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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « Le Journal amusant », paru en 1909

 

En 1909, le chroniqueur d'un journal humoristique aborde avec toute la malice due au sujet la divination par les grains de beauté.

 

La science divinatoire, comme toutes les autres sciences, d'ailleurs, étend chaque jour son domaine, explique-t-il. Voici maintenant qu'elle peut, dans une certaine mesure, définir le caractère et prévoir, parfois, l'avenir d'une personne par le seul examen de ses grains de beauté ! Un monsieur communique à la presse quelques-unes des règles établies par lui « à la suite d'observations longues et minutieuses ». Ecoutons ce minutieux observateur.

 

Grain-Beaute.jpgQuand une dame a un grain de beauté sur l'estomac, soyez certain qu'elle aime la bonne chère et même qu'elle est gourmande. Sur les reins, le grain de beauté est un fâcheux présage ; il signifie « infortune » – à moins qu'il ne soit double, car, alors, il annonce « réelle richesse à quarante ans ». Sur un beau front – étoile noire sur un ciel de lait – le grain pronostique « opulence, hautes dignités ». (Et avec ça, madame ?)

 

Placé sous le bras, il indique que la dame ou la demoiselle possède ou possédera un mari excellent, qu'elle mettra, lui aussi, sous son bras. Un grain de beauté sur l'épaule, mauvaise affaire : c'est pour l'infortunée qui le porte « réclusion, captivité » avec un mari tyrannique et jaloux comme ses pieds. Deux grains de beauté sur la même épaule, c'est encore réclusion, mais volontaire : le couvent, par exemple... Mais deux grains de beauté symétriques, c'est, au contraire, du nanan : « Vie heureuse à la campagne. »

 

Sur le sein droit, le grain se traduit : « Honneur acquis par des talents », il attire sur l'autre sein le ruban violet, voire le rouge. Sous le sein droit, il dit « bonheur dans une douce aisance » ; sous le sein gauche « caractère et destinée maussades » ; sur le coeur « malice » ; sur...

 

Mais souffrez que j'interrompe ici, par pudeur, mes révélations. Les lectrices qui souhaiteraient dès éclaircissements complémentaires n'ont qu'à m'écrire aux bureaux du journal (timbre pour réponse). Je dois ajouter que l'examen direct est infiniment préférable aux explications échangées par correspondance et que le mieux est de me fixer un rendez-vous pour que je puisse me rendre compte de visu (envoyer photo, avant tout).

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « La Revue hebdomadaire », paru en 1901

 

Qui ne connaît à Paris le charmeur d'oiseaux du jardin des Tuileries, interroge en 1901 La Revue hebdomadaire ? Les journaux illustrés ont publié sa photographie, et grâce à eux sa célébrité est aujourd'hui répandue dans toute la France et bien au delà de nos frontières. Le charmeur s'appelle Henri Pol. Il y a une douzaine d'années qu'il vit familièrement et en parfaite entente avec les pierrots et pierrettes, friquets et friquettes, et il s'est établi entre eux et lui une véritable intimité née de la joie et de la sympathie.

 

Henri-Pol.jpg

 

Ces moineaux, jeunes et vieux, forment aujourd'hui une même famille en relation quotidienne avec celui qu'ils traitent en ami ; ne s'effarouchant point à son approche comme ils feraient à l'arrivée de tout autre, voletant au-devant de lui, se posant sur sa main, se perchant sur ses doigts. Et chacun d'eux a son évolution particulière dont le but est en réalité d'attraper ou de recevoir le morceau de pain offert ou guetté. Chose curieuse, ces moineaux – ils sont maintenant une quarantaine – ont tous un nom distinct, et lorsque le charmeur le prononce avec une intonation significative, avec un geste bien expressif, ils accourent tour à tour à l'appel, à l'invite, Nicolas, Toto, Quat'sous, Garibaldi, Jambe-de-Bois, Mme Longbec, Belle-Etoile, la Goulue, Marguerite, Ferdinand, Robinet, Joséphine, Gabriel, le Boer, Biribi, le Père François, obéissent à l'œil, et prouvent par leurs mouvements, qui n'ont rien d'automatique, qu'ils agissent avec mémoire, jugement, raisonnement; qu'ils s'entendent, quand il le faut, à la prudence ou à l'abandon, tels de petits bonshommes, de petites personnes donnant des marques d'attachement et de reconnaissance et faisant preuve d'un incontestable esprit d'observation.

 

L'étude de ces familiers de M. Pol est des plus captivantes. Elle prête à toute une série de remarques zoologiques, surtout en ce qui concerne l'apprivoisement. Elle permet de constater chez le moineau une intelligence, inférieure sans doute, mais nettement accusée, qui procède en partie de sa mémoire merveilleuse, en partie aussi d'une association d'impressions. Il y a là un premier élément très rudimentaire de réflexion, ou, comme on l'a dit, une trame sur laquelle la conscience de l'acte produit et voulu se dessine, sans dépasser un certain degré d'initiative mais aussi sans être une démonstration purement automatique. Dans ces conditions, le charmeur du jardin des Tuileries rend de vrais services à la science. Ceux qui passent ou s'arrêtent pour le voir entouré de sa petite troupe ailée se figurent qu'il se livre à un simple amusement. C'est une erreur. Il recueille des données admirablement utiles dont la psycho-zoologie fera un jour ou l'autre son profit.

 

Octogénaire, Henri Pol mourut le 17 juin 1918 à la maison de retraite de Chardon-Lagache.

 

Illustration : Henri Pol dans le jardin des Tuileries vers 1910

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « Musée universel », paru en 1875

 

Le célèbre diamant appelé Sancy, pesant 55 carats, appartenait à la maison de Bourgogne et fut perdu par Charles le téméraire à la défaite de Granson. Ramassé par un paysan, il passa de main en main, et fut vendu à Lucerne en 1492, au prix de 5000 ducats.

 

Aurora-Demidov.jpgPossédé quelque temps par la couronne du Portugal, il fut acheté à la mort du dernier descendant de la maison de Bragance, détrôné et exilé, par Nicolas de Harlay, sieur de Sancy, en 1570 – lequel deviendra surintendant des finances du roi Henri IV. Il en prit le nom et l'a conservé. Passant entre les mains du roi d'Angleterre, du cardinal Mazarin, de Louis XIV, de la reine Marie-Antoinette, avant d'être perdu en 1792 puis d'être retrouvé deux ans plus tard, il fut vendu au prince russe Pavel Demidov (Paul Demidoff) en 1828.

 

Ce dernier le possédait encore au moment où une anecdote piquante émaille l'histoire mouvementée du Sancy. La princesse Demidoff visitait les galeries du Louvre en compagnie de l'aimable critique Jules Janin. Le Sancy brillait sur sa poitrine, retenant les plus d'un châle de l'Inde. La chaleur était étouffante : elle éprouva le besoin de se mettre à l'aise, et recourut au moyen le plus simple : elle défit son châle, le confia au bras de Jules Janin, et, ne sachant que faire du précieux bijou qu'elle venait de dégrafer, pria notre critique de s'en charger en même temps, ce qu'il fit de bonne grâce, fourrant le Sancy dans la poche de son gilet blanc.

 

Le lendemain, le prince Demidoff accourt à Passy de la part de la princesse. Il venait chercher le diamant ! « Le diamant ? s'écrie Janin. Que voulez-vous dire ? Ah ! Je me rapelle. Où est mon gilet ? Qu'ai-je fait de mon gilet ? » On appela la bonne. Elle ne sait ce qu'on lui veut. Le gilet blanc ! Mais elle vient de le donner à la blanchisseuse. On se précipite chez la blanchisseuse ; celle-ci venait de mettre le gilet à la lessive ; elle n'y avait rien remarqué d'extraordinaire.

 

« Attendez cependant ! Dans l'une des poches, il y avait un bouchon de carafe, et comme ce morceau de verre me paraissait sans valeur, je l'ai donné à mon petit garçon, qui joue dans la cour. » Dans la cour, en effet, le gamin faisait sauter le Sancy, tout joyeux d'avoir une bille plus grosse que les autres. Il se laissa arracher son jouet sans trop de résistance, et ouvrit de grands yeux étonnés en voyant le prince et le critique se livrer à une pantomime expressive que ne semblait pas mériter la possession d'un simple morceau de verre.

 

Illustration : la princesse Aurora Demidov et son fils

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 20:50

Réclame parue en 1906 dans « Le Petit Parisien. Supplément littéraire illustré »

 

Pilules-Pink.jpgElle y avait foi. Elle avait raison. Les pilules Pink l'ont guérie.

 

Quand Mlle Elisabeth Roumagnac de Balart s'est sentie anémiée, lorsqu'elle s'est aperçue que mangeant de moins en moins, elle perdait ses forces et que consultant son miroir elle s'est vue de jour en jour une plus mauvaise mine, elle a décidé qu'elle prendrait les pilules Pink.

 

Les pilules Pink lui inspiraient confiance. Elle avait remarqué sur les journaux les nombreuses attestations de guérison qui y sont régulièrement publiées, on lui avait d'autre part beaucoup parlé de ce médicament et elle savait que telle et telle personne de la localité et des environs s'étaient fort bien trouvées de ce traitement. Mlle Elisabeth Roumagnac de Balart a justement pensé que les pilules Pink qu'elle allait acheter chez son pharmacien ne seraient pas différentes de celles qui avaient guéri d'autres jeunes femmes malades comme elle-même, et qu'il y avait par conséquent de grandes chances pour que les pilules Pink la guérissent aussi. Elle avait parfaitement raison. Elle a été guérie.

 

« Les pilules Pink, écrit-elle, m'ont fait beaucoup de bien. Depuis quelque temps je ne me portais pas bien. A proprement parler, je ne souffrais pas énormément, mais je sentais positivement que mes forces s'en allaient, et que j'allais bientôt tomber très sérieusement malade. Je ne pouvais pas me faire d'illusions et me dire que ça allait se passer. Les différents malaises que j'éprouvais devenaient plus fréquents et plus intenses, mon appétit autrefois excellent s'était fait capricieux et avait ensuite diminué au point que je mangeais juste de quoi ne pas mourir de faim.

 

Mlle-Roumagnac.jpg« Cela n'empêchait pas d'ailleurs mon estomac de me faire souffrir et mes digestions d'être très pénibles. J'étais très pale, très faible et avais très souvent la migraine. J'ai pris les pilules Pink et dès les premiers jours mon état s'est amélioré, mon appétit surtout s'est développé. M'alimentant mieux, digérant bien, j'ai senti mes forces revenir. On a constaté aussi que j'avais meilleure mine. Enfin après avoir pris le contenu de trois boîtes j'étais parfaitement rétablie. »

 

Mlle Elisabeth Roumagnac de Balart habite Villariès, canton de Fronton, Haute-Garonne. Ayez confiance aux pilules Pink, elles ne peuvent que vous faire du bien. Les pilules Pink ne sont pas un remède nouveau, un remède qui ait à faire ses preuves. Les pilules Pink sont vendues sur la recommandation de ceux qu'elles ont guéris et tous les jours en lisant vos journaux vous pouvez lire des attestations sincères de guérisons, attestations toujours nouvelles et toujours accompagnées du nom et de l'adresse de la personne guérie.

 

On peut se procurer les pilules Pink dans toutes les pharmacies et au dépôt : pharmacie Gablin, 23 rue Ballu, Paris. 3f50 la boîte, 17f50 les 6 boîtes franco. Les pilules Pink donnent du sang, donnent de l'appétit et des forces, favorisent les digestions et la nutrition. Elles tonifient le système nerveux. Elles sont indispensables à tous les affaiblis, à tous les épuisés.

 

2e illustration : Mlle Roumagnac de Balart

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 18:00

D'après « Revue des traditions populaires », paru en 1899

 

Dans la nuit de la Toussaint, en Franche-Comté, on sonne les cloches pour les âmes en peine, depuis la tombée du jour jusqu'au matin. Il n'est pas rare de voir, dans les villages, les habitants s'offrir à relayer le sonneur : c'est une oeuvre pie. Chacun va sonner « une volée » pour le repos de l'âme du mort qui lui est cher, parent ou ami; puis on se retire après avoir récité un de profundis.

 

Purgatoire.jpgQuant au sonneur professionnel, pour le récompenser de sa fatigue, il est autorisé à aller à domicile quêter du vin dans un baril. C'est peut-être de cet usage que vient le proverbe : « boire comme un sonneur ». A Montbéliard, à la fin du XIXe siècle, les crieurs de nuit s'en allaient par les rues, agitant une clochette et chantant des psaumes. De temps à autre, quand un psaume était terminé, ils criaient :

 

Réveillez-vous, bonnes gens qui dormez !

Ne dormez pas si fort

Que vous ne songiez à la mort,

Priez pour les Trépassés,

Que Dieu veuille leur pardonner.

 

Cette nuit de la Toussaint, veille du Jour des Morts, a particulièrement frappé l'esprit des populations de nos campagnes. C'est vers la douzième heure que se produisent les apparitions lugubres ou fantastiques ; les morts reviennent au foyer ancestral, demander des prières ; on les voit errer par les chemins, leurs ombres apparaissent au-dessus des tombes des cimetières. A Scey-en-Varais (Doubs), c'est durant cette nuit qu'on entend les hurlements des chiens, le galop des chevaux et les sonneries de cor du « chasseur maudit » qui chevauche à travers les nuées.

 

A Faucogney, à Saint-Bresson et dans d'autres localités de la Haute-Saône, le jour de la Toussaint, les villageois s'habillent en deuil et vont à l'église ; ils ont les poches pleines de noix, de noisettes et de pommes. Après avoir prié, ils distribuent ces menus fruits aux enfants qu'ils ont amenés avec eux. Ailleurs, ce sont les jeunes gens qui, en ce jour de Toussaint, donnent à leurs bonnes amies ces mangeottes dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, en octobre, à la Saint-Simon.

 

Une superstition encore très répandue dans le Doubs et principalement dans la Haute-Saône (Lure, Luxeuil, Faucogney, Saint-Bresson, Mancenans), consiste à manger du millet au repas du soir : autant de grains avalés, autant d'âmes délivrées du purgatoire. C'est un procédé beaucoup plus économique que de faire dire des messes ; aussi l'usage persiste-t-il, en dépit des remontrances des curés. Le millet ou pilé, qui était jadis un mets populaire, n'est plus guère consommé aujourd'hui qu'en cette occasion. Certains qui croient que les âmes font leur purgatoire dans la maison même où elles étaient incarnées, et tout au bout de la crémaillère qui pend dans le feu. Aussi a-t-on soin de lever « le cramail » aussi haut que possible pour qu'elles souffrent moins.

 

Dans plusieurs localités, notamment à l'Isle-sur-le-Doubs, à Lure (Haute-Saône), on illumine les cimetières la nuit de la Toussaint. On plante de petits cierges allumés sur les tombes et on éclaire l'intérieur des monuments où se trouvent des chapelles. Si à l'occasion de plusieurs fêtes de l'année, notamment à Pâques, aux Rogations, à l'Ascension, il était interdit de faire la lessive sous peine de voir mourir le chef de la maison, cette prohibition existe également pour la semaine qui précède la Toussaint. La prédiction funèbre s'applique non seulement au patron, mais à l'imprudente lessiveuse, qui « lave son suaire » si elle enfreint cette défense.

 

Parmi les dictons répandus dans ce pays, citons :

 

De la Toussaint à la fin de l'Avent (3 décembre)

Jamais trop de pluie ni trop de vent.

 

Plus il gèle avant la Toussaint

Plus il gèle après Pâques.

 

La Toussaint venue,

Quitte la charrue.

 

Tel temps à la Toussaint,

Tel temps à Noël.

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « La Revue de Paris », paru en 1902

 

Lors de la fête celtique de Samhain, adoptée par les Gaulois et appelée plus tard Halloween, les morts recouvrent une liberté sans entrave. Le premier texte irlandais faisant mention précise d'un fantôme est un morceau intitulé « l'expédition de Néra » servant d'introduction à une épopée du Xe siècle, le Tain bo Cuailgne (enlèvement des vaches de Cuailgne), et qui se déroule précisément le soir de Samhain.

 

Fees.jpg« Dans la nuit qui précède la Toussaint, le roi Ailill et la reine Medb proposèrent un prix au guerrier qui serait assez hardi pour aller nouer d'un lien d'osier les pieds d'un captif, pendu de la veille. Néra, seul, accepta de braver les ténèbres et l'horreur d'une semblable nuit, que les démons ont coutume de choisir pour se montrer. Lorsqu'il eut atteint l'endroit, ce fut le pendu qui lui indiqua lui-même comment fixer le lien d'osier; après quoi, il lui demanda de le prendre sur son dos et de le mener boire. Néra le prit donc et le porta de seuil en seuil. Le mort ne voulait entrer que dans une maison où l'on n'aurait ni vidé les seaux ni couvert le feu. Quand il eut trouvé ce qu'il cherchait et qu'il eut fini de se désaltérer, il lança la dernière gorgée d'eau sur les hôtes de la maison, et, tout aussitôt, ceux-ci moururent. »

 

En Irlande, où la population celtique continue d'exister au Ier siècle de notre ère après la guerre des Gaules, la bean sidhe, cette mystérieuse annonciatrice du trépas, est indifféremment, selon les cas, une fée ou un fantôme, et les errantes des parents morts sont parfois assimilées à des nains qui courent les routes, la nuit, en faisant de la musique. Comme les fées, les défunts sont censés habiter des résidences souterraines : comme les fées, on les rencontre par les chemins, à cheval sur de fantastiques montures qui galopent à toute vitesse. Le fer, qui protège contre les fées, est aussi un préservatif contre les revenants.

 

Les jours consacrées aux fêtes des sidhe dans la mythologie irlandaise sont Belténé (le 1er mai) et Samhain (le 1er novembre), dates où les morts redeviennent leurs maîtres. La nuit du Samhain, ils participent aux réjouissances des fées, boivent du vin dans les coupes des fées, dansent sous la lune aux accords des instruments féeriques. Un homme que les fées avaient enlevé pour assister à leur partie de balle trouve chez elles sa sœur qu'il avait perdue trois années auparavant et obtient qu'elle lui soit rendue, vivante. La croyance selon laquelle la mort n'est réelle que pour les gens âgés implique que lorsqu'on disparaît de cette vie en pleine jeunesse, c'est qu'on a été ravi par les fées.

 

On retrouve cette croyance en Écosse, autre lieu de refuge des Celtes. Dans un conte recueilli par Campbell, une vieille femme, causant avec les fantômes de ses anciens maîtres, apprend de leur bouche que les sidhe viennent de s'emparer d'un jeune homme pleuré comme mort. Enfin, là où les deux catégories d'êtres ne sont pas entièrement confondues, et où ne s'est pas implantée l'idée chrétienne que les fées sont des démons, ces dernières passent pour la descendance des Tûatha Dê Danann qui, dans ces traditions plus récentes, sont authentiquement conçus comme des ancêtres morts, et non plus comme un peuple surnaturel.

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « La Revue des journaux et des livres », paru en 1887

 

Il eût été bien étrange que l'homme, qui tire parti de tout, depuis les microbes jusqu'au soleil, ne songeât pas à utiliser le mystérieux phénomène de la phosphorescence. Les créoles de Cuba se servent, dit-on, en guise de veilleuse, d'une luciole indigène, sorte de ver luisant gigantesque, préalablement enfermée dans une lanterne à parois transparentes, de verre ou de papier mince. Telle a été, sans doute, la première appropriation industrielle de la phosphorescence. Mais ce n'était encore là que l'enfance de l'art.

 

Il a fallu bientôt faire mieux et davantage. On n'a pas tardé à s'apercevoir que, dans cet ordre d'idées comme dans les autres, il était beaucoup plus avantageux d'aider la nature que de s'en tenir à ses présents spontanés. Au lieu de prendre où ils se trouvent, dans le règne animal, le règne végétal ou le règne minéral, les objets ou les êtres doués d'une phosphorescence naturelle, on a créé de toutes pièces une phosphorescence artificielle, autrement intense et précieuse. On sait aujourd'hui, dans les laboratoires, par la combinaison d'un sulfure et d'une petite quantité d'eau avec un métal alcalin quelconque, le baryum, par exemple, le calcium, le strontium surtout, fabriquer des préparations étranges, qu'il suffit d'exposer à la lumière, même diffuse, lumière solaire, électrique ou autre, pour que, pendant un temps assez long, elles manifestent leur pouvoir éclairant. Ce sont ces préparations qui servent de base aux enduits lumineux.

 

Palais-Electricite.jpg

 

Elles n'étaient pas plutôt entrées dans le commerce à la fin du XIXe siècle, que l'idée venait d'en recouvrir les objets que l'on a besoin de discerner dans les ténèbres : bobèches, boîtes d'allumettes, numéros de maisons, boutons de portes, trous de serrures, cadrans de montres ou de pendules, seaux à incendie, etc. Mais tout cela était plutôt amusant que pratique. On avait des « articles de Paris », des jouets... d'adultes, de la bimbeloterie scientifique, – rien qui fût réellement d'utilité courante. Des audacieux voulurent lancer un journal imprimé en caractères phosphorescents : après une vogue d'une semaine, la tentative échoua piteusement. Elle ne répondait pas à un besoin effectif. Une expérience plus sérieuse a consisté à revêtir de vernis phosphorescent le plafond des wagons de chemins de fer : de cette façon, on obtient une clarté douce, suffisante pour lire la huit, sans le secours des affreux quinquets, clignotants et fumeux.

 

Voici qu'on parle de se servir des enduits phosphorescents à la guerre... Pas une découverte, si pacifique qu'elle paraisse, dont, les hommes de fer et de sang ne fassent immédiatement leur affaire !... Le cordon phosphorescent pour les travaux de nuit a été adopté par le génie britannique. Ce cordon peut servir, soit de tracé pour le contour des travaux à exécuter, soit de fil conducteur aux hommes de corvée, qui le déroulent en s'éloignant du camp et le relèvent en rentrant. Ce que c'est que le progrès, et comme la fable se métamorphose avec le temps : Voilà maintenant qu'Ariane s'est faite physicienne et chimiste !... Au grand profit, au surplus, de l'art de surprendre et de tuer le pauvre monde : pas besoin, en effet, d'être grand clerc en stratégie pour comprendre combien il importe parfois, en campagne, d'opérer par les nuits sombres sans déceler sa présence par le moindre rayon de lumière. Le vernis phosphorescent sert encore à la construction de compas de marine à cadran lumineux et de « lampes d'Aladin » pour l'inspection intérieure des chaudières des machines à vapeur.

 

Mais tout cela n'est rien à côté de séduisants et prestigieux projets. Il ne s'agirait de rien moins que de détrôner tous les systèmes d'éclairage généralement quelconques, depuis l'humble pétrole jusqu'à la superbe lumière électrique, pour les remplacer par l'emploi – en grand – des phosphores artificiels. On parle aux Etats-Unis de forcer tous les propriétaires à badigeonner leurs maisons avec le vernis phosphorescent. Les façades, éclairées pendant le jour par les rayons du soleil, emmagasineraient assez de puissance lumineuse pour dispenser les municipalités de faire des frais de becs de gaz, de bougies Jablochkoff, ou de brûleurs Edison !

 

Vous voyez d'ici l'avenir que ce projet nous réserve ? La machine à vapeur nous restitue déjà la force que le soleil a, pendant des siècles et des siècles, enfouie, sous forme de combustibles variés, dans les entrailles de la terre. L'enduit phosphorescent va mettre, par-dessus le marché, à notre disposition une partie de la lumière que l'astre répand si libéralement à travers les solitudes de l'espace !

 

Le projet – est-il besoin de le dire ? – est encore à l'étude. On a depuis bel âge, dans certaines villes américaines, réussi à rendre les affiches publiques lumineuses par le même procédé. C'est d'un excellent augure. Pourquoi n'utiliserait-on pas ce même phénomène de la phosphorescence pour faire à la coque de tous les navires, – hormis, toutefois, les torpilleurs, qui, pour leur besogne de destruction et de mort, ont besoin d'être vêtus de deuil –, paquebots, steamboats, etc., une sorte d'armure de lumière, comme la sélection naturelle en a mis une à ces poissons des gouffres sous-marins ? On éviterait ainsi bien des abordages, bien des catastrophes, sans compter que le pittoresque n'y perdrait rien...

 

Et songeons au féerique aspect que présenteront les cités du vingtième siècle, lorsqu'on se sera décidé à « allumer » non seulement les façades et les portes des maisons, les affiches, les enseignes et les bouches d'incendie, mais encore les parapets des ponts, les balustrades des quais, les bordures des trotloirs, les roues des voitures, les sabots des chevaux et les képis des sergents de ville ; quand nous aurons le cirage phosphorescent, la pommade Fiat lux et la poudre de riz lumineuse... Il est vrai que cela ne fera l'affaire ni des compagnies de gaz, ni des rôdeurs de nuit.

 

Illustration : Le Palais de l'Électricité lors de l'Exposition universelle de 1900 à Paris

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « Le Journal de la jeunesse. Nouveau recueil hebdomadaire illustré », paru en 1904

 

Au temps de Philippe-Auguste, en 1184, on avait commencé timidement à faire paver la ville, du moins certaines rues exceptionnelles, avec de petits carreaux de grès, dont le nom se retrouve dans une rue du centre de Paris. La grande ville était d'ailleurs bien petite à cette époque, car son enceinte ne renfermait que les quartiers de Saint-Jacques, de la Grève, de la Boucherie et de la Verrerie. En voyant les rues transformées si avantageusement, les habitants des voies pavées se réunirent en groupe pour louer des tombereaux qui reçurent mission d'enlever tous les jours les ordures ménagères, et de les transporter au pourtour de la ville, dans les champs.

 

Un certain gentilhomme, Girard de Gouet, qui devait être fort riche pour l'époque, donna à la ville de Paris dans le but de faciliter ce service de voirie et d'enlèvement des ordures. Mais il n'est pas probable que la générosité des particuliers eût pu continuer de suffire aux besoins de ce service ; et il arriva un moment où l'administration dut frapper chaque maison d'une taxe pour assurer l'entretien des rues et l'enlèvement des ordures.

 

Chifonniers.jpg

 

En 1539, François Ier modifia et améliora considérablement la situation. Précurseur du préfet Poubelle, qui, en 1884, eut l'honneur d'attacher son nom aux boîtes, métalliques ou non, que l'on dépose devant les maisons et qui sont destinées à recevoir les ordures en attendant le passage des « boueux », François Ier avait, par une ordonnance, décidé qu'on ferait usage de paniers dans lesquels les habitants devraient déposer les ordures, au lieu de les jeter purement et simplement dans la rue en attendant le passage des tombereaux.

 

L'ordonnance régla minutieusement les dimensions et les dispositions de ces tombereaux. Que l'on remarque bien que le souverain avait ordonné qu'ils fussent entièrement fermés. Il était spécifié que le service d'enlèvement se ferait, l'été, entre dix heures et onze heures du matin et entre trois heures et sept heures du soir, et à des heures un peu différentes pour la saison d'hiver.

 

Il est à remarquer que, vers le milieu du XIXe siècle, Paris se trouvait à cet égard fort en retard sur l'époque de François Ier. En 1853 par exemple, on autorisait le dépôt des ordures dans les rues de Paris à partir de quatre heures du matin, ces ordures étant déposées sur la chaussée ou même sur les trottoirs, sans le moindre panier ou la moindre boîte. En fait, dès neuf heures du soir on déposait les immondices. Aussi les Parisiens qui rentraient tard chez eux rencontraient des milliers de chiffonniers occupés toute la nuit à remuer et à éparpiller ces ordures ménagères, pour y trouver les détritus, débris et déchets dont ces intéressants industriels savaient tirer parti, quelque peu aux dépens de l'hygiène.

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « Bulletin de la Commission historique et archéologie de la Mayenne », paru en 1904

 

Au début du XXe siècle, le musée archéologique de Laval demande à la Commission historique et archéologique de la Mayenne d'identifier un curieux objet de sa collection. Sans être exceptionnel, ce dernier ne se rencontre pas très fréquemment. Il s'agit d'une fiole ou ampoule en terre cuite de forme ronde, aplatie, munie de deux anses qui se rattachent au goulot. Elle mesure 9,3 cm de hauteur et 6 cm de largeur.

 

Ampoule-Saint-MenasC'est une ampoule de saint Ménas, illustre martyr, qui succomba en Égypte vers la fin du IIIe siècle, pendant la persécution de Dioclétien, et dont le corps fut enterré dans une église près d'Alexandrie. Cet objet avait une fonction spécifique durant les premiers siècles du christianisme. Dès le IVe siècle, nous apprend Martigny dans son Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, l'usage s'était établi de transporter de Jérusalem, pour la satisfaction de la piété des fidèles, de l'huile bénite qui brûlait jour et nuit dans les lieux saints. Il en fut de même de l'huile – ces huiles étaient appelées Eulogies – des lampes des tombeaux des apôtres et des martyrs. Les papes en distribuaient aux fidèles, pour suppléer aux reliques des martyrs eux-mêmes, que, dans ces siècles de foi, on ne livrait qu'avec une extrême parcimonie.

 

Saint Grégoire de Tours relate plusieurs guérisons opérées par la vénération de l'huile prise au tombeau de saint Martin. Le pape et les évêques envoyaient ces huiles aux églises, aux souverains et aux personnes de distinction. Elles étaient renfermées dans des fioles ou ampoules de métal, comme les célèbres ampoules en plomb du trésor de Monza, ou dans des flacons de verre ou de terre cuite, classe à laquelle appartient le petit vase qui nous occupe. Il était destiné à contenir de l'huile du saint martyr Ménas dont le culte et les ampoules furent, autrefois, très répandus dans toutes les contrées d'Orient et même d'Occident.

 

L'ampoule de Laval examinée alors est en terre cuite, de couleur rougeâtre, d'une cuisson assez imparfaite. Elle avait été trouvée à Vienne, en Isère, et datait de la fin du VIe ou au commencement du VIIe siècle. Les anses en rendaient le maniement plus facile et au besoin permettaient d'attacher l'ampoule suspendue au cou pour la rapporter. Sur chaque face est un médaillon inscrit dans un cercle. Le dessin est assez fruste et incorrect. Au centre du médaillon est représenté saint Ménas, les bras étendus, dans l'attitude des orantes des catacombes. Il est vêtu d'une tunique courte, serrée autour des reins et descendant à peu près à la hauteur des genoux. Par dessus est jeté le pallium, dont on voit les plis à droite et à gauche du personnage.

 

De chaque côté de la tête, on aperçoit une petite croix grecque. Au-dessous des bras sont deux animaux assez difficiles à reconnaître. Cependant, en comparant à un dessin donné par Martigny dans son Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, on croit reconnaître le chameau. Il est, en effet, donné comme attribut à saint Ménas, parce qu'il vécut au désert. L'animal est disposé la tête en bas, les jambes repliées sous le poitrail. Une courbe prononcée indique sa bosse. L'animal placé à gauche du saint est à peu près reconnaissable ; l'autre est très mal venu, le cou est trop allongé ; néanmoins il s'agit encore, semble-t-il, d'un chameau.

 

Le musée royal d'antiquités de Bruxelles possède deux de ces petites ampoules. Sur la face de la première, on lit, autour d'une croix pattée, une inscription pouvant se traduire par Eulogie ou objet sanctifié de saint Ménas. Le revers de cette fiole et les deux faces de la seconde sont ornés de l'image de saint Ménas avec les accessoires que nous avons indiqués ci-dessus. Martigny a relevé la même inscription complète, sur une ampoule trouvée à Arles. Le même auteur reproduit une ampoule trouvée près d'Alexandrie, probablement sur l'emplacement même du sanctuaire de saint Ménas. Le personnage a pour attributs les deux chameaux assez nettement dessinés.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « La Revue de poche », paru en 1867

 

Payez-vous ! dis-je au cocher qui me menait, en lui tendant une pièce d'or, et j'attendis qu'il me rendît la monnaie mais voilà que, tout à coup, cette action si simple avait fait naître dans mon esprit une question que je voulus résoudre. Aussitôt, donc, que j'en eus fini avec l'automédon, je sonnai et rentrai chez moi.

 

Payer.jpgVoyons, me dis-je, je viens de prononcer là un mot bien usuel, bien rebattu, et je ne me suis jamais demandé de m'en rendre compte. Payer ! Quelle peut être l'étymologie de ce verbe que nous disons tous ? Serait-ce donc un de ces mots qui ont tant changé en route, que l'on n'obtient qu'un éclat de rire du vulgaire quand on veut lui en dire les transformations ; et, suivant les savantes leçons que nous ont laissées Raynouard et ses disciples, je cherchais en latin un mot qui pût me rendre compte du verbe français que je voulais disséquer.

 

Après quelques minutes de recherches et de réflexions, j'arrivai à un résultat. Payer devrait venir de pagare si le mot existait, c'est de pacare qu'il vient; nous ne sommes donc pas très loin en français du mot original comme valeur de lettres, mais comme sens du mot, c'est autre chose. Pacare veut dire, en latin, apaiser, mot qui, lui-même, est dérivé du vocable que je viens de citer. Quel rapport pouvait-il donc exister entre ces deux significations de payer et d'apaiser ? L'histoire ne tarda pas à me l'expliquer.

 

Au temps primitif des Mérovingiens, une loi qui ne peut à présent nous paraître que bizarre régnait en France. C'est du wehrgeld que je veux parler ; cette coutume, germanique d'origine comme son nom et le peuple qui l'avait apportée en Gaule, consistait à rémunérer le plaignant de ses pertes ou de ses dommages par une juste indemnité. Mais, ce qui nous semblera plus étrange, c'est que non seulement on indemnisait celui à qui on avait fait un tort appréciable, mais que même on payait ainsi des crimes. Tout se réduisait en argent. Un tarif existait suivant lequel, chacun, d'après sa condition, pouvait se racheter d'un meurtre au plus juste prix. C'était tant pour un homme libre qui avait tué un serf, tant pour un homme libre qui avait tué son pair, tant pour un serf qui avait tué un homme au dessus de sa condition, et ainsi de suite.

 

Je sortirais de mon sujet si je traçais ici, d'une façon plus complète, ce taux des divers crimes. Tout le monde connaît le wehrgeld, et je ne fais pas un cours d'histoire. Il me suffit d'avoir pu tirer de ce que je viens de dire la raison normale du mot que je cherchais. Quand, par exemple, un homme avait blessé un autre homme, suivant la gravité de la blessure et la condition respective de l'un et de l'autre, il pouvait le pacare, pour employer le latin, en usage à cette époque ; vint enfin la langue vulgaire qui se forma comme elle put de ce latin qu'elle trouvait répandu généralement.

 

On traduisit par payer cette acception du mot apaiser, où la paix qu'on faisait consistait à donner de l'argent, pendant que l'autre dérivé de pacare continuait à vivre avec le sens restreint qu'avait primitivement le mot latin. De là à employer le nouveau mot dans le sens de donner de l'argent, même quand ce n'était pas à titre d'indemnité, il n'y eut qu'un pas, et ce pas on le fit si bien que maintenant, les deux mots, le latin père, et le français fils ont des sens absolument distincts. Et pourtant encore de nos jours, payer n'est-ce pas apaiser en bien des sens ? Apaiser des fureurs que l'on ne saurait vaincre autrement, des ambitions cachées, des prétentions justes même ! Les deux mots, si l'on y fait bien attention, ne sont-ils pas restés liés indissolublement ?

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