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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 18:33

Apothicaire.jpgD’après « Bulletin des sciences pharmacologiques », paru en 1915

 

Le 4 août 1744, Louis XV arrivait à Metz, conduisant une armée contre les Autrichiens qui venaient d'envahir notre Alsace. Fatigué par le voyage, par la chaleur, les préoccupations de la campagne et plus encore par les réceptions et les fêtes incessantes auxquelles il participait, il tomba malade au bout de huit jours au point d'inquiéter ses médecin et chirurgien ordinaires, Chicoyneau et La Peyronie.

 

Ceux-ci se livrèrent sur la personne du roi à une véritable débauche de saignées, de lavements, de purgatifs et de vomitifs qui auraient terrassé les plus valides. En même temps, ils ordonnaient le renvoi immédiat de la duchesse de Châteauroux qui exerçait auprès de lui certaines fonctions quasi-officielles. Il s'agissait, en réalité, d'un embarras gastrique peu grave, d'une sorte de typhoïde abortive, qui disparut dès qu'on eut cessé les purges et les saignées. Le mérite de la guérison fut attribué au praticien qui venait de prendre en mains l'auguste malade, M. de Moncharvaux. Il semble bien, en effet, qu'il ait compris la nécessité de stimuler et non de débiliter le patient.

 

Voici — les quantités étant traduites en grammes — la formule de l'élixir qui opéra la cure : Safran (1gr.27) ; ambre gris (7gr.6) ; musc fin (3gr.8) ; perle préparée, girofle, cannelle, macis, gingembre, trois-poivres (ensemble 45gr.9) ; muscades (61gr.) ; sucre fin (92 gr.) ; graines de paradis, anis, coriandre et fenouil (ensemble 30gr.6) ; genièvre (1 poignée) ; graine de rave (30gr.6) ; graine d'hièble (15gr.3) ; extrait d'angélique (30gr.6) ; fleur d'oranger (61gr.) ; feuilles d'or (120f.) ; vin d'Espagne (0 litre 931) ; esprit de vin (1.958gr.) ; eau de mélisse (122gr.)

 

Cette formule nous a été conservée par Louis-Martin Charlard, apothicaire privilégié, qui avait fondé en 1765 une pharmacie à Paris, rue Basse-Porte-Saint-Denis (plus tard le 12 boulevard Bonne-Nouvelle) : il l'avait transcrite sur un cahier qu'il relia à la suite de son exemplaire du Cours de Chimie, de Lemery

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 17:30

D'après « Predicatoriana ou Révélations singulières et amusantes sur les prédicateurs », paru en1841

 

Le Père Ange-Raymond Honoré, célèbre capucin né en 1632 à Cannes en Provence, prêchait d'une singulière manière ; il rendait terribles les vérités de la religion, en les présentant sous une forme burlesque. Prêchant un jour contre la vanité du monde, il prit une tête de mort entre ses mains :

 

Predicateur.jpg« Parle, dit-il dans son langage provençal, ne serais-tu point la tête d'un magistrat ? Qui ne dit rien consent. » Il lui mit alors un bonnet de juge : « Hé bien ! poursuivit-il, n'as-tu point vendu la justice au poids de l'or ? n'as-tu point ronflé plusieurs fois à l'audience ? ne t'es-tu pas entendu avec l'avocat et le procureur, pour violer la justice, cette belle vierge, malgré ses cris ? Combien de magistrats ne se sont assis sur les fleurs de lys que pour mettre la vertu mal à son aise ! » Il jeta alors la tête avec une espèce d'emportement.

 

Il en prit une autre à qui il dit : « Ne serais-tu point la tête d'une de ces belles dames qui ne s'occupent que du soin de prendre des cœurs à la pipée ? » Il tira alors une fontange et la lui mit, puis lui dit : « Hé bien ! tête éventée, où sont ces beaux yeux qui jouaient si bien de la prunelle ? cette belle bouche qui formait des ris si gracieux, qui feront pleurer tant de malheureux dans l'enfer ? où sont ces dents, qui ne mordaient tant de cœurs que pour les mortifier, afin de les pouvoir faire mieux manger au diable ? ces oreilles mignonnes, auxquelles tant de godelureaux ont chuchoté si souvent pour pouvoir entrer dans le cœur par cette porte ? où est ce fard, cette pommade et tant d'autres ingrédients dont tu t'enluminais le visage ? que sont devenus ces roses et ces lys naturels ou artificiels que tu laissais cueillir par des baisers impudiques ? »

 

Ce prédicateur, plein d'enthousiasme, parcourait ainsi toutes les conditions. Il mettait à sa tête de mort tantôt un chapeau, tantôt un bonnet, ou bien une cornette, ou un capuchon, suivant le rôle qu'il lui faisait jouer ; il avait soin de se munir de tout l'attirail qui lui était nécessaire, lorsqu'il devait prêcher ce sermon vraiment dramatique. Avec ses discours farcis de quolibets et de turlupinades, il ébranlait vivement les sens ; il s'insinuait dans les esprits malgré le son de sa voix aigre et glapissante.

 

Aussi le Père Bourdaloue dit à Louis XIV qui lui demandait son sentiment sur ce capucin : « Il écorche les oreilles, mais il déchire les cœurs. »

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 18:45

Chat-Heure.jpgD’après « Le Monde illustré », paru en 1934

 

Dans un vieil ouvrage de l'abbé Auguste-Marie Hue (1840-1917), nous trouvons la manière bien pittoresque, sinon bien pratique, de remplacer sa montre par l'œil d'un chat.

 

C'est en Chine, paraît-il, qu'elle est quelquefois employée. « Des Chinois, dit l'abbé Hue, nous apportèrent trois ou quatre chats et nous expliquèrent de quelle façon on pouvait s'en servir avantageusement pour lire l'heure.

 

« Ils nous firent voir que la prunelle des yeux de ces bêtes allait en se rétrécissant à mesure qu'on avançait vers midi ; qu'à midi juste, elle était comme un cheveu, comme une ligne d'une finesse extrême tracée perpendiculairement sur l'œil : après midi, la dilatation recommençait. Quand nous eûmes examiné tous les chats, nous conclûmes qu'il était midi passé : tous les yeux étaient parfaitement d'accord. »

 

Vous pourrez essayer : seulement, prenez garde que la pendule ne vous griffe pas.

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 18:07

Henri-IV-copie-1.jpgDans le chapitre de ses Historiettes consacré à Henri IV, Tallemant des Réaux nous apprend que, passant par un village, le roi fut obligé de s'arrêter pour y dîner ; il donna ordre qu'on lui fît venir celui du lieu qui passait pour avoir le plus d'esprit, afin de l'entretenir pendant le repas.

 

On lui dit que c'était un nommé Gaillard. « Eh bien ! dit-il, qu'on l'aille quérir. » Ce paysan étant venu, le roi lui commanda de s'asseoir vis-à-vis de lui, de l'autre côté de la table où il mangeait.

 

Tallemant poursuit : « Comment t'appelles-tu ? dit le roi. — Sire, répondit le manant, je m'appelle Gaillard. — Quelle différence y a-t-il entre Gaillard et paillard ? — Sire, répondit le paysan, il n'y a que la table entre deux. — Ventre-saint-gris! j'en tiens, dit le roi en riant, je ne croyais pas trouver un si grand esprit dans un si petit village. »

 

Illustration : Henri IV

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 18:51

Napoleon-copie-3.jpgBonaparte, visitant un jour le tombeau de Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville, — alors propriété du comte Stanislas de Girardin, qui rapporte la chose dans son Journal et Souvenirs (Voir la Revue bleue, 8 mai 1875, p. 1075 ; et 26 janvier 1878, p. 711), fit soudain cette remarque :

 

« Il aurait mieux valu, pour le repos de la France, que cet homme-là n'eût jamais existé.

 

— Et pourquoi, citoyen consul ? lui dis-je.

 

— C'est lui qui a préparé la Révolution française.

 

— Je croyais, citoyen consul, que ce n'était pas à vous à vous plaindre de la Révolution.

 

— Eh bien, répliqua-t-il, l'avenir apprendra s'il n'eût pas mieux valu, pour le repos de la terre, que ni Rousseau ni moi n'eussions jamais existé.


...Et il reprit d'un air rêveur sa promenade. »

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 20:28

D'après « Revue des traditions populaires », paru en 1891

 

Les Acta sanctorum (tome II), nous apprennent que Gangolfe, chevalier français, vivant à Varennes, de Langres, du temps de Pépin le Bref ou de Pépin d'Héristal, avait fui sa femme dont la conduite le déshonorait. Arrivé au lieu de la chapelle actuelle qui a été élevée à ce saint, il voulut s'y fixer avec les hommes d'armes qui lui étaient restés fidèles et qui l'avaient suivi.

 

D'après la légende, Gangolfe proposa à un paysan d'acheter l'eau d'une source qui servait à irriguer ses prés. Le paysan consentit à vendre son eau si l'acquéreur pouvait l'emporter. Sur quoi, le saint chevalier enfonça dans l'onde son bâton, qui aspira et recueillit la source entière. C'était la source des eaux gazeuses de Soulzmatt, si réputées depuis, et qui furent ensuite divisées en sept sources distinctes.

 

Source-Nessel.jpg

 

A la fin du XIXe siècle, chaque année, le jour de la fête de saint Gangolfe, des multitudes de pèlerins affluaient de toutes parts à la chapelle. Une chaire extérieure, pratiquée dans le mur, servait à des sermons en plein air. Il y avait aussi, à cette occasion, une foire renommée dans le monde des enfants pour la vente de jouets en terre cuite, de petites poteries et de coucous. Mais c'est surtout pour les soldats partis en guerre que le pèlerinage est efficace ; ceux pour qui l'on va prier doivent revenir sains et saufs.

 

Illustration : Source Nessel, à Soultzmatt (Haut-Rhin)

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 20:30

Extrait de « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1926

 

Un jour, Henri IV, passant par une petite  ville, dut s'arrêter devant la députation qui  accourait pour le haranguer. L'orateur, ayant commencé son discours, fut interrompu par un âne qui se mit à braire à gorge déployée :


Henri-IV.jpg

 

Messieurs, dit le malin Béarnais, parlez chacun à votre tour ; je ne vous comprends pas.

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 19:58

Vierge-Rue-Ours.jpgPendant près de quatre cents ans, Paris vit s'accomplir les rites d'une fête dont le souvenir est totalement effacé aujourd'hui. Depuis 1418 jusqu'à la Révolution, le coin de la rue aux Ours, à Paris, s'illuminait, le 3 juillet, et de nombreux cierges éclairaient la niche vide d'une statue.

 

Cependant, les rues d'alentour retentissaient de clameurs ; c'est que la foule suivait en vociférant le cortège d'un mannequin costumé en Suisse. La procession durait pendant plusieurs heures et parcourait tous les quartiers de la ville avant de revenir aux carrefours des rues Salle-au-Comte et aux Ours. Puis, à la nuit tombante, le mannequin était enfin brûlé et la fête s'achevait dans l'apothéose d'un feu d'artifice.

 

S'il faut en croire les différents compartiments d'un tableau peint en 1772, un fait inouï aurait donné naissance à cette procession plusieurs fois séculaire. En effet, le 30 juin 1418, un soldat suisse frappa de son épée la statue de la Vierge placée dans la niche de la rue aux Ours. Le sang jaillit aussitôt. Le soldat fut arrêté, jugé, condamné et exécuté au lieu même du crime. Quant à la statue mutilée, on la transporta à Saint-Martin-des-Champs, où la vénération populaire lui donna le nom de Notre-Dame de la Carole. Et, tous les 3 juillet, on donnait une fête en son honneur... Le souvenir de la mutilation se perdit peu à peu, mais la réjouissance se poursuivit jusqu'à la Révolution.

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 18:00

Comete.jpgDans le huitième discours de ses Dames Galantes, Brantôme nous apprend que Louise de Savoie — la mère de François Ier —, passant de vie à trépas le 22 septembre 1531, « trois jours advant que mourir, vit la nuict sa chambre toute en clarté qui estoit transpercée par la vitre. Elle se courrouça à ses femmes de chambre qui la veilloient pourquoy elles faisoient un feu si ardant et esclairant.

 

« Elles luy respondirent qu'il n'y avoit qu'un peu de feu, et que c'estoit la lune qui ainsy esclairoit et donnoit telle lueur. Comment ! dit-elle, nous en sommes au bas ; elle n'a garde d'esclairer à ceste heure. Et soudain, faisant ouvrir son rideau, elle vit une comette qui esclairoit ainsy droict sur son lict. Ah ! dit-elle, voylà un signe qui ne paroist pas pour personne de basse qualité. Dieu le fait paroistre pour nous autres grands et grandes. Refermez la fenestre ; c'est une comette qui m'annonce la mort ; il se faut doneques préparer.

 

« Et le lendemain au matin, ayant envoyé querir son confesseur, fit tout le debvoir de bonne chrestienne, encor que les médecins l'asseurassent qu'elle n'estoit pas là. Si je n'avois veu, dit-elle, le signe de ma mort, je le croirois, car je ne me sens point si bas ; et leur conta à tous l'apparition de sa comette. Et puis, au bout de trois jours, quittant les songes du monde, trespassa. »

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 18:39

Poisson-Avril-2.jpgDans le second tome de leur Dictionnaire étymologique, critique, historique, anecdotique et littéraire, Noël et Carpentier rapportent au mot maquereau les propos de l'abbé Tuet tenus dans Matinées senonoises :

« Gilbert Cousin observe que, de son temps, on appelait en France poisson d'avril, celui qui fait le métier infâme de débaucher les personnes du sexe, parce que le poisson dont il porte le nom chez le bas peuple (le maquereau) est excellent a manger dans ce mois-là. Le Duchat croit que ce nom, pris dans un sens libre, se dit par corruption pour mercureau, c'est-à-dire, petit mercure. Le dieu de l'éloquence était aussi le messager des habitans de l'Olympe, et son nom est devenu celui d'un entremetteur de mauvais commerce. »

Le même philologue Le Duchat (1658-1735) ajoute dans le tome II de son Ducatiana, au sujet du mois d'avril, que « c'est vers ce temps-là que le maquereau, qu'on appelle aussi poisson d'avril, se laisse prendre. »

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