonnier qui avait parcouru, pendant longtemps, les communes des environs, ramassant tout, mais s'intéressant particulièrement aux vieilles monnaies. A son dépôt, situé dans une rue étroite et reculée de la ville, on avait souvent l'occasion de voir des outils en bronze, bien conservés. Si l'on désirait acheter, on obtenait toujours des explications plausibles sur le lieu et l'époque de la trouvaille. Aucun soupçon ne serait venu en présence de la bonhomie et de la naïveté du marchand. Comment celui-ci aurait-il pu donner un pareil galbe et une semblable patine? Le prix était bien un peu élevé ; mais il était loin, en tout cas, d'atteindre le taux habituel.

Or, ce n'était rien moins qu'un faussaire habile ; on découvrit, à sa mort, une collection de modèles en bois, reproduisant la forme exacte des outils vendus, et une personne, qui l'avait vu à l'œuvre, dévoila la façon dont il procédait. Les vieux sous recueillis lui servaient de matière première. Lorsqu'il en avait une certaine quantité, il les portait, avec les modèles, chez un usinier de Thiers, qui fondait et coulait. Quant à la patine, il obtenait, paraît-il, une couche épaisse, d'un beau vert, en usant de la recette suivante, que nous livrons à titre de simple renseignement, ne l'ayant pas expérimentée : tremper les objets, pendant un mois, dans du fort vinaigre, les retirer et les laisser, pendant trois mois, dans du fumier de cheval. En somme, c'est le procédé ordinaire des acides (acides sulfurique, chlorhydrique, etc.), avec un complément qui paraît bien susceptible d'en augmenter les effets.

 

Illustration : Fausses pièces préhistoriques fabriquées en Auvergne (partie supérieure : en métal ; partie inférieure : en pierre)

Partager cet article
Repost0
2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 17:30

D'après « Bulletin de la Société d'histoire de la pharmacie », paru en 1921

 

Jacques-CartierSi l'histoire n'a retenu que deux noms : ceux de Nicot et de Thévet, elle a ce faisant commis un oubli.

Il n'est pas possible, en effet, d'exclure Jacques Cartier de toute participation à l'introduction du tabac en France. C'est le premier Européen qui pénétra dans le Saint-Laurent, et il fit successivement trois voyages au Canada : le premier en 1534, le second du 19 mai 1535 au 16 juillet 1536.

C'est dans le récit de ce second voyage que Jacques Cartier, parlant des indigènes, s'exprime ainsi : « Ils ont une herbe dont ils font grand amas durant l'été pour l'hiver ; ils la font sécher au soleil et la portent à leur cou, en une petite peau de bête, en guise de sac avec un cornet de pierre ou de bois ; puis à toute heure, ils font poudre de la dite herbe et la mettent à l'un des bouts du dit cornet ; puis ils mettent un charbon dessus et soufflent par l'autre bout, tellement qu'ils s'emplissent le corps de fumée et que celle-ci leur sort par le nez, comme par un tuyau de cheminée. Ils disent que cela les tient sains et chaudement; ils ne vont jamais sans lesdites choses ».

Sans aucun doute, Jacques Cartier qui s'était si vivement intéressé à l'usage que faisaient du tabac les riverains de Saint-Laurent, n'est pas rentré du Canada en 1535, en 1536 et en 1542, date de son troisième voyage, sans rapporter des graines et des feuilles d’une « herbe » qui lui avait paru si étrange. Ce qui n’enlève rien à maître Jean Nicot, véritable auteur de la fortune du tabac, qui l'a, en quelque sorte, lancé dans le monde.

 

Illustration : Jacques Cartier (gravure attribuée à Pierre-Louis Morin)

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 17:00

D'après « La Semaine des familles », paru en 1859

 

Janus, dieu aux deux visages présidant aux commencements et aux passages, et auquel les Romains consacrèrent le premier jour de l’année, expliqué en 1859 de façon piquante à un écolier :

L'écolier. — Oh ! le singulier personnage avec ses deux figures dont l'une est gaie et l'autre triste, qui rit d'un œil et pleure de l'autre ! Comment vous nommez-vous, s'il vous plaît ? Etes-vous Jean qui pleure ou Jean qui rit ?

Janus. — Je me nomme Janus.

L'écolier. — Y aurait-il de l'indiscrétion à vous demander votre histoire ?

Janus.jpgJanus. — Pas le moins du monde. J'étais, dit-on, de mon vivant le plus ancien roi d'Italie. Les mythologues varient sur mon origine et le lieu de ma naissance. Les uns me donnent Apollon pour père et me font naître en Thessalie ; les autres veulent que je sois le fils du Ciel et d'Hécate, et que j'aie reçu le jour à Athènes. Ils ajoutent que je suis venu en Italie à la tête d'une colonie et que j'ai bâti sur les bords du Tibre une petite ville que j'ai appelée Januale. Saturne, chassé du ciel par son fils Jupiter, — hélas ! cela ne me rajeunit pas, — vint chercher un refuge dans mes États ; je l'y reçus et même je l'associai à l'empire. Après ma mort, on me mit au nombre des dieux, et l'on m'offrait des dattes, des figues et du miel : vous voyez que, de tout temps, j'ai été voué au sucre. Les Romains me rendaient un culte solennel. On m'invoquait toujours le premier dans les cérémonies religieuses, parce que je présidais aux portes et aux avenues, et parce que c'était par ma médiation que les prières des hommes parvenaient aux immortels. Aussi me représentait-on tenant une clef dans une main et une baguette dans l'autre.

Souvent j'avais le nombre de 300 écrit dans ma main droite et celui de 65 dans la gauche, parce que je présidais à l'année, dont le premier mois me devait le nom de Januarius. Vous devez savoir, si vous avez bien appris vos auteurs, que les Romains fermaient mon temple pendant la paix et l'ouvraient pendant la guerre ; je dois rendre à l'humeur batailleuse de ce peuple la justice de reconnaître que ce temple ne fut pas souvent fermé. Il ne le fut que deux fois jusqu'à l'avènement des empereurs : la première fois sous Numa, la seconde après la première guerre Punique ; mais il le fut trois fois sous le règne d'Auguste.

L'écolier. — Merci de la leçon, seigneur Janus, quoique je m'en fusse bien passé dans un jour de congé. Mais, dites-moi, pourquoi ces deux faces, dont l'une regarde l'orient et l'autre l'occident ?

Janus. — Les uns disent que je suis bicéphale parce que je connais le présent et l'avenir ; les autres, parce que, présidant au premier jour de l'année, je vois à la fois le commencement de la nouvelle année et la fin de l'autre.

L'écolier. —Voulez-vous causer quelques instants avec moi, seigneur Janus ?

Janus. —Volontiers ; mais à laquelle de mes deux faces vous plaît-il de parler ?

L'écolier. — A celle de droite.

Janus. — Alors, bonsoir ; car je m'en vais ou je m'en vas, l'un et l'autre se dit ou se disent, comme le faisait observer le grammairien Dumarsais en mourant.

L'écolier. — Mais si je parlais à celle de gauche, que diriez-vous ?

Janus. — Je vous dirais bonjour, car j'arrive.

L'écolier. — Et si je demandais à votre face de droite ce qu'il faut penser des hommes et des choses ?

Janus. — Ce qu'il y a de plus mal au monde.

L'écolier. — Qu'entendez-vous de votre oreille droite ?

Janus. — Des sottises et des nécrologies, quoique je me fasse bien sourd.

L'écolier. — Que voyez-vous ?

Janus. — Je vois, quoique je devienne aveugle, des méchants, des fats, des sots, et des gens fort tristes parce qu'ils s'apprêtent à donner des étrennes.

L'écolier. — Que désirez-vous ?

Janus. — Joindre à l'ennui d'avoir vécu le bonheur de mourir.

L'écolier. — Qu'augurez-vous du monde ?

Janus. — Qu'il louche à son dernier moment.

L'écolier. — Quelle est votre philosophie ?

 

Janus. — Celle d'Héraclite : toujours pleurer, pleurer toujours.

L'écolier. — Quelle lecture me conseillez-vous ?

Janus. — Le Misanthrope de Molière.

L'écolier. — Que faites-vous ?

Janus. — Je déménage.

L'écolier. — Ne me direz-vous pas encore un mot ?

Janus. — Si fait : bonsoir !

L'écolier. — Pourquoi faites-vous la grimace ?

Janus. — Parce que je dépose, ce soir, mon bilan.

L'écolier. — Que portez-vous sous votre bras ?

Janus. — Mon épitaphe.

L'écolier. — Pourquoi me quittez-vous si vite ?

Janus. — Pour aller commander mon enterrement.

L'écolier. — Vraiment, seigneur Janus, vous n'êtes ni beau, ni aimable, ni gai, ni égayant de ce côté, et décidément j'aime mieux avoir affaire à votre face de gauche qu'à votre face de droite.

Janus. — A votre aise ; mais alors passez du côté de mon oreille gauche.

L'écolier.— D'où vous vient cet air gai ?

Janus. — C'est que j'ouvre ma banque.

L'écolier. — Que faut-il penser des hommes et des choses ?

Janus. — Toute sorte de bien.

L'écolier. — Que voyez-vous ?

Janus. — Des gens d'esprit, des bonnes gens, et des gens heureux parce qu'ils ont reçu leurs étrennes.

L'écolier. — Qu'entendez-vous ?

Janus. — Des compliments, des souhaits et les plus belles choses du monde.

L'écolier. — Qu'augurez-vous de l'avenir ?

Janus. — Qu'on y verra et qu'on y fera des merveilles.

L'écolier. — Quelle est votre philosophie ?

Janus. — Celle de Démocrite : toujours rire, rire toujours.

L'écolier. — Quelle lecture me conseillez-vous ?

Janus. — L'Optimiste de Collin d'Harleville.

L'écolier. — Que faites-vous ?

Janus. — J'emménage.

L'écolier. — Pourquoi me souriez-vous ?

Janus. — Pour vous encourager à marcher en avant.

L'écolier. — Que portez-vous sous votre bras ?

Janus. — Des joujoux, une boite de bonbons et mon horoscope.

L'écolier. — Pourquoi me quittez-vous ?

Janus. — Pour aller commander les dragées de mon baptême.

L'écolier. — Encore un mot, seigneur Janus : je voudrais que vous voulussiez bien m'expliquer pourquoi vous êtes aussi antithétique qu'une oraison funèbre de Fléchier ?

Janus. — C'est qu'à droite je finis, à gauche je commence ; à gauche je sais, à droite j'ignore ; enfin si je suis l'expérience à droite, à gauche je suis l'espérance.

Partager cet article
Repost0
30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 18:15

Moine.jpgD'après « Le Petit Français illustré », paru en 1901

 

En 1901, Le Petit Français illustré nous apprend que des études d'un savant français, il résulte que ce sont les membres du clergé qui présentent la moyenne la plus satisfaisante par rapport à la durée moyenne de la vie.

C'est ainsi que pour 100 ecclésiastiques, il meurt 198 jardiniers, 126 travailleurs agricoles, 134 pêcheurs, 148 charpentiers-menuisiers, 152 avocats, 160 mineurs, 160 ouvriers mécaniciens, 166 cordonniers, 171 voyageurs de commerce, 171 boulangers, 174 maçons et tailleurs dé pierre, 175 forgerons, 185 travailleurs de la voie ferrée, 189 tailleurs, 191 chapeliers, 193 imprimeurs, 201 bouchers, 202 médecins, 218 verriers, 235 couteliers, 245 ouvriers brasseurs, 267 cochers, 273 marchands de vins et liqueurs, 300 tailleurs de limes, 313 potiers et 397 garçons d'hôtel.

Partager cet article
Repost0
29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 17:15

D'après « Bibliothèque de l'Ecole des chartes », paru en 1924

 

Le janvier 2 janvier 1342, sous le sceau du bailliage de Vermandois établi en la prévôté de Chauny, demoiselle Marie, veuve de Wiart de Chaon, écuyer, et ayant le bail de Jehennon de Chaon, son fils, avoue tenir du château de Chauny, lequel appartient en nue propriété au roi et en usufruit à Mme Beatrix de Chastillon-Saint-Pol veuve de messire Jehan de Flandre seigneur de Nesle, un fief consistant en certains droits seigneuriaux perçus Chauny, dont le produit se monte soixante sols parisis chaque année.

 

L'un de ces droits est ainsi désigné : « Item le congnage ; ch'est assavoir de chascune espousée quelle que elle soit venans de dehors Chauny et passans oultre Chauni parmi le pont royal, ouquel les que che soit, puis que elle passeche parmi ledit pont, chinc peaus de sen con ou chinc sols parisis. » (Archives nationales, Pièce 47.1 n°CCCLI)

 

Droit-Cognage.jpg

 

Cette singulière redevance ne paraît pas avoir attiré attention des juristes et le nom qu'elle porte ne figure semble-t-il dans aucun dictionnaire. Il n'en est pas question dans les quelques documents que la série H4 des Archives nationales nous a conservés sur les péages de Chauny la fin du XVIIIe siècle. Melleville, dans son Histoire de ville de Chauny (Laon, 1851, p. 69) lui consacre quelques lignes sans indiquer les textes qui la lui ont fait connaître :

 

« Les seigneurs de Chauny percevaient un... droit aussi bizarre dans sa nature que grossier dans son nom. Malheur à la jeune mariée qui le jour de ses noces, par nécessité ou par mégarde, passait et repassait la rivière Oise : pour ce fait, elle devait cinq sous parisis à son seigneur et ce dernier pouvait lui faire fermer les portes de la ville au nez si elle refusait de les acquitter. Ce droit, souvenir, sans doute, d'un autre plus ancien et plus immoral, fut quelque temps érigé en fief »

 

Ainsi, ce droit prétendument pris sur la mariée le jour des noces, ne résiste pas à l'examen des pièces du temps. Il est en réalité à rapprocher des gauloiseries qui ont donné naissance la légende du droit du seigneur, plus connu sous le nom de droit de cuissage, dont les historiens modernes savent qu'il ne fut qu'un mythe mais qui fut cependant présenté comme ayant bel et bien existé par les célèbres Voltaire ou Michelet.

Partager cet article
Repost0
28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 17:00

D'après « Souvenirs et impressions de voyage », paru en 1856

 

En Loire-Atlantique, à Clisson, une tradition populaire affirme qu'un énorme rocher, qui s'élève sur les bords de la Sèvre, dans le parc de la Garenne, en face du château d'Olivier de Clisson, tourne sur lui-même au moment où sonne l'heure de la naissance de Jésus, la nuit de Noël.

 

Un habitant des environs de Clisson, M. de Montmaur, voyant que ses fils croyaient au rocher tournant, voulut leur montrer qu'il n'y avait là que légende : « Croyez aux miracles, leur disait-il, mais ne croyez pas aux contes ; ne pas courber votre raison devant le mystère de la nuit de Noël serait aussi stupide qu'orgueilleux ; ajouter foi à des récits de nourrices serait niais... » Et parlant ainsi, ils cheminaient tous trois ensemble de l'auberge de la Providence au parc de la Garenne. La nuit était calme et sereine ; l'azur du firmament était tout illuminé d'étoiles pour la grande solennité... et la lune brillait au ciel comme une reine au milieu de sa cour ; sa lumière gris-perle tombait sur le vieux château du connétable, et entre sa lueur mélancolique et la tristesse de ces grandes ruines, il y avait une saisissante harmonie.

 

Arrivés à côté de la pierre qui tourne, et cependant qu'en raison de la nuit de Noël, les pilons des moulins à papier ne battaient plus, les machines à moudre le blé étaient également arrêtées, et leurs grandes roues se reposaient, ils purent goûter, dans ce calme, ce qui sortait un peu du silence : c'était le bruissement du vent dans les arbres verts, et le cours de la Sèvre, que toutes les écluses fermées rendaient presque imperceptible ; ce vague murmure n'était pas assez pour rompre le silence, il ne faisait que l'animer, il y avait grand charme à l'écouter.

 

Ruines-Clisson.jpg

 

« Regardez bien, dit le père à ses fils, minuit va sonner tout à l'heure, et. vous verrez que la pierre ne tourne pas. » A peine avait-il dit ces mots que l'horloge de l'église sonna minuit. Les deux jeunes gens, le cœur serré, comme on l'a toujours quand on attend quelque chose de surnaturel, respirant à peine, avaient les yeux fixés sur le rocher que la tradition fait mouvoir... mais qui resta devant eux complètement immobile... Ils regardaient encore, quand un bruit partit tout à coup de sa large base... sur laquelle le baron Lemot a fait graver ce vers, que l'abbé Delille avait dédié à la grande pyramide : Sa masse indestructible a fatigué les temps.

 

Ce bruit, ce n'était pas celui de deux pierres qui crient en se froissant l'une contre l'autre ; ce bruit n'avait rien d'effrayant, rien de terrible ; ce bruit, c'était la faible et tremblotante voix d'un enfant nouveau-né, dont la petite barcelonnette était cachée par les broussailles qui croissent au pied de la pierre qui tourne. Vous pouvez juger de la surprise des deux jeunes gens et de leur père. Bien vite ils avaient cherché derrière les hautes herbes, les fougères et les pervenches qui poussent à l'abri de la roche, et avaient vu le berceau placé dans une sorte de niche que lui faisait une anfractuosité dans la pierre.

 

Malgré tous les soins, malgré la double couverture de laine et le rideau de serge qui recouvraient l'enfant, le froid avait gagné la pauvre petite créature... Et bien vite M. de Montmaur et ses fils enlevèrent le berceau du milieu des broussailles et se hâtèrent de le porter à leur auberge de la Providence... Leur première pensée fut de faire faire un bon feu et de réveiller la maîtresse de l'hôtel, pour lui recommander l'enfant trouvé de la Garenne.

 

Illustration : Château de Clisson. Ruines du donjon

Partager cet article
Repost0
27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « Musée universel », paru en 1873

 

Nous trouvons dans Bachaumont la date de la fondation d'un des tout premiers cabinets de lecture qui semble avoir été ouvert dans Paris. On lit dans les Mémoires secrets, à la date du 30 décembre 1762 :

 

Lecture-copie-3.jpg« Le nommé Grangé, libraire, ouvre incessamment ce qu'il appelle une salle littéraire. Pour trois sous par séance, on aura la liberté de lire pendant plusieurs heures de suite toutes les nouveautés. Cela rappellerait les lieux délicieux d'Athènes, connus sous le nom de Lycée, du Portique, etc., si le ton mercenaire ne gâtait ces beaux établissements. »

 

Il faut être juste, « le nommé Grange » ne pouvait cependant pas ouvrir au public son établissement pour rien. Vingt ans après, le cabinet de lecture, même sans rappeler « les lieux délicieux d'Athènes », était entré tout à fait dans nos mœurs, comme en témoigne ce curieux passage d'un prospectus de 1784 :

 

« La distribution des livres se fera tous les jours depuis huit heures du matin jusqu'à midi, et depuis deux jusqu'à huit heures du soir, à l'exception des fêtes et dimanches. On trouvera dans le cabinet le Journal encyclopédique, l'Année littéraire, les Annales politiques, les Mémoires historiques, le Journal des causes célèbres, le Mercure de France, le Journal politique de Bouillon, la Gazette de France, une gazette étrangère, et les livres nouveaux à mesure qu'ils paraîtront. Les ouvrages contre la religion, l'Etat et les mœurs, en seront bannis. »

 

On voit par la dernière phrase que le directeur de l'établissement tenait à être en règle avec la police.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Histoire de France. Le Blog La France pittoresque
  • : Histoire de France, magazine et brèves insolites. Retrouvez ici : 1° Des brèves insolites et pittoresques pour mieux connaître la petite histoire de nos ancêtres et la vie quotidienne d'autrefois. Le passé truculent ! 2° Notre revue périodique 36 pages couleur consacrée à la petite Histoire de France (vente sur abonnement et numéro) : articles de fond et anecdotes-clés liées aux thèmes traités.
  • Contact

Recherche

Facebook

La France Pittoresque...