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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 08:55

D'après « Histoire de la vie et des ouvrages de Molière », paru en 1825

 

La Troupe de Molière — qui se constitua autour du comédien en 1643, cependant qu’il avait 21 ans — avait repris en 1660 une ancienne comédie intitulée Don Quichotte ou les Enchantements de Merlin, arrangée par mademoiselle Madeleine Béjart. Cette pièce, grâce à l'intérêt que la belle-sœur de Molière avait à ce qu'on la jouât souvent, était restée au répertoire.

 

L'auteur du Tartuffe et du Misanthrope y remplissait le rôle de Sancho. Un jour, qu'on la représentait, c'était en 1670 — Molière avait alors 48 ans —, comme il devait paraître sur son âne, il se mit dans la coulisse pour ne pas se faire attendre, et pour saisir le moment où il fallait entrer en scène. « Mais l'âne, qui ne savait pas son rôle par cœur, dit Grimarest dans les Œuvres de Molière, n'observa point ce moment ; et dès qu'il fut dans la coulisse, il voulut entrer, quelques efforts que Molière employât pour qu'il n'en fît rien. Il tirait le licou de toute sa force ; l'âne n'obéissait point et voulait paraître.

 

Molière

« Molière appelait, Baron ! La Forêt ! à moi ; ce maudit âne veut entrer !... Cette femme était dans la coulisse opposée, d'où elle ne pouvait passer par-dessus le théâtre pour arrêter l'âne ; et elle riait de tout son cœur de voir son maître renversé sur le derrière de cet animal, tant il mettait de force à tirer son licou pour le retenir.

 

« Enfin destitué de tout secours et désespérant de pouvoir vaincre l'opiniâtreté de son âne, il prit le parti de se retenir aux ailes du théâtre et de laisser glisser l'animal entre ses jambes pour aller faire telle scène qu'il jugerait à propos. Quand on fait réflexion au caractère d'esprit de Molière, à la gravité de sa conversation, il est risible que ce philosophe fut exposé à de pareilles aventures et prit sur lui les personnages les plus comiques », conclut Grimarest.

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 08:55

D'après « Anecdotes chrétiennes, ou Recueil de traits d'histoire choisis, etc. » (Tome 2), paru en 1826

 

On vit quelquefois à la Cour de Stanislas, beau-père de Louis XV et duc de Lorraine et de Bar pendant 28 ans (1737-1766) — il avait été roi de Pologne entre 1704 et 1709 —, certains sujets peu dignes de sa confiance ; mais il trouvait dans sa religion même des motifs de ne pas les éloigner. Comme on lui représentait un jour que Voltaire faisait l'hypocrite à sa Cour, Stanislas se décida à le congédier, mais ce ne fut pas une petite affaire que d'obliger Voltaire à sortir du château de Lunéville.

 

Voltaire emprisonné à la Bastille et composant la Henriade (1717)

 

En vain le roi de Pologne lui marqua-t-il toute la froideur qui annonce une disgrâce ; le philosophe feignit de ne point entendre ce langage. Le prince demanda à l'intendant de son palais, s'il ne pourrait pas lui suggérer quelque expédient, qui le débarrassât d'un hôte si tenace. « Sire, répondit l'Officier : Hoc genus daemoniorum non ejicitur, nisi oratione et jejunio ». Ce qui signifiait dans son sens, que pour se débarrasser de pareilles pestes, il fallait encore, après qu'on les avait priées de se retirer, les faire jeûner.

 

Stanislas chargea celui qui lui donnait ce conseil de l'exécuter lui-même. Les ordres furent donnés avec tant de précision, que Voltaire ne trouvant plus un morceau de pain dans le château, prit le parti d'écrire ce billet à Alliot, intendant des finances du roi, qui seul eût pu pourvoir à ses besoins : « Quand Virgile était à la Cour d'Auguste, Alliotus se faisait un plaisir de ne le laisser manquer de rien. » Mais le nouveau Mécènes s'étant montré insensible à la petite flatterie du moderne Virgile, celui-ci se vit forcé d'abandonner enfin la cour d'Auguste.

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 08:55

D'après « Nouveau dictionnaire des origines, inventions et découvertes » (tome 2), paru en 1828


De poudre à poudrer il n'est point parlé dans ce grand nombre d'auteurs grecs et latins qui nous sont restés. Les pères de l'Eglise, qui reprochent avec tant de force aux femmes chrétiennes tous les moyens qu'elles emploient pour se donner des agréments qu'elles n'avaient pas, n'ont point fait mention de la poudre ; il n'en est point parlé dans nos vieux romans, qui marquent dans un si grand détail les ajustements de l'un et l'autre sexe.

 

On n'en voit point dans les vieux portraits, quoique les peintres d'alors représentassent toujours la personne de la même manière dont elle était vêtue et parée, et on lit dans Brantôme que Marguerite de Valois, qui était fâchée d'avoir les cheveux très noirs, recourait à toutes sortes d'artifices pour en adoucir la couleur : si la poudre eût été alors en usage, elle se serait épargné ces soins.

 

Poudrer-Cheveux-FB.jpg

 

Le premier de nos écrivains qui ait parlé de la poudre est le mémorialiste Pierre de l'Estoile, dans son Journal, sous l'an 1593 ; il rapporte que l'on vit à Paris trois religieuses se promener dans les rues, frisées et poudrées. Depuis ce temps la poudre devint peu à peu à la mode parmi nous, et de notre nation elle a passé chez les autres peuples de l'Europe.

 

L'usage de la poudre à cheveux ne remonte donc pas au-delà du XVIe siècle ; et même, sur la fin du XVIIe siècle, il n'y avait que les comédiens qui se poudraient : encore ne portaient-ils de la poudre que sur le théâtre ; ils avaient soin de se peigner et de se dépoudrer quand ils en sortaient. Avec la Révolution, c'est-à-dire depuis que la mode de porter les cheveux courts s'introduisit, l'usage de la poudre disparut.

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 08:55

D'après « Le passe-temps agréable ou Nouveau choix de bons-mots, etc. », édition de 1753

 

Il arriva qu'un jour, un des gardes de Louis XI voyant un pou sur l'habit de ce prince, s'approcha, prit le pou, et le jeta sans qu'on pût voir ce que c'était. Le roi le lui demandant, il fit tout d'abord quelques difficultés ; mais, pressé par l'ordre du maître, il dit que c'était un pou.

 

« A la bonne heure ! lança alors le roi. C'est une marque que je suis homme ; car cette vermine s'attache le plus à l'homme, et surtout dans la jeunesse ». Puis le souverain fit donner quarante écus à ce serviteur honnête et discret. Quelque temps après, un de ses officiers, alléché par l'espoir de la récompense, aborde le roi, fait semblant d'ôter quelque chose de dessus son habit, et de le jeter avec la même attention.

 

Louis-XI-copie-1.jpg

 

« Qu'est-ce que c'est ? » dit Louis XI. Après se l'être fait répéter, le domestique déclare que c'est une puce. Mais le monarque, qui avait deviné quel était le but du drôle, lui dit : « Misérable, me prends-tu pour un chien ? » Et au lieu de quarante écus, le prince ordonne de lui donner quarante coups de bâton. L'histoire de ne dit s'il fut obéi ; mais Louis XI était homme à faire exécuter ses ordres sur-le-champ.

 

Illustration : Louis XI

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 08:55

Le Figaro du 20 janvier 1914 relate un surprenant fait divers. Depuis la mort de sa femme, décédée il y a six mois, Armand Ribot, garçon coiffeur, demeurant 125, Faubourg-du-Temple, donnait des signes d'aliénation mentale.

Hier, après avoir pommadé avec vigueur la chevelure abondante d'un malheureux estropié, Ribot se saisit d'un rasoir, se plaça au centre de la boutique et commença un grand discours politique.

Poincare.jpg

 

Les clients, leur peignoir blanc sur le dos, s'enfuirent prudemment. Et quand les agents, attirés surtout par les cris que poussaient le bancal, arrivèrent, ils trouvèrent le fou déclamant : « Je suis M. Poincaré, disait-il, et je vais toucher 100.000 francs comme auteur des lois ouvrières et paysannes... »

Les gardiens l'invitèrent à laisser là son rasoir et à les suivre jusqu'à l'Élysée. Ils accompagnèrent le dément, en fiacre, à l'infirmerie spéciale du Dépôt.

 

Ilustration : Raymond Poincaré

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 08:55

D'après « Dictionnaire des hommes illustres » (Volume 2), paru en 1758

 

Né en 1632 et d’origine florentine, le futur et célèbre compositeur Jean-Baptiste Lully arriva en France à l’âge de 13 ans et entra comme page chez Mademoiselle de Montpensier (dite la Grande Mademoiselle, petite-fille du roi Henri IV), qu’il amusait par ses saillies et par l’art avec lequel il jouait du violon.

 

Cette princesse, se promenant un jour dans les jardins de Versailles, disait à d'autres dames : « Voilà un piédestal sur lequel on aurait dû mettre une statue. » La princesse continue son chemin. Lully, qui avait entendu ce qu'elle avait dit, se déshabille complètement, et en cet état de pure nature, il monte sur le piédestal, et attend, dans l'attitude d'une statue, que Mlle de Montpensier repasse.

 

Lulli.jpg

 

La princesse revient en effet quelque temps après. Apercevant de loin une figure sur le piédestal où elle avait souhaité qu'il y en eût une, elle ne fut pas médiocrement surprise. « Est-ce un enchantement, dit-elle, que ce que nous voyons ? » Elle s'avança, et ne reconnut la vérité que lorsque, très proche du piédestal, elle ne put douter que la statue ne fût animée.

 

Les dames et les seigneurs qui accompagnaient la princesse voulurent faire punir sévèrement l'auteur de cette polissonnerie ; mais elle lui pardonna en faveur de son imagination burlesque, et cette folie, qui semblait devoir perdre Lully, fut le premier pas qui le conduisit à la fortune.

 

Illustration : Jean-Baptiste Lulli

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 08:55

D'après « Choix d'anecdotes et faits mémorables » (Tome 1), paru en 1792

 

Le roi Louis XI, ayant reçu en présent une somme de 10000 écus d’or, somme alors très considérable, les fit étaler sur un grand bureau ; et pour animer les désirs ainsi que les espérances des courtisans qui l’entouraient : « Voilà bien de l’argent, messieurs, leur dit- il ; c’est un présent que l’on m’a fait, et que, dès là, je ne veux point qui entre dans mes coffres... ainsi ceux qui m'ont bien servi n'ont qu'à parler. »

 

Chacun alors ne manqua pas de détailler et d'exagérer tous les services qu'il disait avoir rendus à l’Etat, et d'établir en conséquence les droits qu'il croyait avoir sur les dix mille écus d'or. Morvilliers seul, les yeux baissés, ne disait rien.

 

Louis-XI.jpg

 

« Eh quoi donc ! mon chancelier, lui dit le roi, dédaignerez-vous de faire ainsi que ces messieurs, de bien exalter vos services ? — Sire, c'est que je suis moins occupé d’obtenir de nouveaux bienfaits de la part de Votre Majesté, que de me rendre plus digne encore de ceux dont elle m'a déjà comblé. — Oh ! oh ! mon chancelier n'a donc besoin de rien ?... Je suis vraiment ravi d'avoir un homme si riche à mon service. »

 

A ce propos les courtisans se félicitaient déjà d’être bien surs que le chancelier ne diminuerait rien de la somme que chacun d’eux convoitait ; lorsque le roi, se tournant tout à coup vers le modeste magistrat : « Monsieur, lui dit-il d'un ton grave et imposant, permettez que j'ajoute cette somme à vos richesses. Et vous, messieurs, continua-t-il avec un sourire ironique, vos services sont si grands, qu'il faut en remettre la récompense à une plus grande occasion. »

 

Illustration : Statue de Louis XI à Bourges, par Jean Baffier

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 08:55

D'après « Balzac en pantoufles », paru en 1856

 

Le café de Balzac eût mérité de rester proverbial. Quelle couleur ! Quel arôme ! Il le faisait lui-même, ou, du moins, présidait-il toujours à la décoction, décoction savante, subtile, divine, qui était à lui comme son génie, rapporte l’écrivain Léon Gozlan.

 

Ce café se composait de trois sortes de grains : bourbon, martinique et moka. Le bourbon, il l’achetait rue du Mont-Blanc ; le martinique, rue des Vieilles-Audriettes ; le moka, dans le faubourg Saint-Germain chez un épicier de la rue de l’Université. Ce n’était pas moins d’une demi-journée de courses à travers Paris. Mais un bon café vaut cela et même davantage. Le café de Balzac était donc la meilleure et la plus exquise des choses... après son thé toutefois.

 

Balzac.jpg

 

Ce thé, fin comme du tabac de Latakieh, jaune comme de l’or vénitien, répondait sans doute aux éloges don Balzac le parfumait avant de vous permettre d’y goûter : mais véritablement il fallait subir une espèce d’initiation pour jouir de ce droit de dégustation. Jamais il n’en donnait aux profanes ; et nous-même n’en buvions pas tous les jours, écrit encore Gozlan.

 

Aux fêtes carillonnées seulement, il le sortait de la boîte kamtschadale où il était renfermé comme une relique, et il le dégageait lentement de l’enveloppe de papier de soie, couverte de caractères hiéroglyphiques... Si l’on prend trois fois de ce thé d’or, prétendait Balzac, on devient borgne, six fois, on devient aveugle ; il faut se consulter. Aussi, lorsque Laurent Jan se disposait à boire une tasse de ce thé digne de figurer dans les endroits les plus bleus des Mille et une Nuits, il disait : « Je risque un œil : versez ! »

 

Illustration : Honoré de Balzac

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 08:55

D'après « Revue anecdotique des excentricités contemporaines », paru en 1862

 

Au XIXe siècle, un libraire était détenteur d'un manuscrit de haute curiosité, à savoir le journal d'un homme à bonnes fortunes, un journal sec comme celui d'un teneur de livres. On n'y trouve ni phrases à effet ni détails complaisants. Son rédacteur avait des choses plus sérieuses en tête.

 

Chacune de ses maîtresses a obtenu tout au plus une ligne de sa plume laconique. Mais quelle ligne ! Elle contient tout son passeport en signes très abrégés, tels que ceux-ci : j. p. p., b. ch. bl., ce qui veut dire : jolis petits pieds, beaux cheveux blonds.

 

L'ordre le plus parfait brille dans ce répertoire d'un nouveau genre. Tous les noms sont rangés par ordre alphabétique, et, dans chaque lettre, par ordre chronologique, l’addition donnant le résultat suivant :

 

Lettre A : 116 noms ; B : 26 ; C : 99 (dont 26 Caroline) ; D :40 ; E :  86 ; F : 43 (dont 15 Fanny. Les romans anglais étaient en ce temps-là fort à la mode) ; G : 16 ; H : 48 ; J : 66 ; K : 1 ; L : 71 ; M : 45 ; O : 10 ; P : 36 ; R : 42 ; S : 33 ; T : 6 ; V : 40 ; Z : 9.

 

Total : 833 noms.

 

Libertin.jpg

 

La date la plus reculée est celle de 1780 ; la plus récente est celle de 1834. Le maniaque qui pendant 54 ans sut jouer en France ce rôle de pacha, devait appartenir à l'un des grands théâtres de Paris, car il parle en trois endroits de ses écolières de théâtre et des débuts qu'il obtint pour elles.

 

Quant à la composition du sérail, elle est des plus bizarres. On y trouve tous les métiers, tous les titres, toutes les nationalités. Chaque caractère y est même indiqué, comme toujours, par trois ou quatre lettres qui ne font pas voir tout en rose dans la vie de cet incorrigible pécheur. C'est une pluie de gueuse, coquine, sotte, bête, bégueule, laide, cruelle, vilaine, rétive, haridelle, cavalle. Beaucoup plus rares sont les épithètes de douce, élégante, instruite, de bon ton.

 

Enfin, sur ces 833 femmes, notre Don Juan n'a trouvé qu'une seule fois, chose remarquable, l'occasion d'écrire ces deux pauvres petits mots : M’a aimé. En ces deux mots gisent sans doute tout le châtiment de ses cinquante-quatre années de libertinage.

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 08:55

D'après « L'École des moeurs, ou Réflexions morales et historiques sur les maximes de la sagesse » (Tome 1) édition de 1837 et « Achille III de Harlay, premier président du parlement de Paris sous le règne de Louis XIV » paru en 1904

 

Figure la plus originale du monde judiciaire au XVIIe siècle, Achille de Harlay (1639-1712), issue d'une dynastie de magistrats, unissait à la connaissance la plus étendue de toutes les matières du droit, le goût des sciences et des lettres ; il joignait à la vivacité d'un esprit profond et perspicace, sous des apparences sévères, une humeur plaisante qu'il répandait dans un langage volontairement laconique et grave.

 

Devenu premier président du parlement de Paris en 1689, il reçut un jour la visite d'une dame fort laide venue solliciter auprès de lui un procès qui devait bientôt se juger, et qui était de conséquence. Il la reçut avec un front sourcilleux. Elle crut que cet accueil lui annonçait la perte de son procès. Elle sortit fort mécontente ; et dans sa colère, qu'elle exprimait à tout le monde, elle ne désignait ce magistrat que par le nom de vieux singe.

Achille-Harlay

 

Cela revint aux oreilles de M. de Harlay ; mais sourd à la voix du ressentiment, il écouta l'équité qui lui parlait en faveur de la dame. Elle apprit, contre son attente, le gain de sa cause. Elle ne manqua point d'aller remercier ce magistrat, en lui montrant un coeur plein de reconnaissance. Achille de Harlay, regardant la marquise avec un air riant, lui dit : « Il ne faut pas, madame, que vous soyez surprise de ce que j'ai fait pour vous : les vieux singes sont charmés d'obliger les guenons. »

La manière dont il reprit le chef d'une troupe de comédiens, n'est pas moins ingénieuse. Ils étaient venus pour lui demander une grâce : leur chef dit qu'il venait, de la part de sa compagnie, le supplier d'une telle chose. « Je délibérerai avec ma troupe, répondit M. de Harlay, pour savoir si je dois accorder à votre compagnie la grâce qu'elle me demande. »

 

Illustration : Achille III de Harlay d'après son buste original

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