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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « Le Petit Français illustré », paru en 1902

 

Qu'on se rassure, écrit Ch. Galbrun. Ceci n'est point une thèse, non plus que la traduction d'un chapitre d'Aristote. Le chapitre des chapeaux suffît à la gloire du célèbre philosophe et nous craindrions de perdre haleine dans notre péroraison, si nous voulions démontrer, avec preuves à l'appui, que la musique conserve leurs cheveux à ceux qui la pratiquent ou que la chevelure prédispose certains individus à l'exercice de musique.

 

beethoven.jpgNous désirons seulement rechercher si les musiciens figurent dans leurs portraits avec ou sans cheveux et s'il est raisonnable de continuer à croire qu'on doit fatalement écrire de la musique ou en exécuter parce qu'on est doté d'une chevelure absalonienne.

 

Cependant, notre tâche va se trouver abrégée, la musique étant un art essentiellement moderne. Il est bien certain qu'on a fait de la musique dès les âges les plus éloignés de nous et qu'Adam et Eve ont émis des sol et des sans s'en douter, comme M. Jourdain parlait en prose ; mais la musique, enrichie de toutes ses ressources, ne date guère que de deux siècles. Aux XVe et XVIe siècles, les compositeurs négligeaient de se faire « portraicturer » et les effigies des plus célèbres d'entre eux sont rares. Elles n'abondent qu'à partir du XVIIIe siècle, à l'époque où, malheureusement, il nous est impossible de poursuivre nos investigations.

 

Et pourquoi, direz-vous ? Parce que la perruque commence à apparaître dans la mode et que tous les musiciens dont les noms nous ont été conservés sont pourvus de cet encombrant ajustement. Comme nous ne voulons pas être dupes, nous abandonnerons les porteurs de perruques des siècles passés pour réserver notre attention aux compositeurs du XIXe siècle, et à ceux seulement qui ont déjà quitté celte vallée de larmes.

 

Schubert.jpgLe père de la musique moderne, le grand Beethoven, avait une chevelure magnifique, à vagues tumultueuses, à mèches ourlées et capricieuses qui donnaient à sa physionomie un caractère de puissance qui semble correspondre à son immense talent. Cimarosa, Dalayrac, Lesueur, étaient pourvus de belles chevelures, roulées ou frisées à la mode d'alors. Dans le beau portrait d'Ingres, du Musée du Louvre, Chérubini est représenté avec des cheveux d'un beau gris, naturellement bouclés ; Méhul, l'auteur de Joseph et du Chant du départ, a le visage orné de longues « anglaises » qui encadrent joliment ses traits.

 

Spontini et Boïeldieu, même dans leur vieillesse, sont copieusement doués au point de vue capillaire. Auber a dû avoir des cheveux dans sa jeunesse, mais les dernières effigies qu'on a conservées de lui le représentent avec un petit « toupet » qui pourrait bien cacher quelque subterfuge de coquetterie. Weber, au front tragique, à l'allure si romantique, devait porter les cheveux longs, mais, à la manière dont il les disposait, je crois deviner des éclaircies au sommet du crâne. Arrêtons-nous ici. Voilà un chauve ! C'est Hérold qui, quoique mort très jeune, ne devait posséder que juste ce qu'il convenait de cheveux pour laisser croire que la nature ne l'avait pas complètement oublié.

 

Schumann, Rossini, Meyerbeer, étaient chevelus ; Schubert avait les cheveux drus et frisés et je m'imagine volontiers, en examinant son portrait, qu'il devait les avoir durs et rebelles. Donizetti, Halévy, Bellini étaient chevelus. Berlioz portail une des chevelures les plus caractéristiques qu'on pût voir ; elle avait l'apparence, tantôt d'un roc inaccessible, tantôt d'une vague furieuse, suivant que la tète était relevée ou baissée. Mendelssohn, Félicien David, Listz, avaient de beaux cheveux, Listz surtout, qui les a conservés jusque dans sa vieillesse. Wagner avait adopté une coiffure qui accentuait la carrure de sa tête ; les toques de velours qu'il portait volontiers en dissimulaient une partie.

 

Ambroise Thomas était toujours « mal peigné ». Une personne qui le connaissait de longue date disait de lui qu'il se « peignait avec un clou ». Je n'en crois rien, mais les apparences sont conformes à cette allégation, car Ambroise Thomas avait le chef recouvert d'une toison quelque peu en broussailles. Même dans sa vieillesse, Verdi avait conservé ses cheveux. Une calvitie légère avait atteint Gounod, mais il a gardé, pendant toute sa vie, une chevelure très souple qui s'harmonisait complètement avec la douceur de ses yeux et la finesse de sa barbe. Victor Massé était chauve. Bizet, par contre, avait de très beaux cheveux et en grande abondance.

 

En résumé, les compositeurs dépourvus de cheveux sont très rares, nous avons pu en citer deux seulement : Hérold et Victor Massé. C'est peu ! Décidément, la musique est la meilleure des lotions capillaires !

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « Histoire physiologique et anecdotique des chiens de toutes les races », paru en 1867

 

Pendant la guerre d'Italie qui se termina à Solférino et à Villafranca, assistant le 24 juin 1859 à la victoire de l'armée française de Napoléon III alliée à l'armée sarde sur l'armée autrichienne de l'empereur François-Joseph, le 3e régiment de zouaves – unité d’infanterie appartenant à l'Armée d'Afrique qui dépendait de l’armée de terre française – s'embarqua à Alger pour Gênes ; mais une difficulté se présentait : défense formelle avait été faite d'admettre des chiens à bord ; la désolation était au camp des zouaves qui tenaient à leurs caniches.

 

Zouaves.jpgIl était difficile de tromper la surveillance de l'intendant. On sait que pour gagner le navire, chaque soldat défile sur une planche, à l'appel de son nom ; il est presque impossible d'arriver à bord subrepticement ; néanmoins on trouva un moyen de passer les chiens, ce qui n'était pas chose facile.

 

Les tambours démontèrent leurs caisses et y cachèrent les meilleures bêtes des bataillons et les moins grasses, bien entendu. Toutou, vu ses services et sa petite taille, était du nombre. Ces pauvres animaux se pelotonnaient et prenaient respiration par le trou de cordes de la peau d'âne.

 

Le régiment se mit en marche ; selon la coutume, on défilait sans musique. Pour les embarquements, on va un peu à la débandade, et chaque tambour ou clairon, au lieu de se trouver en tête, prend rang dans sa compagnie pour les appels du bord. Mais le colonel voulut saluer par une dernière fanfare cette terre d'Afrique que l'on allait quitter.

 

Ordre est donné aux clairons et tambours de prendre la tête de la colonne et de jouer un air entraînant. On peut juger de la figure des tambours, qui avaient tous un chien dans leur caisse. Les clairons jouent tous seuls ; le colonel s'étonne et exige que les ra et les fla accompagnent la sonnerie ; mais les tambours ne remuent pas leurs baguettes. Le colonel se fâche, il faut s'exécuter.

 

Une nombreuse population saluait les zouaves de ses vivats. – Vivat ! un vrai salut de circonstance pour des hommes qui vont affronter la mort !

 

Le tambour-maître, qui a vu le colonel froncer le sourcil, comprend qu'il n'y a plus à plaisanter ; le signal est donné et le tambours battent à coup redoublés. Mais, ô surprise ! Au milieu des roulements cadencés, d'effroyables clameurs se font entendre ; des chiens hurlent avec rage. On regarde partout, on ne voit rien. Les tambours une lois lancés ne s'arrêtent pas ; plus les aboiements redoublent, plus ils frappent ; c'est un tapage infernal.

 

Chacun cherche les chiens qui causent ce sabbat ; nul ne les aperçoit. Enfin, à la stupéfaction générale, un épagneul tombe du fond d'une caisse, roule à terre, se relève et s'enfuit à toutes jambes ; le pauvre diable, affolé de terreur, avait crevé la peau de timbre avec ses pattes pour s'échapper. Et les spectateurs de rire à se tordre !

 

Les officiers comprirent ce qui s'était passé ; ils firent semblant de n'avoir rien vu ni entendu. Les tambours cessèrent de battre et l'on arriva sur les quais. Mais le bruit de la farce qui s'était jouée avait précédé l'arrivée des bataillons ; les contrôleurs étaient prévenus. Donc, quand un tambour se présentait, il devait frapper sur sa caisse ; si un aboiement éclatait, le chien marron était tiré de sa prison et chassé à terre. Un seul fut embarqué: Toutou ! Toutou qui ne broncha pas ; Toutou qui ne souffla pas ; Toutou qui s'était tenu coi !

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « La Croix » du 29 janvier 1901, « La Presse » du 29 janvier 1901 et « Le Tam-Tam » du 10 février 1901

 

Le numéro du 29 janvier 1901 du journal La Croix nous apprend que Mgr Henri-Louis Chapon, évêque de Nice depuis 1896, refuse la croix de chevalier de la Légion d'honneur que M. Waldeck-Rousseau [Président du Conseil] lui avait accordée, et affirme livrer dans ses colonnes, d'après son correspondant de Nice, « la lettre aussi digne que modérée qu'il adresse à M. le président du Conseil » :

 

Legion-Honneur.jpg« Monsieur le ministre,

 

J'apprends par l'Officiel que je suis nommé chevalier de la Légion d'honneur. Tout en vous remerciant de vos intentions bienveillantes à mon égard, je dois vous déclarer qu'il m'est impossible, dans les circonstances actuelles, d'accepter cet honneur.

 

Veuillez agréer, Monsieur le ministre, l'assurance de ma haute et respectueuse considération. »

 

De son côté, La Presse, dans son numéro paru le même jour, rapporte :

 

Le gouvernement, qui n'a rien à répondre à la lettre de Mgr Chapon lui refusant d'accepter la Légion d'honneur, le gouvernement plaide à côté. Il affirme que Mgr Chapon avait sollicité la décoration, qu'il l'avait dit récemment encore à M. Granet, son préfet. Les officieux vont jusqu'à dire que la lettre de l'évêque de Nice refusant la croix n'est pas parvenue au ministère.

 

Et après ?... Cette lettre existe, et a été publiée, il est inutile d'épiloguer là-dessus. Si elle n'est pas arrivée, c'est que M. Millerand [alors ministre du Commerce et de l'Industrie] pratique, même vis-à-vis de son collègue Waldeck, les manœuvres du cabinet noir !...

 

A la Légion d'honneur, on nous déclare que, si le gouvernement s'est passé, pour décorer l'évêque de Nice, d'une demande préalable de ce dernier, c'est que celui-ci, étant fonctionnaire, n'avait pas à solliciter la croix.

 

Quelques jours plus tard, le journal satirique Le Tam-Tam, dans son numéro du 10 février 1901, raille le gouvernement et livre la lettre croustillante que l'évêque avait fait parvenir au ministre :

 

Le gouvernement, ayant éprouvé le besoin de décorer un évêque, sans doute pour récompenser le clergé des éminents services qu'il rend à Marianne et des feux dont il brûle pour ses beaux yeux, a choisi l'évêque de Nice pour orner sa poitrine de l'étoile des braves. Or, il faut convenir que notre perspicace ministre a eu la main malheureuse. Car ledit évêque, qui répond au nom de Chapon, a refusé la faveur grande. Il a accompagné son refus d'une petite lettre écrite avec de la bonne encre.

 

Le poulet de Mgr Chapon ayant fait le tour de la Bresse, nous ne pouvons résister au plaisir de lui donner à notre tour son vol dans nos colonnes. Voici le volatile exact que nos grands confrères ont mutilé avec leur mauvaise foi accoutumée :

 

« Monsieur le ministre,

 

Il est du plus mauvais goût, sous prétexte que je m'appelle Chapon, de vouloir me soumettre au supplice de la brochette... décorative.

 

D'abord, la meilleure preuve que je ne suis pas aussi... neutralisé que mon nom semble l'indiquer, c'est que j'ai pris carrément mon parti.

 

Gardez votre ruban.

 

D'abord, il est rouge, et dans notre profession nous sommes un peu comme les taureaux ; le rouge nous fait loucher, à moins qu'il ne serve à teindre notre chapeau.

 

Je vous retourne votre croix en colis postal : celle du calvaire me suffit.

 

Tout Chapon que je suis, ce n'est pas avec cela que vous me farcirez.

 

Agréez mes salutations distinguées. »

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « Le Pêle-Mêle », paru en décembre 1928

 

Le poulet Marengo, qui porte un si beau nom, appartient à l'histoire. Il est né dans le fracas de la mitraille, le vent de la victoire a attisé les flammes qui le faisaient cuire... lit c'est- tout- un chapitre d'épopée qu'il évoque... C'était au soir du 14 juin 1800... Des charges héroïques avaient précipité la déroute de l'année autrichienne... La victoire était, acquise mais attristée par la mort du brave Desaix, tué au cours de la charge qui avait précisément décidé du gain de la bataille.

 

Poulet-Marengo.jpgBonaparte, qui réunit alors ses généraux et ordonna qu'on servît le repas, était un homme qui ne savait pas attendre. Il mangeait quand il avait faim, avec gloutonnerie. Il y avait toujours un en-cas de prêt dans sa chaise de poste. « Napoléon était irrégulier dans ses repas, nous dit Brillat-Savarin. Il mangeait vite et mal. Mais là se retrouvait aussi cette volonté absolue qu'il mettait à tout. Dès que l'appétit se faisait sentir, il fallait qu'il fût satisfait, et son service était monté de manière qu'en tout lieu et à toute heure on pouvait, au premier mot, lui présenter de la volaille, des côtelettes et du café. »

 

Ce jour-là, il était difficile de satisfaire comme à l'habitude ce conquérant impatient. Les voitures de provisions étaient restées en panne. Et seul un fourgon où se trouvait Dunan, le cuisinier de Bonaparte, était parvenu à l'endroit où l'état-major se trouvait réuni. Mais Dunan était un homme de ressource, qui savait, lui aussi, à sa manière, gagner des batailles. Il aperçoit au loin une ferme dont la toiture de chaume achevait de se consumer. Qui sait ? On y trouverait peut-être encore quelques poulets... Il dépêche deux cavaliers qui ramènent trois ou quatre poulets. Un jardin voisin fournit des tomates et de l'ail : il n'y avait d'ailleurs pas autre chose. Il restait une fiasque d'huile dans le fourgon et du cognac.

 

En un tournemain, les poulets sont plumés, apprêtés. On se sert d'un sabre pour les découper. Les morceaux sont jetés dans l'huile où ils rissolent-en plein air, l'ail est broyé entre deux pierres – l'ail particulièrement cher aux guerriers et dont les athlètes des Jeux Olympiques de la Grèce faisaient une si grande consommation. Un jet de cognac pour relever la sauce, et les poulets sont prêts.

 

Ils furent trouvés délicieux par ces guerriers affamés. Voilà comment se créent les plats nouveaux – si tant est qu'il y ait des plats nouveaux... Depuis, on a perfectionné la recette du poulet Marengo ; on y ajoute des truffes, des écrevisses, des oeufs frits. Le fin du fin serait de le faire apporter par un chef costumé en houzard du Consulat, tout noir de poudre... Mais, pour savourer comme il convient un poulet Marengo, l'essentiel c'est d'avoir l'appétit des vainqueurs de la célèbre bataille piémontaise... Une bonne marche d'une quinzaine de kilomètres, à travers la campagne, remplira pacifiquement et hygiéniquement cet office...

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 17:38

D'après « Journal amusant », paru en 1908

 

L'expérience permet de formuler cette loi : la supériorité relative des espèces animales s'établit selon le plus ou moins de résistance de chacune d'elles aux auditions de phonographe. Corollairement, les individus d'une même espèce se classent entre eux selon leur plus ou moins d'endurance individuelle à ces auditions.

 

Phonographe.jpgDes preuves ? En voilà. L'homme, n'est-ce pas ? est incontestablement le roi des animaux (c'est seulement par jeu qu'un fabuliste, d'ailleurs décédé, a donné ce titre au lion). Eh bien ! L'homme est le seul animal – je fournirai tout à l'heure des exemples – qui supporte sans témoigner d'ahurissement, de tristesse ou de fureur les nasillements de l'appareil inventé par Edison. De même, les Parisiens, n'est-ce pas ? sont incontestablement les plus remarquables des hommes. Eh bien ! on supporte mieux le phonographe, à Paris, où il sévit librement, de jour et de nuit, sur tous les boulevards, et à tous les étages de toutes les maisons, depuis la loge du concierge jusqu'aux chambres de bonnes, qu'on ne le supporte à Nantes, par exemple, où l'édilité dut prescrire des mesures pour enrayer les abus commis par les amateurs d'exécutions phonographiques.

 

J'ai promis des exemples attestant la moindre patience des autres animaux à l'égard de ce redoutable instrument. Je n'ai qu'une parole : voici ces exemples. Ils me sont fournis par MM. Trouëssard, chef de laboratoire au Muséum, et par M. Sauvinet, directeur de la ménagerie. On commença par les otaries ; une valse lente fut phonographiée auprès du bassin où elles évoluent avec quelle grâce, vous le savez ! L'effet fut beaucoup moins lent que la valse : dès les premières notes, les phoques, courroucés, plongèrent et, envoyant des paquets d'eau sale dont les spectateurs furent copieusement inondés, signifièrent avec une indéniable netteté qu'ils jugeaient détestables ces... phocalises.

 

L'éléphant, bien que, par une délicate attention, on l'eût voulu régaler d'un air de trompe, accueillit par des barrissements de colère ces accents cynégétiques. On dut interrompre promptement l'expérience, car le pachyderme menaçait de faire un malheur, se jugeant sans doute dans le cas de légitime... défense.

 

On crut faire plaisir au chameau en lui faisant jouer par le phonographe une danse du ventre avec accompagnement de tambourin : on ne réussit qu'à l'ahurir ; de longs filaments visqueux coulèrent de son mufle : cette bête en bavait !

 

La gazelle fut tellement stupéfaite qu'elle se mit à exécuter des sauts de mouton, qui n'étaient pas de son emploi. Quant aux moutons eux-mêmes, ils faillirent, à l'audition de II pleut, il pleut, bergère, devenir enragés.

 

Cacatoès, aras, perroquets, ne voulurent rien entendre et couvrirent de clameurs assourdissantes la voix de la concurrence mécanique. Les oiseaux de la grande volière dédaignèrent un solo de flûte, encore qu'on les eût prévenus que ce morceau avait été « enregistré » par un musicien de la Garde Républicaine. Les hérons parurent consternés, et les flamants furent tellement interdits qu'ils en perdirent leur accent belge. Les pélicans prirent mal la chose ; ils secouèrent leurs becs sur leurs goitres hideux, puis firent de ces mêmes becs un usage bien fâcheux pour les mollets de l'opérateur. Le cerf, enfin, témoigna d un mépris attristé pour l'hallali que lui corna le phonographe : il en considéra le pavillon, en indiquant, par toute son attitude, que ce pavillon couvrait une détestable marchandise...

 

Et je ne dis rien, par pudeur, des manifestations significatives par lesquelles la plupart de ces animaux montrèrent avec évidence que toutes ces musiques agissaient sur leur organisme à la façon des plus violents purgatifs !...

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 16:08

D'après « Journal du dimanche : littérature, histoire, voyages musique », paru en 1896

 

Beaucoup de nos lecteurs ignorent certainement que l'origine des boîtes aux lettres, dont le moindre village est pourvu aujourd'hui, remonte au seizième siècle.

 

L'Union postale universelle rappelle que, dans la République de Florence, existait l'exécrable coutume de placer dans les églises des boîtes en bois fermées, munies d'une ouverture, qui servaient à recueillir les dénonciations anonymes.

 

Boite-Venise.jpg

 

Ces boîtes portaient le nom de tamburi. Les clefs des boîtes étaient en la possession des membres du gouvernement, qui retiraient de temps en temps les dénonciations anonymes pour y donner la suite qu'elles comportaient.

 

Il va de soi que l'usage des tamburi produisait un scandale révoltant et cette institution, qui était destinée primitivement à sauvegarder la liberté des bourgeois de la République, avait assez souvent des résultats opposés.

 

Dans ces redoutables tamburi, nous devons voir, d'après l'Union postale universelle, les premiers commencements de notre inoffensive boîte aux lettres actuelle, que la poste a empruntée à la justice pour des desseins pacifiques.

 

Illustration : Boîte réservée aux dénonciations située au palais des Doges, à Venise, et portant l'inscription « Dénonciations secrètes contre toute personne qui dissimule des faveurs ou des services, ou qui cherche à cacher ses vrais revenus »

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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 18:00

Près d'un siècle après la loi du 26 brumaire an IX (17 novembre 1800) disposant que « toute femme désirant s'habiller en homme doit se présenter à la Préfecture de police pour en obtenir l'autorisation » et que « cette autorisation ne peut être donnée qu'au vu d'un certificat d'un officier de santé », la Ligue pour l'émancipation des femmes manifeste en 1891 le souhait de modifier le costume féminin, les journaux du temps publiant alors l'information suivante :

 

« D'une manière générale, la Préfecture de police n'accorde de permission de travestissement que si le ou la pétitionnaire produit un certificat médical attestant la nécessité de ce travestissement. Des exceptions furent faites à cette règle, exigeant le certificat médical, pour Mmes Dieulafoy, Rosa Bonheur, une ex-artiste de la Comédie-Française qui voulait assister à une partie de chasse, et, il y a longtemps, pour Marguerite Bellanger.

 

« Il y a actuellement dix femmes à Paris ou en province qui sont autorisées à porter le costume masculin. Il faut compter une directrice d'imprimerie qui peut passer absolument pour un homme, une femme qui exerce la profession de peintre en bâtiment, une artiste peintre, une femme à barbe qui a figuré à l'Éden autrefois, deux personnes mal conformées, et, enfin, une femme qui, extérieurement, a tout à fait l'air d'un homme, tellement elle serait ridicule si elle portait les vêtements de son sexe. D'autre part, un marchand de pommes de terre de la banlieue a été autorisé à porter constamment un costume de femme, à cause d'une infirmité qui lui rend impossible l'usage d'habits d'homme. »

 

En 1823, le Dictionnaire de police moderne pour toute la France (Tome 4) fournissait des modèles d'actes, parmi lesquels celui du TRAVESTISSEMENT, ou habillement d'une femme en homme :

 

N°1. Certificat du médecin ou chirurgien qui constate la nécessité du travestissement.

 

Et au bas.

Nous, soussigné, commissaire de police, à Paris, quartier..., certifions véritable la signature ci-dessus de M...., docteur en..., demeurant dans notre quartier, rue..., n°...

 

A Paris, le... Le commissaire de police...

 

 

N°2. Permission de M. le préfet de police pour le travestissement.

Paris, le...

 

Nous...

Vu le certificat du S..., docteur en..., demeurant à Paris, rue..., n°..., quartier d...

Vu aussi l'attestation du commissaire de police du quartier d...

Autorisons la dame..., demeurant rue..., n°..., quartier..., à s'habiller en homme pour monter à cheval, sans qu'elle puisse paraître, sous ce travestissement, au spectacles, bals et autres lieux de réunion ouverts au public.

La présente permission n'est valable que pour trois mois.

 

Signature de la dame.

Le préfet de police, ...

 

Permission-TravestissementPermission accordée à Rosa Bonheur en 1852

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « La Joie de la maison. Journal hebdomadaire illustré », paru en février 1896

 

On s'accorde à déplorer les mœurs fâcheuses des assemblées délibérantes. L'intérêt général passionne si fort les esprits que les particuliers s'entre-dévorent. L'épithète dite « parlementaire » est précisément la seule qu'on ignore dans les Parlements. L'Italie, la Belgique, l'Espagne et la France rivalisent à ce petit jeu de massacre législatif.

 

Parlement.jpgL'Officiel ne relate pas les interjections amères qui s'envolent des bancs dans les discussions un peu chaudes. Mais il suffit d'avoir assisté à quelque séance à sensation pour être édifié sur l'érudition de nos honorables en matière de langue verte. Ce vocabulaire leur est plus familier que le règlement.

 

Si un modéré monte à la tribune pour faire observer timidement que le projet de loi en discussion est peut-être une concession aux socialistes, aussitôt l'ouragan se déchaîne. « Chéquard, panamiste, vendu, ramolli, vieux bonze » sont décochés par les gens bien élevés. Les autres vont de « crapule, infection, Judas » à « majoritard », le comble de l'injure. Les orateurs aimés s'en tirent avec un « vieux goitreux ! » ou bien quelque : « Descends-donc de ton perchoir, hé ! feignant !».

 

Les âmes douces et généreuses gémissent de ces scandales ; mais les honnêtes gens font si peu de bruit qu'on ne risque pas de les écouter : on ne les entend pas. Pourtant M. Asquith, ancien ministre de l'intérieur anglais, a songé à réagir, et il propose un remède aux abus des apostrophes et des eng...agements parlementaires. M. Asquith propose simplement d'introduire dans les Parlements la musique, qui est réputée adoucir les mœurs.

 

Au cours d'une harangue prononcée dans le Temple-Hall de la Cité, pour les ouvriers de ce quartier, M. Asquith s'écriait : « Dans les cours de justice, où c'est mon destin de retourner ; dans la Chambre des communes, où je passe une grande partie de ma vie, je crois que l'interposition occasionnelle d'une heure de musique pourrait bien contribuer à rétablir l'harmonie entre des esprits combatifs et irréconciliables, à adoucir l'humeur et les querelles des partis. »

 

M. Asquith est un de ces hommes de bonne volonté auxquels la paix est promise, sinon donnée, sur la terre. Mais son remède est un peu simplet. Il a oublié que la discussion recommencerait sur le choix des morceaux à exécuter, et c'est alors qu'on s'en dirait de belles ! Les wagnériens pousseraient des hurlements si l'orchestre attaquait la valse des Roses ; d'autre part, les amis de la « vieille gaîté française » hurleraient à la mort devant Siegfried-Idyll, par exemple. Si, par cas, on jouait la Marseillaise, M. de Baudry d'Asson jetterait plus de clameurs que sa meute tout entière...

 

Non, le remède de M. Asquith n'est pas près de nous délivrer des bruits et incongruités parlementaires. Il passera des ouragans sonores dans les orchestres avant que nous ayons une musique victorieuse des passions politiques, une musique de Chambres.

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 18:00

D'après « Le Journal de la jeunesse. Nouveau recueil hebdomadaire illustré », paru en 1904

 

Abeille.jpgTous les ans à l'entrée de l'hiver, dit Paul Noël, directeur du laboratoire d'entomologie de la Seine-Inférieure (aujourd'hui Seine-Maritime), les journaux publient des prévisions, en se basant sur les mœurs des abeilles et tous les ans, les mêmes erreurs se répètent ; on prétend que les abeilles rétrécissent l'entrée du trou de vol de la ruche, plus ou moins, suivant que l'hiver doit être plus ou moins rigoureux. C'est là une grave erreur.

 

Les abeilles savent très longtemps à l'avance, c'est-à-dire vers le mois d'avril ou mai, si elles auront froid l'hiver, et c'est en commençant leurs alvéoles qu'elles prennent soin de se préserver des rigueurs de l'hiver, si rigueur il doit y avoir. En effet, les abeilles peuvent, à volonté, construire des rayons chauds ou froids et, suivant la position donnée à ces rayons, les éleveurs d'abeilles les appellent cloisons chaudes ou froides.

 

Voici comment, en effet, les abeilles procèdent lorsque les ruches sont placées dans un courant d'air froid au gré du vent et de la pluie ou des neiges à venir. Elles construisent leurs gâteaux de cire les uns derrière les autres devant le trou de vol, si bien qu'aucun courant d'air ne peut avoir lieu. Si, au contraire, les abeilles sont dans un bon endroit et si l'hiver ne paraît pas devoir être trop rigoureux, elles bâtissent leurs gâteaux d'une façon tout opposée, permettant la libre circulation de l'air. Les abeilles rétrécissent quelquefois leur trou de vol au mois de septembre pour éviter qu'un gros papillon très avide de miel n'entre dans la ruche. Ce papillon, c'est le sphinx à tête de mort, dont la chenille vit sur la pomme de terre.

 

Les abeilles françaises savent très bien prévoir la pluie une demi-heure à l'avance, et lorsqu'il doit pleuvoir, on voit aussitôt toutes les ouvrières rentrer à la ruche. Ainsi : 1° Les abeilles construisent leurs rayons au printemps dans une direction ou dans une autre selon qu'elles ont ou prévoient qu'elles auront subir les intempéries de l'hiver ; 2° Le sphinx à tête de mort et les souris sont les seules causes qui leur font rétrécir l'entrée de la ruche ; 3° Elles savent très bien prévoir une demi-heure à l'avance s'il va pleuvoir.

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 23:50

Couverture20Extrait de l'article :

 

A la fin du XVe siècle l’or et l’argent, que les pays nouvellement découverts fournissaient en abondance, se répandant successivement dans les diverses contrées de l’Europe, causa une dépréciation considérable de ces métaux précieux. Perdant de leur valeur réelle, il en fallut donner une plus grande quantité en échange d’une quantité donnée de vivres...

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