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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 19:45

Rue-Jussienne.jpgD'après « Curiosités historiques et littéraires » paru en 1897

 

D'où vient le nom de rue de la Jussienne donné à une rue de Paris ? Dans la rue Montmartre, au coin de la rue que l'on nomme en effet aujourd'hui rue de la Jussienne, il y avait autrefois une chapelle consacrée à sainte Marie l'Égyptienne.

 

Cette chapelle, qui appartint au premier établissement que les Augustins aient fait à Paris et servait encore, en 1779, spécialement « au corps et communauté de marchands drapiers » a naturellement donné son nom à la rue adjacente, qu'on appela rue de Sainte-Marie-l'Égyptienne, et, par abréviation, rue de l'Égyptienne.

 

Mais a une époque où il n'y a point de règles fixes pour l'écriture qui conservent la prononciation, la corruption fait dans les mots des ravages plus ou moins considérables, selon qu'il se composent de syllabes se prêtant plus ou moins aux transformations.

 

La rue de l'Égyptienne en est un exemple frappant. Elle devint successivement rue de la Gipecienne, de Égyzienne, de l’Ajusiane, pour arriver enfin à l'appellation moderne rue de la Jussienne.

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 19:03

Grande-Mademoiselle.jpg

Ce n'est pas d'aujourd'hui que les belles-mères se sont donné la mission d'être désagréables, pouvons-nous lire dans la Gazette anecdotique en 1888. Ainsi faisaient-elles au XVIIe siècle, et même à la cour du grand roi, y affirme-t-on ensuite.

 

Témoin cette lettre adressée à Colbert par Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier dit La Grande Mademoiselle, cousine germaine de Louis XIV :

 

« Monsieur Colbert, j'ai supplié très humblement le roy de vouloir commander à ma belle-mère de mettre les choses en l'état où elles étaient lorsque je partis de Paris pour que je puisse aller pourvoir à sortir d'affaire avec elle, j'espère qu'en voyant la fin je délogerai ;

 

« Car de passer ses jours avec une telle femme, ce serait un supplice, et il n'y a rien à quoi on ne consente, la mendicité serait plus agréable, ainsi, j'espère que le roy trouvera bon que l'état où il (m'a) mise me fasse prendre d'autres mesures que celles que j'avais prises, et j'espère qu'en cela vous aurez la même bonté pour moi que vous m'avez toujours témoigné, c'est ce que je vous demande instamment et que vous me croyez aussi sincèrement que je suis,

Monsieur Colbert,

Votre affectionnée amie,

 

Anne-Marie-Louise d'Orléans. »

 

Illustration : Anne-Marie-Louise d'Orléans

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 19:05

Statue-Fremiet-copie-6.jpgD'après « Le Petit Français illustré », paru en 1904

 

Les Parisiens qui, depuis 1875, passent par la place des Pyramides, ne manquent pas de s'arrêter un instant, pour y contempler la statue de Jeanne d'Arc, par Emmanuel Fremiet. Ce qu'ils ignorent, c'est que la statue qu'ils regardent aujourd'hui n'est pas la même que celle qu'ils y voyaient encore à la fin du XIXe siècle.

 

Voici l'histoire : lorsque l'œuvre de Fremiet fut installée place des Pyramides — à proximité du lieu où Jeanne d'Arc aurait été blessée lors de sa tentative ratée de prise de Paris, et suite à la défaite du pays dans la guerre de 1870-1871 —, la critique fut unanime dans ses éloges, mais mêla ces éloges de quelques critiques. L'artiste entreprit de refaire pour lui une nouvelle statue qui le satisfît complètement.

 

Sur ces entrefaites, les travaux du Métropolitain — c'était en 1898 — nécessitèrent l'enlèvement momentané de la statue. Fremiet profita de cette occasion, et, sans en rien dire, substitua à la première Jeanne d'Arc le deuxième modèle qu'il préférait. Personne ne s'aperçut de la substitution. Mais cet acte de conscience artistique avait coûté à Fremiet exactement 20 000 francs.

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 19:00

Sherlock-Holmes.jpgD'après « L'oeil de la police », paru en 1912

 

Une anecdote rapportée par l'historien jésuite et voyageur français Xavier Charlevoix (1682-1761) qui explora le Canada de 1720 à 1722, permettrait de supposer que le célèbre héros Sherlock Holmes serait d'origine Peau-Rouge. Il rapporte en effet que, la venaison suspendue à sécher dans la hutte d'un Indien Peau-Rouge ayant été dérobée, celui-ci s'élança dans les bois à la poursuite du voleur inconnu.

 

Il n'avait fait que peu de chemin lorsqu'il rencontra quelques voyageurs et leur demanda s'ils avaient vu « un petit homme blanc, vieux, portant un court fusil, et suivi d'un petit chien à courte queue » ; car il était sûr, disait-il, que ces indications devaient s'appliquer fidèlement à l'individu qui emportait ses provisions. Les nouveaux venus, qui avaient en effet rencontré le voleur, demandèrent à l’Indien, qui affirmait ne l'avoir jamais vu, comment il pouvait si bien le décrire.

 

« J'ai connu que le voleur était petit, répondit-il, parce qu'il avait amoncelé des pierres pour atteindre à ma viande ; j'ai connu qu'il était vieux, parce que les pas que j'ai suivis dans les bois sur les feuilles mortes étaient courts et rapprochés ; j'ai vu que c'était un blanc, parce qu'il marchait les pieds tournés un peu en dehors, ce que ne font jamais nos Peaux-Rouges ; j'ai connu que son fusil était court aux marques laissées par le canon de cette arme sur l'écorce de l'arbre contre lequel il l'avait appuyée ; les traces du chien m'ont appris que l'animal était petit, et les marques faites sur la poussière, au lieu où il s'était assis pendant que son maître me volait ma chasse, m'ont fait voir que sa queue était courte. »

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 19:00

En 1767, une affaire fit rire tout Paris aux dépens d’un commissaire de police trop zélé. L’aventure est rapportée en ces termes dans les Mémoires secrets de Bachaumont :

« Un particulier venant du grand Caire a rapporté une momie, comme objet de curiosité pour orner un cabinet. Passant par Fontainebleau, il a pris le coche d'eau de la cour pour se rendre à Paris. Mais, par oubli, en faisant emporter ses bagages, il a laissé la boîte qui contenait la momie. Les commis l'ont ouverte, ont cru y voir un jeune homme étouffé à dessein, ont requis un commissaire, qui s'est rendu sur les lieux, avec un chirurgien aussi ignorant que lui.

Chatelet-Paris.jpg

 

«  Ils ont dressé un procès-verbal et ordonné que le cadavre serait porté à la Morgue pour y être exposé et reconnu par ses parents ou autres, et qu'on informerait contre les auteurs du meurtre. Cela a excité une grande rumeur dans le peuple, indigné de l'atrocité du crime dont on l'a instruit, et sur lequel on a forgé cent conjectures plus criminelles les unes que les autres.

«  Le propriétaire de la momie, s'étant aperçu de son étourderie, est retourné au coche réclamer sa boîte. On l'y a arrêté, on l'a conduit chez le commissaire, qu'il a rendu bien honteux en lui démontrant sa bévue, son ignorance et celle du chirurgien. Pour retirer de la Morgue le cadavre prétendu, il a fallu se pourvoir par-devant M. le lieutenant-criminel ; ce qui a rendu très publique cette histoire, qui fait l'entretien de la cour et de la ville. »

 

Illustration : Grand Châtelet de Paris, qui abritait la Morgue jusqu'au début du XIXe siècle

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 19:30

Dans l'histoire littéraire, le fait d’appliquer des couleurs à des sentiments et autres choses abstraites n’est pas rare. On connaît la Symphonie en blanc majeur de Théophile Gautier (elle se trouve dans le volume Émaux et Camées) ; Léon Gozlan (1803-1866) a écrit, sur ce même sujet, une page caractéristique (reproduite dans la revue Le Penseur, janvier 1913) : « Comme je suis un peu fou, j'ai toujours rapporté, je ne sais trop pourquoi, à une couleur ou à une nuance les sensations diverses que j'éprouve. Ainsi, pour moi, la pitié est bleu tendre, la résignation est gris-perle, la joie est vert-pomme, la satiété est café-au-lait, le plaisir rose velouté, le sommeil est fumée-de-tabac, la réflexion est orange, la douleur est couleur de suie, l’ennui est chocolat.

Langage-Couleurs.jpg

 

La pensée pénible d'avoir un billet à payer est mine-de-plomb, l’argent à recevoir est rouge chatoyant ou diablotin. Le jour du terme est couleur de Sienne. Aller à un premier rendez-vous, couleur thé léger ; à un vingtième, thé chargé. Quant au bonheur... couleur que je ne connais pas ! »

Et les couleurs appliquées aux prénoms féminins, système imaginé par l'humoriste Ernest d'Hervilly (1839-1911) : les noms blancs très purs sont : Bérénice, Marie, Claire, Ophélie, Iseult. Le rose vif est évoqué par Rose (naturellement !), Colette, Madeleine, Gilberte. Le gris est fourni par Jeanne, Gabrielle, Germaine. Le bleu tendre serait Céline, Virginie, Léonie, Élise. Le noir absolu serait Lucrèce, Diane, Rachel, Irène, Rébecca. Le jaune violent n'apparaît qu'aux noms de Pulchérie, Gertrude, Léocadie. Ernest d'Hervilly affirmait, en outre, qu'Hélène est gris-perle, et qu'Adrienne, Ernestine et Fanchette doivent être rangées dans la catégorie des prénoms qui rappelle un semis de fleurs sur une étoffe blanche.

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 18:00

En 1940, un lecteur parisien du Berry médical adressait une supplique en vers à son directeur, qui était un fin lettré, le Docteur L. Robert : il lui demandait une chronique sur... l'ovule.

 

Naissance.jpgLe voeu fut exaucé de la façon la plus poétique du monde : sans trop blesser la pudeur de ses lectrices, Le Berry a publié une anthologie de poèmes badins consacrés au « petit œuf ». Nous ne saurions y trouver de pièce bien ancienne, attendu que la forme pharmaceutique en question est d'invention relativement récente. Mais il y a plusieurs parodies d'œuvres classiques :

 

— l'une à la manière de François Coppée (La femme du mécanicien) : Je suis bloqué, dit-il, nul convoi ne circule

 

— l'autre imitant Le vase brisé de Sully Prudhomme : Il est fripé. N'y touchez pas !

 

— une autre rappelant le fameux sonnet d'Arvers :

Mon corps est un mélange entouré de mystère.

Un pharmacien subtil savamment m'a conçu.

Sa formule est secrète; à tous on doit la taire

Et personne, à part lui, n'en a jamais rien su !

 

— une transposition des vers bien connus de la baronne Fauqueux (Ne vouloir être rien, n'être rien qu'une femme) qui deviennent : Ne vouloir être rien qu'un ovule, Madame !

 

— enfin un élégant pastiche du XVIIIe siècle :

(...) Je ne sors point vivant de cet obscur domaine ;

Je meurs et me consume, hélas ! où j'ai servi.

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 20:30

D'après « Bibliothèque de l'École des chartes », paru en1882

 

Une lettre de rémission pour une femme accusée de sorcellerie, nous fournit de précieux renseignements quant à de curieux ingrédients utilisés par elle. Pour regagner l'amour de son mari, pour améliorer son sort, elle avait eu recours à des conjurations que lui avait enseignées quelques commères du voisinage.

 

Les moyens ainsi mis en œuvre par Guillemette la Tubée n'ont pas encore été signalés par des écrivains comme Del Rio, pourtant le plus complet de tous en la matière, dans ses Disquisitiones magicae (1606). La première conjuration, faite au moyen d'ossements humains dérobés au charnier des Innocents, n'a rien que d'ordinaire ; de tout temps les débris humains ont tenu une grande place dans la magie. Guillemette reconnaît d'ailleurs que ce premier essai ne lui servit pas à grand-chose et que son mari n'en fut pas plus empressé.

 

Recette-Magique.jpg

 

Le second moyen auquel elle eut recours, l'emploi du sel mêlé à la salive et jeté au feu, n'est mentionné ni par Del Rio, ni par Celio Calcagnini, dont le petit traité De magia amatoria (1544) est un résumé de tout ce que les auteurs anciens ont dit sur la matière. Del Rio dit bien quelque part que le sel sert parfois pour connaître l'issue d'une maladie, mais il ne le mentionne pas dans le chapitre de son livre consacré aux philtres d'amour ; omission regrettable à coup sûr, car Guillemette affirme que cette seconde conjuration eut tout le succès désirable.

 

Cet heureux succès l'engagea à recourir encore à la magie dans une autre circonstance : pour s'assurer un sort plus heureux, elle se procura, toujours par le conseil de ses bonnes voisines, les deux pattes droites ďune taupe, qu'elle porta quelque temps sur elle ; Del Rio ne mentionne pas cette amulette d'une nouvelle espèce. Ceci dit, un objet quelconque, pourvu qu'il fût bizarre, pouvait servir d'amulette. Remarquons enfin que, quel que soit l'objet en usage, la magie du Moyen Age est toujours la magie antique ; dans ces conjurations, le feu joue le même rôle au temps de Virgile et au XIVe siècle de notre ère.

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 19:00

Vigne.jpgEn 1916, La Chronique médicale relate en ces termes une surprenante découverte : « Aurait-on trouvé le remède décisif contre le maudit insecte qui tant fait le désespoir de nos viticulteurs ? Il le semblerait, si nous en croyons l’écho qui nous revient d’Italie, par le canal du Lyon médical.

 

« Or donc, d’après Il Popolo romano, dans un village de la province de Lecce, un paysan avait planté des tomates entre les rangées, dans une vigne phylloxérée. Il fit ceci simplement dans le but de tirer quelque profit du terrain, car les ceps gravement atteints de phylloxéra ne donnaient pas un raisin depuis longtemps. Peu après, lorsque les plants de tomates commencèrent à grandir, le paysan remarqua avec étonnement que les ceps de vigne repoussaient et offraient une vigueur qu’ils n’avaient pas les années précédentes.

 

« Ne sachant comment expliquer le phénomène, l’idée lui vint d’arracher quelques pieds de tomate : il trouva dans les racines des milliers d’insectes morts. C’est dire que les plants de tomate constituent un remède sûr pour détruire le phylloxéra. La science peut expliquer ainsi le fait : les tomates appartiennent à la famille des « Solanacées », qui contiennent de la « Solanine », substance vénéneuse, mortelle pour l’insecte dévastateur de la vigne.

 

« Une commission de techniciens est en train d’étudier le phénomène, qui pourrait être le salut de la viticulture. Comme il n’est guère coûteux d’essayer le remède, il est à souhaiter que les agriculteurs l’expérimentent et nous communiquent leurs résultats », concluait La Chronique médicale.

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 18:52

Plantes.jpgD’après « Revue d’histoire de la pharmacie », paru en 1956

 

On peut lire dans Les Rêveries du promeneur solitaire, Septième Promenade, de Rousseau, que les « idées « médicinales ne sont assurément guère propres à rendre agréable l'étude de la botanique ; elles flétrissent l'émail des prés, l'éclat des fleurs, dessèchent la fraîcheur des bocages, rendent la verdure et les ombrages insipides et dégoûtants ». Plus loin : « Toute cette pharmacie ne souillait point mes images champêtres ; rien n'en était plus éloigné que des tisanes et des emplâtres. »

 

Plus loin encore : « Je sens même que le plaisir que je prends à parcourir les bocages serait empoisonné par le sentiment des infirmités humaines s'il me laissait penser à la fièvre, à la pierre, à la goutte et au mal caduc. (...) Du reste, je ne disputerai point aux végétaux les grandes vertus qu'on leur attribue ; je dirai seulement qu'en supposant ces vertus réelles, c'est malice pure aux malades de continuer à l'être ; car, de tant de maladies que les hommes se donnent, il n'y en a pas une seule dont vingt herbes ne guérissent radicalement. »

 

On pourrait penser, en lisant ces quelques réflexions, à « l'ironie fanfaronne du bien-portant ». Mais le scepticisme de Jean-Jacques Rousseau vis-à-vis de la médecine et de la pharmacie (scepticisme bien fréquent d'ailleurs, chez beaucoup de grands noms de la littérature française) s'explique mieux sans doute par l'impuissance de la thérapeutique vis-à-vis de ses propres souffrances, puisqu'il fut lui-même un grand malade tout au long de sa vie. Pourtant, sa façon de voir la nature, — souillée par la pharmacie — , ne manque pas d'originalité.

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