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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « Le Pêle-Mêle », paru en 1912

 

La Revue Britannique donne d'intéressantes nouvelles sur de curieux essais de pavage venant d'être tentés à Londres vers 1912. Il s'agit de pavés en... caoutchouc ! Et s'il faut en croire notre confrère anglais, ils représentent le pavage rêvé, le pavage de l'avenir, car il est tout à la fois doux, élastique, solide et d'un nettoyage pratique, supprimant à la fois le bruit, la boue et la poussière.

 

Rue-Pavee.jpgLe seul inconvénient de ce pavage est son prix de revient assez élevé, soit environ cinq francs le kilogramme. Mais à cette objection, l'inventeur répond en prétendant que son pavé en caoutchouc dure vingt fois plus longtemps que son frère inférieur l'humble pave de bois. Il cite un essai de pavage en caoutchouc qui fut tenté vers 1890 à la gare d'Easton. Les pavés mis en usage pour cet essai n'ont perdu en vingt ans, par usure, qu'un centimètre et demi d'épaisseur, soit à peine trois quarts de millimètres annuellement.

 

Il n'est pas sans intérêt de citer à ce propos, les divers matériaux qui servirent successivement et à diverses époques pour la confection des pavés. Ce sont : la pierre, la terre battue, la maçonnerie, le béton, la brique, le bois, l'acier, le verre... Des essais furent aussi tentés avec un amalgame de tourbe comprimée, de liège et d'herbe. Un autre système de pavage en herbe consistait à employer des algues marines séchées et amalgamées avec du goudron.

 

Enfin, un système encore plus original que les précédents

fut celui inauguré au début du XXe siècle à Clino (Californie). Il s'agissait ni plus ni moins que d'un pavage au sucre ! La fondation du pavage était constituée avec du sable et de la mélasse. Les pavés posés dessus étaient en mortier moulé mélangé de sucre. On ne dit pas si les enfants de Clino, cédant à leur gourmandise naturelle, ne léchaient pas, entre deux parties de billes, ce pavage sucré !

 

Les médecins consultés sur le pavage en caoutchouc, prétendent que le système nerveux des Londoniens ne pouvait qu'y gagner, tout ébranlements par le fait de l'élasticité naturelle de la matière employée, étant supprimé. Les effets pernicieux du coup de talon disparaîtraient et puis, ce qui ne ferait pas sourire les cordonniers, les chaussures verraient leur durée quintuplée. Bénissons donc la venue du pavé de caoutchouc et souhaitons-lui d'être adopté dans toutes nos grandes villes.

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « La Lanterne magique », paru en janvier 1834

 

Le succès de la greffe animale, opération singulière pratiquée plusieurs fois par Guillaume Dupuytren (1777-1835) et plusieurs autres chirurgiens, fut tel que quelques-uns allèrent jusqu'à penser qu'il n'était pas impossible de faire reprendre la tête sur le cou d'un guillotiné. On appuyait cette opinion, aujourd'hui reconnue comme chimérique, sur le fait d'un médecin anglais, W. Balfour, qui réussit en 1814 à rejoindre la moitié du doigt de George Pedie, charpentier, coupé d'un coup de hache.

Greffe-AnimaleIl fit ramasser à terre le morceau de doigt, lava avec de l'eau froide les deux surfaces blessées, et ensuite les appliqua l'une contre l'autre exactement. Trois semaines après, la réunion était complète. Le doigt avait repris toute sa chaleur et sa sensibilité. Ce cas fit l'objet d'un Mémoire publié alors dans le Journal de médecine et de chirurgie d'Edimbourg, repris l'année suivante dans la Bibliothèque britannique.

Le botaniste et agronome Henri-Louis Duhamel du Monceau (1700-1782) et d'autres avaient transplanté un ou deux ergots d'un coq sur la crête d'un autre, où ils ont acquis la longueur de quatre à cinq pouces. On avait encore greffé sur la crête d'un coq, rapporte au mot plaie l'homme de lettres Charles Pougens (1755-1833), l'aile d'un serin, et une portion de la queue d'un petit chat, qui s'y étaient très bien maintenues. Joseph Baronio et autres ont coupé un morceau de la chair d'un animal et ont greffé avec succès à la place un morceau d'un autre animal.

On ne se moque plus du chirurgien breton Jacques de Garengeot (1688-1759) qui atteste qu'en 1724, un nez arraché avec les dents, jeté à terre, foulé aux pieds, nettoyé ensuite et réchauffé, fut remis en place et bien cicatrisé au bout de quatre jours. Dès l'année 1442, un chirurgien de Sicile, nommé Branca, exécutait des nez artificiels par une greffe animale.

 

Illustration : "Greffe animale", par Benjamin Rabier (1910)

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « La Chronique médicale », paru en 1897

 

Si l'on ne présente plus la figure du romantisme, le dramaturge, poète et académicien Alfred de Vigny, l'homme politique est moins connu. Candidat à la députation du département de la Charente aux élections législatives d'avril 1848, il ne cache pas, dans une profession de foi rédigée pour les électeurs et dont nous donnons ici l'intégralité, sa foi en la IIe République proclamée le 25 février précédent :

 

Vigny-copie-1.jpg« C'est pour moi  un devoir de répondre à ceux de mes compatriotes de la Charente qui ont bien voulu m'appeler à la candidature par leurs lettres et m'exprimer des sentiments de sympathie dont je suis profondément touché. La France appelle à l'Assemblée Constituante des hommes nouveaux. Ce sentiment est juste après une révolution plus sociale que politique, et qui a enseveli dans les débris les catégories haineuses des anciens partis.

 

« Mais les hommes nouveaux qu'il lui faut ne sont-ils pas ceux que des travaux constants et difficiles ont préparé à la discussion des affaires publiques et de la vie politique? Ceux qui se sont tenus en réserve dans leur retraite sont pareils à des combattants dont le corps d'armée n'a pas encore donné. Ce sont là aussi des hommes nouveaux, et je suis de ceux-là.

 

« Chaque révolution après sa tempête laisse des germes de progrès, dans la terre qu'elle a remué et, après chaque épreuve, l'Humanité s'écrie : Aujourd'hui vaut mieux qu'hier, demain vaudra mieux qu'aujourd'hui. Je me présente à l'élection sans détourner la tête pour regarder le passé, occupé seulement de l'avenir de la France. Mais, si mes concitoyens veulent rechercher dans les années écoulées pour voir ma vie, ils y trouveront une indépendance entière, calme, persévérante, inflexible ; seize ans de cette vie consacrés au plus rude des services de l'armée, tout le reste donné aux travaux des lettres, chaque nuit vouée aux grandes études.

 

« Existence sévère, dégagée des entraves et des intrigues de partis. J'ai ce bonheur, acquis avec effort, conservé avec courage, de ne rien devoir à aucun gouvernement, n'en ayant ni recherché, ni accepté aucune faveur. Aussi ai-je souvent éprouvé combien cette indépendance de caractère et d'esprit est plus en ombrage au pouvoir que l'opposition même. La raison en est celle-ci : les pouvoirs absolus ou qui prétendent à le devenir peuvent espérer corrompre ou renverser un adversaire, mais ils n'ont aucun espoir de fléchir un juge libre, qui n'a pour eux ni amour ni haine. Si la République sait se comprendre elle-même, elle saura le prix des hommes qui pensent et agissent selon ce que je viens de dire. Elle n'aura jamais à craindre d'eux, puisqu'elle doit être le gouvernement de tous par chacun et de chacun pour tous.

 

« Ainsi conçu, ce mâle gouvernement est le plus beau. J'apporte à sa fondation ma part de travaux dans la mesure de mes forces. Quand la France est debout, qui pourrait s'asseoir pour méditer ? Lorsque l'Assemblée nationale, dans de libres délibérations, aura confirmé, au nom de la France, la République déclarée, efforçons-nous de la former à l'image des Républiques sages, pacifiques et heureuses, qui ont su respecter la Propriété, la Famille, l'Intelligence, le Travail et le Malheur ; où le gouvernement est modeste, probe, laborieux, économe ; ne pèse pas sur la nation , pressent, devine ses voeux et ses besoins, seconde ses larges développements et la laisse librement vivre et s'épanouir dans toute sa puissance.

 

« Je n'irai point, chers concitoyens, vous demander vos voix. Je ne reviendrai visiter au milieu de vous cette belle Charente qu'après que votre arrêt aura été rendu. Dans ma pensée, le peuple est un souverain juge qui ne doit pas se laisser approcher par les solliciteurs et qu'il faut assez respecter pour ne point tenter de l'entraîner ou de le séduire. Il doit donner à chacun selon ses oeuvres. Ma vie et mes oeuvres sont devant vous. »

 

Non élu, Alfred de Vigny se présenta également aux élections de l'année suivante, sans succès.

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 17:00

D'après « L'Intransigeant », paru en 1923

 

De 1919 à 1940, des propositions de loi en faveur du vote des femmes sont adoptées, mais refusées par le Sénat. Le 22 novembre 1922, ce dernier avait, sur cette question du vote des femmes, refusé par 156 voix contre 134, de passer à la discussion des articles, les intentions de la Haute Assemblée étant nettes : l'enterrement. Quelques mois plus tard, Joseph Barthélemy, député du Gers qui en est rapporteur, remet à l'ordre du jour la question devant le Parlement. Ne pouvant soumettre de nouveau, en vertu de l'article 110 de la Chambre, des propositions identiques rejetées quelques mois plus tôt par le Sénat, il suggéra de fixer à trente ans l'âge de l'accession des femmes aux droits politiques.

 

Vote-Femmes.jpgIl rétorqua en outre aux détracteurs du projet : « Voyons maintenant les objections qui ont été formulées. On a dit que les femmes ne désiraient pas le vote et qu'elles en négligeraient l'exercice Mais, en 1848, les hommes non plus ne désiraient par le vote, on le leur a donné par justice.

 

« On dit encore que la femme serait inférieure. La femme n'est pas inférieure, elle est seulement différente et complémentaire. La vérité, qu'il faut bien reconnaître, c'est que le génie, dans ses manifestations les plus sublimes, est le privilège du sexe masculin. Mais le génie n'est pas nécessaire pour voter, ni même pour être élu ! Tout cela ne tient pas. Toutes ces objections sont fantaisistes. Il en est de même quand on dit que la femme admise aux droits politiques émettrait des votes extrémistes ou réactionnaires. C'est là une pure affirmation contredite par l'expérience.

 

« On objecte aussi : La femme ne fait pas de service militaire. Sans doute, elle n'est pas soldat, mais elle fait des soldats, et pour celles qui n'ont pas d'enfant, combien parmi les électeurs et même les élus n'ont pas fait de service militaire ! Enfin, le grand argument, c'est : la femme est faite pour le foyer ! C'est bien notre avis, mais ce n'est pas la participation aux comices qui éloignera la femme de son foyer, elle n'en sera pas plus éloignée que par sa participation à un marché ou à une foire, et puis enfin les conditions actuelles ont jeté dans la lutte pour la vie des milliers de femmes, il est juste qu'elles puissent défendre leurs intérêts tant par leurs bulletins de vote qu'au sein des assemblées politiques. »

 

Le député Barthélemy songea un instant, puis reprit : « Ce qu'il faut surtout que l'on sache, c'est le fait que la France tend à devenir une exception en restant masculine. » Et de rappeler qu' « en Europe, les pays masculins sont une exception qui se rétrécit chaque année davantage. Les femmes votent en Suède, en Norvège, au Danemark, en Finlande, en Estonie, en Lituanie, en Lettonie, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Autriche, en Allemagne, en Hongrie, en Belgique ; elles participent aux élections locales et un certain nombre d'entre elles aux élections législatives. »

 

En France, le droit de vote sera accordé aux femmes le 21 avril 1944 par le Comité français de la Libération nationale, et mis en oeuvre pour la première fois le 29 avril 1945 lors d'élections municipales, puis en octobre 1945 lors des élections à l’Assemblée constituante.

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 17:30

D'après « Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », paru en1892

 

Le druidisme fut hostile à l'anthropomorphisme, ce qui explique pourquoi les premières statues de dieux ne paraissent en gaule qu'à l'époque de la domination romaine (après 51 av. J.-C.).

 

En 1931, Salomon Reinach, archéologue et spécialiste de l'histoire des religions, rapporte qu'après l'efflorescence de l'art en Gaule, à l'époque du renne, nous trouvons une longue période, depuis l'ère des monuments mégalithiques jusqu'à la conquête romaine, où les sculptures font entièrement défaut. Les passages de César et de Lucain qu'on a allégués pour prouver que les Gaulois représentaient leurs dieux en pierre et en bois doivent être interprétés autrement : il s'agit, pour le premier, de piliers de pierre, et, dans le second, de troncs d'arbres plus ou moins équarris.

 

Pilier-Nautes.jpg

 

Comme l'industrie gauloise était fort avancée, on est obligé d'attribuer l'absence de statues en Gaule à une interdiction religieuse. Cette prohibition, que l'on retrouve chez les Romains, les Germains et les Perses, ne peut guère avoir été mise en vigueur que par une aristocratie religieuse. En Gaule, cette aristocratie est le collège des druides, à l'influence desquels on attribue les monuments mégalithiques (dolmens, menhirs, etc.). Ces derniers ne sont pourtant pas celtiques : c'est que le druidisme, dans l'Europe occidentale, est antérieur aux Celtes, qui ont accepté en partie la religion druidique, comme les Grecs ont adopté les vieux cultes des Pélasges.

 

L'aversion du druidisme pour les représentations des dieux n'est attestée par aucun texte formel ; mais Plutarque dit que Numa, élève de Pythagore, défendit aux Romains d'élever des statues, et d'autres écrivains font de Pythagore l'élève des druides. Ce sont là des légendes qui, bien que sans autorité en elles-mêmes, attestent nettement l'affinité des doctrines.

 

Illustration : Pilier des Nautes, le dieu Cernunnos (Ier siècle ap. J.-C.)

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « L'Intransigeant », n° du 26 juin 1930

 

Doit-on dire docteur ou doctoresse en parlant des femmes-médecins ? s'interroge le journal L'Intransigeant en 1930. La question est à l'ordre du jour. On parle de faire figurer le mot de doctoresse au dictionnaire de l'Académie. Dans la Médecine Internationale Illustrée d'avril 1930, le docteur Dartigues, l'éminent chirurgien, exprimait son horreur pour l'appellation de Madame le docteur. « Parlons français ou correctement toute autre langue, écrivait-il, mais ne parlons pas sauvage. » Il priait M. G. Lecomte de faire consacrer officiellement le terme de doctoresse. Et M. G. Lecomte lui répondait : « Il faut dire Madame la doctoresse. »

 

Femme-Medecin.jpgGrande alarme chez nos femmes médecins, qui semblent tenir chèrement à leur titre de docteur. Les arguments qu'elles produisent en l'occurrence ne manquent pas de logique :

 

« Puisqu'on invoque le motif du bon langage, disent certaines, sachez que le mot doctoresse n'a figure, dans le dictionnaire de Littré, qu'au sens de la comédie, comme synonyme de bas-bleu ! Le sens originel du mot est ironique. L'employer est user de déconsidération à l'égard des femmes médecins. Seuls, quelques médecins hommes, hostiles à la concurrence féminine, et les gens ignorants l'emploient. Car dans le public, on croit que la qualité de doctoresse est inférieure à celle de médecin. Les gens du peuple ont pour habitude de donner généreusement ce titre fantaisiste aux femmes de professions paramédicales : sages-femmes, infirmières, masseuses, à qui il est impossible de contester ce titre puisqu'il n'existe pas légalement.

 

« La plupart du temps, les femmes médecins qui se laissent appeler doctoresses sont des étrangères, ou souvent même des médecins de mauvais aloi, spéculant sur la passante inquiète qui se confie plus volontiers à une femme. Mais, pour les femmes exerçant sérieusement la profession médicale, il importe qu'au moment où on parle de fonder l'ordre des médecins, on ne distingue pas deux catégories arbitraires de médecins, selon le sexe.

 

« L'appellation de docteur représente un titre et non une profession. Le parchemin qui l'accorde porte la mention docteur aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Une femme est docteur en médecine, comme elle est professeur ou docteur ès lettres. On emploie couramment pour elle le mot de confrère, et personne, au reste, n'aurait l'idée d'une médecine, d'une ingénieuse ou d'une professoresse ! D'aucuns ont voulu s'appuyer sur des exemples étrangers. Mais, en norvégien justement, le terme de Frii doktora signifierait Madame la femme du docteur Un Tel. »

 

– Ne sentez-vous pas le cocasse de Madame le docteur ? ricane-t-on

– Est-il moins ridicule que notre langue exprime par des termes féminins certaines situations d'hommes ? Ne dit-on pas, sans craindre le ridicule : une sentinelle, une ordonnance, une estafette, une vigie ? L'usage ici est l'arbitre autorisé

 

« Le penchant en faveur de doctoresse n'est qu'une manifestation de la tendance populaire à féminiser des mots de tradition masculine, qui fait écrire, à tort, une enfant. Beaucoup de nos confrères sont les premiers à maintenir pour nous le terme de docteur. Et nous tenons à nous voir interpeller ainsi, tout comme une femme du barreau est appelée cher maître et non... chère maîtresse ! »

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « Curiosités sur Baudelaire », paru en 1912

 

Dans la Revue des curiosités révolutionnaires, Georges Barral rapporte que Baudelaire lui exposa l'étymologie de son nom, ne venant pas du tout de bel ou beau mais de band ou bald. « Mon nom est terrible, continua- t-il. En effet, le badelaire était un sabre à lame courte et large, au tranchant convexe, à la pointe tournée vers le dos de l'arme. C'était une sorte de cimeterre musulman, rectiligne au lieu d'être courbe. Introduit en France à la suite des Croisades, il fut employé à Paris jusque vers 1560, comme arme d'exécution.

 

Baudelaire.jpg« Il y a quelques années, en 1861, on a retrouvé lors des fouilles exécutées près du Pont-au-Change, le badelaire qui servit au bourreau du Grand Châtelet, au cours du XIIe siècle. On l'a déposé au musée de Cluny. Voyez-le. Son aspect est terrifiant. Je frémis en pensant que le profil de mon visage se rapproche du profil de ce badelaire. »

 

– Mais votre nom est Baudelaire, répliqua Barral, et non pas Badelaire.

– Badelaire, Baudelaire par corruption. C'est la même chose.

– Pas du tout, votre nom vient de Baud (gai), Baudiment (gaiment), s'ébaudir (se réjouir). Vous êtes bon et gai.

– Non, non, je suis méchant et triste, conclut Baudelaire.

 

Le poète entrait dans les églises vers la fin de la journée et se prosternait devant l'autel, donnait les signes extérieurs de la piété la plus vive. Lorsque l'heure de la fermeture approchait, le bedeau, n'osant troubler un homme si pieux, l'avertissait par des « hum » discrets ; puis, lassé, finissait par lui toucher l'épaule : « Monsieur... on ferme... » Après se l'être fait répéter plusieurs fois, Baudelaire se levait, disant d'un ton

cafard : « Mon frère, lorsqu'oubliant cette vallée de larmes, je m'abreuve aux sources de la volupté céleste... » puis changeant  de ton : « Je n'aime pas qu'on m'... » Et il s'éloignait laissant le bedeau stupéfait.

 

Lorsqu'il se présenta à l'Académie française, il avait quarante ans et avait publié les Fleurs du Mal. Or, le titre seul de son volume lui fit un tort considérable et lui valut d'être reçu fraîchement. L'un des Immortels, au cours de sa visite, lui déclara tout net : « Ah ! si vous aviez écrit les Fleurs du Bien ! » Baudelaire, toujours pince-sans-rire, répondit alors :

 

– Mais, j'ai publié un livre sous ce titre qui est une mordante réplique à mon premier volume.

– Ah ! s'intéressa l'académicien, et quand cela ?

– Mais, en 1858, sous le pseudonyme de Henry Bordeaux.

 

L'académicien balbutia, ne promit rien, mais fut aimable. Baudelaire n'avait d'ailleurs pas menti. En 1858, un nommé Henry Bordeaux avait écrit les Fleurs du Bien. Il faut être un bien grand érudit pour s'en souvenir aujourd'hui.

 

Illustration : Charles Baudelaire

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « Le Petit Méridional », paru en 1898

 

En 1898, un chroniqueur raille ce qui apparaît alors comme une nouvelle forme de musique : la nasophonie, et ses conséquences probables sur la morphologie humaine.

 

Nez.jpgLa musique a fait de grands progrès dans le courant des deux derniers siècles et ses conquêtes ont été aussi nombreuses que décisives, écrit-il. Cependant, toutes les nouveautés ne constituent pas nécessairement des améliorations et, sur les acquisitions les plus récentes, en particulier, on pourrait enregistrer les opinions les plus variables et les goûts les plus différents. Tel amateur de Rossini traitera Wagner de barbare, de même que tel qui se pâme aux sons d'un Stradivarius maudira le piano ou la clarinette.

 

Il est donc fot douteux que la musique nouvelle dont on nous annonce l'apparition rallie du premier coup tous les suffrages. Il s'agit de la nasophonie, sport aussi distingué que difficile et qui consiste à exécuter des airs en se mouchant. C'est d'Italie que nous sont venus les premiers... ronflements de l'art nouveau. Cette nouvelle musique instrumentale est, dit-on, très appréciée au-delà des Alpes et fait fureur, paraît-il, parmi la jeunesse mélomane. Dans quelques villes, à Civita Vecchia, par exemple, des jeunes gens ont fondé un cercle de « nasomanes » et, pour y être admis, il faut pouvoir exécuter au moins la romance de la Gazza Ladra sur le bout... du nez et monter une gamme chromatique de deux octaves et demie.

 

Autrefois, chanter du nez était un défaut ; aujourd'hui, c'est un talent. Cet art à son aurore n'est qu'une conséquence : après l'artiste fin de siècle qui fit florès à Paris il y a quelques années, il était à prévoir qu ele nez ne resterait pas inactif. Pour peu que la mode s'en mêle, nous en entendrons sans doute de belles ! Il est encore un point sur lequel les nasomanes n'ont peut-être pas suffisamment médité.

 

La science enseigne que les organes s'atrophient par défaut d'exercice et se développent par l'usage. Il faut donc s'attendre à voir les nez suivre une progression croissante et refléter fidèlement par leurs dimensions les progrès de la nasophonie. Et c'est peut-être là – qui sait ? – l'amorce d'un perfectionnement précieux. Successivement allongé, épaissi, dilaté, le nez pourra devenir flexible et préhensible. Au bout d'un certain nombre de générations, les hommes, réhabilitant ainsi un organe trop négligé, seront pourvus d'une gracieuse trompe.

 

Mais qu'ils se hâtent : ils sont dès maintenant distancés de fort loin et il leur faudra de grands efforts pour battre le record de l'éléphant. Ce pachyderme nous paraît avoir des droits incontestables au titre de prince des nasomanes. Sans aucun doute, c'est par une éducation musicale rationnelle qu'il a conduit son appendice nasal aux monumentales proportions que tout le monde admire aujourd'hui.

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « La Chronique médicale », paru en 1927

 

Personnage caricatural dont Balzac dira qu'il représente « l’illustre type des bourgeois de Paris » du XIXe siècle, Monsieur Prudhomme dut sa naissance à l'imagination de l'humoriste et dramaturge Henry Monnier, dans des circonstances insolites, vers 1830.

 

Henry-Monnier.jpgCe dernier prenait ses repas dans un petit café de la rue Saint-Louis, proche de la rue de Rohan et de la rue de Chartres. L'établissement s'appelait le Café des Cruches, enseigne irrévérencieuse, que justifiait la physionomie de certains consommateurs. Des bourgeois du quartier, gourmés, solennels et phraseurs, s'y assemblaient. Entre deux parties de bésigue, ils péroraient gravement, censurant le roi, les ministres, émettant des opinions réfléchies sur les choses de l'Etat. Parfois, ils osaient aborder la littérature. Et les cheveux du jeune Monnier, qui multipliait alors les albums de lithographies, se hérissaient d'horreur.

 

Un jour, il parut grimé, méconnaissable. Des besicles d'or chevauchaient son nez bourbonien ; les pointes de son col poignardaient ses joues ; de lourdes breloques s'étalaient sur son ventre copieux, que drapait un magnifique gilet à fleurs. Il s'assit parmi les hôtes habituels de l'estaminet et parla. Ceux-ci écoutèrent, bouche bée, cet orateur disert, qui déclara se nommer Prudhomme (Joseph), exercer la profession de maître d'écriture, et qui tout de suite les émerveilla par la sonorité de son verbe, la noblesse de son geste, l'éclatante évidence de ses affirmations, la profondeur de ses aperçus. Minute inoubliable... Les lettres françaises venaient de s'enrichir d'une figure immortelle.

 

On prête à Henry Monnier nombre de mystifications dont il usait comme sujets d'étude. Ainsi, dans un omnibus, faisant passer la monnaie rendue par le conducteur à une vieille fille assise au fond de la voiture, c'est un petit papier que le caricaturiste glisse à travers cette monnaie, et sur lequel il a écrit, au crayon, à l'avance, ces quelques mots : « Je vous aime. Le Conducteur ». Tête de la victime, prenant connaissance de cette déclaration inattendue. Joie de Mmonnier. Ahurissement du conducteur quand, au lieu de s'entendre dire : « merci », pour l'empressement qu'il met à aider la vieille fille à descendre, il reçoit un soufflet !

 

Et la scène du chalet de nécessité. Monnier vient de voir entrer un certain nombre de clients au W.-C. Il survient, à son tour, non en solliciteur de cabine, mais avec les allures d'un commissaire de police, chargé de quelque urgente enquête : « Que tout le monde sorte ! » s'écrie-t-il d'une voix impérieuse. Effarement dans les cabines ! Il répète son ordre : « Au nom de la loi ! » Les portes s'entrebâillent. Des têtes sortent. Monnier dévisage rapidement toutes ses victimes : « Maintenant, vous pouvez continuer ! »

 

Illustration : Henri Monnier dans sa création de Monsieur Prudhomme

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:30

D'après « Revue de la Marne », paru en 1891

 

Empoissonnement : lisez bien ; car il faut vous dire qu'à la suite des tentatives faites au cours de l'hiver 1890-1891 pour rompre la banquise de glace qui obstruait la rivière au-dessous de Marly, les poissons avaient été tués en grand nombre et que les propriétaires riverains et les pêcheurs ordinaires s'étaient plaints amèrement de manquer de fritures.

 

C'est à l'aquarium du Trocadéro que l'on s'adressa. M. Jousset de Bellesmes, directeur de cet établissement, avait calculé, d'après son dernier recensement, qu'il pouvait mettre à la disposition du service des eaux 50000 jeunes saumons de la taille d'une aiguille. Cinquante mille, pas un de plus, pas un de moins. Tous les oeufs de l'aquarium sont, en effet, comptés avec un soin méticuleux. Après l'éclosion on fait passer les minuscules poissons par une pipette remplie d'eau d'où ils ne peuvent sortir qu'un à un ; et à partir de ce jour il est tenu un registre des décès.

 

Empoissonnement-Seine.gif

 

Jetons un voile sur les chinoiseries administratives que les journaux ont contées à leur heure et qui ont failli priver la Seine de ce surcroît de population. En avril 1891, ces 50000 petites bêtes, renfermées dans trois cylindres d'eau, ont voyagé en tramway à vapeur – train spécial – depuis le Trocadéro jusqu'à Bougival. Un ingénieur de la Compagnie avait pris place sur la machine. Une foule considérable de curieux attendait à la gare de Port-Marly l'arrivée du train officiel.

 

En arrivant sur la berge, M. de Bellesmes a donné quelques renseignements sur ses élèves ; puis on a procédé à l'immersion ; mais ici un incident s'est produit : un thermomètre plongé dans la Seine accusa une température de 9 degrés, tandis que l'eau contenue dans les cylindres donnait 11 degrés : il s'agissait de faire en sorte que les saumons ne s'enrhumassent point ; avec mille précautions on établit l'équilibre entre la température du réservoir et celle de la rivière ; puis on ouvrit les cylindres et les poissons s'échappèrent. Les pêcheurs purent dès lors courir après.

 

Illustration : Le repeuplement de la Seine. Immersion des alevins de l'aquarium du Trocadéro à Port-Marly

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